Claviers non tempérés

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André JOLIVET (1905-1974)
Mana-Deuxième sonate
Jacques LENOT (° 1945)
Où habite l’oubli-Deuxième sonate
Yusuke ISHII (piano)
DDD-2013-61’ 11’’-Texte de présentation en français et en anglais-Lyrinx LYR 282
Quarante ans tout juste après sa disparition, André Jolivet est-il tombé dans le vaste purgatoire de la musique ? Ce qui est sûr, c’est qu’il fait partie de ces compositeurs qui ont connu une large audience de leur vivant et dont on ne parle plus trop de nos jours. On ne peut que déplorer cette situation car il est un créateur des plus originaux et des plus inventifs et qu’il n’a écrit aucune œuvre qui laisse indifférent ou qu’on pourrait qualifier de mineure (y compris ses partitions pour le théâtre). Qu’on songe à ses symphonies et à ses divers concertos, à commencer par son Concerto pour piano et orchestre qui date de 1951 et dont la création à Strasbourg par Lucette Descaves a donné lieu à un mémorable chahut. Cet extraordinaire Concerto se situe en réalité à mi-chemin entre Mana, six pièces pour piano seul composées en 1935, et la Deuxième sonate composée, elle, en 1957 – deux œuvres enregistrées par le pianiste japonais Ysuke Ishii pour le beau label marseillais Lyrinx, en même temps que deux autres de Jacques Lenot. Impossible de les écouter sans être pris par l’envoûtement sauvage qu’elles provoquent, André Jolivet possédant ce don rare de faire toujours vibrer ses auditeurs, quitte à les irriter, à leur taper sur les nerfs. En quoi, il est bien un musicien tellurique – un artiste pour qui la musique est d’abord et avant tout un immense chant incantatoire, un bouillonnement frénétique. Chose frappante, on retrouve ce genre de bouillonnement dans la Deuxième sonate de Jacques Lenot achevée en 1978, au point de se demander (surtout dans le premier des trois mouvements) si elle n’a pas été inspirée peu ou prou par celle d’André Jolivet, bien qu’on y décèle également des réminiscences de Franco Donatoni et de l’école de Darmstadt. Des claviers non tempérés en quelque sorte.

Jean-Baptiste Baronian
Son 8 - Livret 6 - Répertoire 8 - Interprétation 9

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