De l'honnêteté du chef d'orchestre

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Béla Bartok (1881 - 1945) : 2e Concerto pour violon
Joseph Jongen (1873 - 1953) : Trois mouvements symphoniques op.137
Ottorino Respighi (1879 - 1936) : Les Pins de Rome

Le second concerto pour violon de Béla Bartók (1937-38) a vu le jour en des temps difficiles. Alors que l'influence des nazis sur la Hongrie se faisait de plus en plus pesante, le compositeur hésitait : devait-il abandonner son pays natal ? Avant de fuir enfin vers les États-Unis en 1940, il écrit ce concerto dont les trois mouvements semblent concentrer tous les états de l'âme humaine : la joie, la mélancolie, la colère et bien d'autres. Une œuvre dense, touchante, richement orchestrée. Est-il donc possible, pour un chef d'orchestre, de déchiffrer cette partition le jour même du concert ? A la tête de l'orchestre anversois deFilharmonie, Edo de Waart ne lève pas le nez de son pupitre. Empêtré dans une battue rigide, il ne sait même pas où donner les départs... A son côté se trouve heureusement le violoniste grec Leonidas Kavakos, qui pratique également la direction. Doté d'une articulation précise qui convient très bien à la musique de Bartók, il semble d'abord mal à l'aise (ce qui se conçoit aisément), mais au milieu du deuxième mouvement, il commence à attirer l'orchestre à lui et propose de belles couleurs. Le résultat, au lieu de désastreux, est donc passable. Et quand à la fin le konzertmeister vient lui donner l'accolade, c'est avec un air désolé... ce n'était pourtant pas à l'orchestre de s'excuser !
Dans la seconde partie du concert, M. de Waart montre la réelle étendue de ses capacités : il connaît les œuvres. Sa battue se fait nettement plus souple et confiante, et le son de l'orchestre s'en ressent, plus rond et fluide. Les Trois mouvements symphoniques op.137 de Joseph Jongen leur conviennent parfaitement. Cette œuvre de 1951, l'une des dernières du compositeur, est baignée d'une douce brume impressionniste qui paraît sans cesse sur le point d'imploser ; quelques cris se font entendre aux flûtes, et le calme revient. Puis l'orchestre réussit un changement d'éclairage radical avec Pini di Roma, Les Pins de Rome, l'une des plus célèbres pages d'Ottorino Respighi. Les cordes s'illuminent d'une sonorité lyrique et brillante, tandis que les vents déploient des solos magnifiquement colorés. Et que dire des percussions... Usant d'une orchestration limpide qui doit autant à Ravel qu'à Rimsky-Korsakov, Respighi nous transporte avec brio dans les somptueux paysages d'Italie. Le finale éclatant parvient presque à nous faire oublier le début du concert. Voilà la preuve éclatante que le niveau d'un orchestre, aussi aguerri soit-il, reste largement dépendant de celui de son chef...
Quentin Mourier
Bruxelles, Bozar, le 28 septembre 2014

 

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