Concertos pour flûte du XXe siècle avec Clara Andrada

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Concertos pour flûte. Carl NIELSEN (1865-1931) : Concerto pour flûte et orchestre. Jacques IBERT (1890-1962) : Concerto pour flûte et orchestre. Malcolm ARNOLD (1921-2006) : Concerto pour flûte et cordes n° 1 op. 45. Clara Andrada, flûte ; Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort, direction : Jaime Martin. 2020. Livret en anglais. 51.50.  Ondine ODE 1340-2. 

La flûtiste espagnole Clara Andrada est née en 1982, à Salamanque. Cette soliste, qui est aussi une chambriste de qualité, a joué avec divers orchestres parmi lesquels ceux de Londres, Bamberg, Rotterdam ou Munich, et sous la baguette de Nikolaus Harnoncourt, Bernard Haitink, Valery Gergiev Sir Colin Davis ou Lorin Maazel. Elle a enregistré des œuvres de Montsalvatge, Blacher, Hindemith ou Maderna. Elle s’était perfectionnée à Genève, notamment avec Emmanuel Pahud, et à Londres avec Jaime Martin qui, après avoir entamé lui-même une carrière de soliste, a choisi aussi la direction d’orchestre. On les retrouve dans un CD Ondine dédié à la flûte et à trois partitions de son répertoire.

Au-delà de sa passionnante série de six symphonies, Carl Nielsen a composé trois concertos, pour violon, pour clarinette et pour flûte. Ce dernier, écrit pendant un séjour en Italie, date de ses 60 ans, après la Symphonie n° 6 ; il fut créé à Paris en octobre 1926, lors d’un concert d’hommage au compositeur, qui décida d’y apporter quelques remaniements pour la version définitive, jouée à Oslo avant la fin de la même année. Après les accents sombres sinon désespérés de sa dernière symphonie et son humour caustique, la partition pour flûte, en deux mouvements, est « une œuvre au langage enjoué et lyrique, d’où surgissent de merveilleuses couleurs lumineuses et légères » (Jean-Luc Caron, Nielsen, Lausanne, L’Age d’homme, 1990, p. 246). On ajoutera avec ce biographe que Nielsen a composé une des œuvres les plus emblématiques du corpus global de l’histoire de la musique pour l’instrument, dans un esprit chambriste, comme le montre l’effectif nécessaire : cordes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 cors, 1 trombone basse (facétieux) et les timbales. Loin de la massivité des symphonies, Nielsen allège la pâte sonore, fait dialoguer de façon originale la flûte et le trombone évoqué, dans un climat qui fait appel souvent à la tendresse pour la flûte dans l’Allegro moderato initial. Le deuxième mouvement se partage entre babillages gracieux et fantaisie décalée, le contexte que l’on peut qualifier de pastoral étant prédominant. Clara Andrada traduit tout cela avec légèreté et séduction.
Avec Jacques Ibert, on entre de suite dans un univers qui évoque l’impressionnisme, dans une atmosphère de grâce, d’élégance et d’harmonie. C’est le dédicataire, Marcel Moyse, qui en assura la création à Paris, en février 1934. Dans les deux premiers mouvements, la mélancolie, la réflexion intime et les inflexions de la flûte, en apesanteur, donnent à la partition des couleurs élégiaques. Mélancolie qui se retrouve en filigrane dans un Allegro scherzando final rythmé, primesautier et virevoltant. Ici aussi, la flûtiste s’épanouit, même si parfois la prise de son fait entendre quelques stridences.

Le concerto de Malcom Arnold fait partie de la vingtaine qu’il a composée pour divers instruments. Il date de 1954 et a été créé en avril de la même année au Victoria and Albert Museum de Londres. Ce compositeur, devenu célèbre en 1957 par la musique du film Le Pont de la rivière Kwaï, possède un style harmonieux, amateur de sonorités brillantes et de rythmes emballants. Dans cette partition pour flûte et cordes, courte page en trois mouvements d’une douzaine de minutes, il donne à l’instrument un rôle de délicates élaborations spatiales et de sombres harmonies, avec des staccatos de cordes qui lui répondent. L’Andante central est pensif, avant un final déchaîné qui se déploie avec intensité dans le bref Con fuoco clôturant avec ivresse une œuvre des plus valorisantes pour l’interprète, qui fait ici la démonstration de sa haute capacité technique et lyrique. Clara Andrada, flûtiste solo de l’Orchestre de la Radio de Francfort, est accompagnée tout au long de ce joli CD avec une complicité que Jaime Martin s’évertue à rendre toujours palpable. Les enregistrements ont été effectués début février 2018 pour Nielsen et Ibert ; quant à Arnold, il attendait depuis mai 2015.

Son : 8  Livret : 8  Répertoire : 9  Interprétation : 9

Jean Lacroix 

 

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