Concours Reine Elisabeth : Leland Ko revendique un ludisme décontracté
Il nous présente une lecture très personnelle de « Four Odes to the Tidings of Flowers ». Il y a quelque chose de félin dans son approche en finesse de l’imposé et c’est pour ensuite proposer un caractère ludique dans l’animation qui l’oppose à l’orchestre très intrusif. Un beau bouillonnement traverse la deuxième section où le violoncelle survole en souplesse le dialogue. Même affirmation personnelle dans les grands glissandi à partir desquels le concurrent confirme sa volonté d’imposer son instrument comme le vecteur moteur de la partition, accumulant les ambiances typées, des instants calins aux grandes phrases revendicatrices. Le tout avec une souplesse qui aère singulièrement le propos dans une page parfois très ostentatoire Le dernier mouvement nous accueille dans une atmosphère étrange où le soliste développe une conversation discrète dans un climat presque chambriste, en solitaire ou en réponse aux instruments de l’orchestre.
Leland Ko a le mérite de présenter une œuvre rarement jouée dans les concours. Ecrit en 1945 et créé l’année suivante à Boston sous la baguette de Koussevitzky par sa dédicataire Raya Garbousova, le concerto de Barber relève de la veine romantique de ce compositeur.
L’allegro moderato semble se vivre comme un voyage : le violoncelle vagabonde dans les climats souples suggérés par l’orchestre. Il les saisit et les développe avec une belle ductilité qui conduit vers une cadence particulièrement développée non exempte d’un certain ludisme.
L’andante sostenuto nous convie à une rêverie apaisée : le chant règne en maître et le violoncelle a tout loisir de répondre aux avances épurées des bois, particulièrement au fil d’un long dialogue avec le hautbois. Un moment délicieux qui induit un réel hédonisme. Le molto allegro e appassionato repose sur une rythmique délibérément dansante que le candidat suscite avec une bonne humeur débordante non sans s’abandonner dans des moments d’un franc lyrisme. Mais l’orchestre ne tarde pas à relancer le débat et le soliste s’abandonne pleinement au jeu des sollicitations. Il domine le débat jusqu’à une conclusion gagnante qui enthousiasme le public.
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 29 mai 2026
Crédits photographiques : DR


