Dans la peau d’une marionnette

par
Pinocchio

Philippe BOESMANS
(° 1936)
Pinocchio
Livret de Joël POMMERAT
Stéphane DEGOUT (baryton), Vincent le TEXIER (baryton basse), Chloé BRIOT (soprano), Yann BEURON (ténor), Julie BOULIANNE (mezzo-soprano), Marie-Ève MUNGER (soprano colorature), Orchestre symphonique de la Monnaie, dir. : Patrick DAVIN
DDD–2018–73’ 01’’ et 50’ 36’’–DVD : 77’ 16’’–Textes de présentation en français, néerlandais et anglais–CYPRES CYP 4647

Les opéras de Philippe Boesmans se suivent à intervalles réguliers, mais ne se ressemblent guère – sept à ce jour, le premier, La Passion de Gilles, en 1983, le dernier, Pinocchio, créé avec succès en juillet 2017 au Grand Théâtre de Provence d’Aix-en-Provence et repris à la Monnaie à Bruxelles en septembre de la même année, sur un livret de Joël Pommerat (lequel avait déjà signé le livret d’Au monde en 2014), d’après le célèbre conte du Florentin Carlo Collodi datant de 1881 et rendu plus célèbre encore par Walt Disney, grâce à son dessin animé sorti sur les écrans américains en 1940. Il fait à présent l’objet d’un enregistrement live accompagné d’un DVD sur Philippe Boesmans lui-même et sur son itinéraire de compositeur, de son enfance à Tongres jusqu’à nos jours.
Ce qui distingue Pinocchio de ses six autres opéras, c’est qu’il est destiné aussi bien à un public adulte qu’à un public jeune (des enfants et des adolescents) et qu’il s’articule d’un bout à l’autre autour d’une musique assez classique, à la fois tonale et atonale, entrecoupée d’airs populaires, des sortes de rengaines, presque à la manière des chansons napolitaines, par bonheur sans trivialité aucune, le compositeur étant d’ailleurs incapable de tomber dans ce genre de défaut. Au vrai, une musique vivante, colorée, chatoyante même par moments, souvent cristalline, coulant pour ainsi dire de source. De toute évidence, on sent que Philippe Boesmans a eu beaucoup de plaisir à écrire sa partition (elle dure plus de deux heures), et peut-être, à travers elle, rendre hommage à l’opera buffa.
Pourtant, l’histoire, racontée par le directeur d’une troupe de comédiens et de musiciens, n’a rien de très joyeux, Joël Pommerat ayant délibérément choisi de mettre en scène un Pinocchio mal dans sa pauvre peau de marionnette, contraint de multiplier les mensonges pour essayer de vivre et de survivre dans un monde, où les obstacles sont légion et où méchants font la loi. Le texte du livret manque du reste de relief et ne refuse pas les lieux communs ainsi qu’un langage parlé d’une très grande platitude.
Réalisé par Simon Van Rompay et Isabelle Pouget, le DVD donne à de nombreuses reprises la parole à Philippe Boesmans, tantôt à Tongres et à Liège, où il a étudié au conservatoire, tantôt à Bruxelles (à Flagey, notamment) et à Aix-en-Provence, alors qu’ont lieu les préparatifs et les répétitions de Pinocchio. On y découvre un homme tranquille et affable, simple et sans apprêts, souriant et drôle. Pour un peu, comme le dirait Georges Simenon, ce serait le portrait d’un homme comme un autre.
Jean-Baptiste Baronian

Son 9 – Livret 8 – Répertoire 8 – Interprétation 8

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