Florilège de partitions chez Henle

par stork dating agency

Piano, violoncelle, contrebasse, flûte, cor, alto,... l'éditeur munichois n'oublie personne dans ses éditions Urtext, gage d'authenticité, dont il a créé le label en 1948. A la découverte de quelques parutions récentes.  

Salut d’Amour op. 12 de Elgar pour piano et pour piano et violoncelle
Le Salut d’amour d’Edward Elgar fait partie de ces oeuvres du maître anglais dont les mélodies sont tout simplement inoubliables. Cette pièce entama rapidement son tour du monde triomphal. Comme l’indiquent des notices figurant dans les autographes conservés des versions pour violon et piano (HN 1188), violoncelle et piano (HN 1189) et piano seul (HN 1190), Elgar avait lui-même prévu de réaliser des arrangements pour toutes sortes de formations instrumentales; néanmoins seules les trois versions citées sont attestées par un manuscrit original. Parmi celles-ci, la version pour piano tient une place toute particulière: comme Caroline Alice Roberts était l’élève de piano d’Elgar, le compositeur pourrait avoir remanié l’original pour violon et piano à destination de sa fiancée et future épouse. Outre la première édition imprimée, l’éditeur a examiné pour la première fois le modèle de gravure autographe d’Elgar.

« The famous solo » poour contrebasse et orchestre de Dragonetti
Le célèbre solo de Dragonetti, son morceau de bravoure préféré, écrit à l’origine pour contrebasse et orchestre, reste paradoxalement méconnu. Cela ne peut pas provenir de l’oeuvre en elle-même, très virtuose, mais plutôt de l’état confus des sources et de ses différentes versions. Tobias Göckler propose dans son édition l’arrangement inédit de Dragonetti pour contrebasse et quatuor à cordes, conservé sous la forme d’autographe. Pour ceux qui souhaitent se familiariser avec la version pour orchestre, l’éditeur propose en outre une réduction pour piano se basant sur une source de l’époque. Comme nous joignons les réductions pour piano et le matériel pour quatuor dans les tonalités de mi mineur et de fa dièse mineur, le « célèbre solo » peut être ainsi exécuté selon les besoins. Sur YouTube : Tobias Glöckler and the Dresden String Quintet  (HN1198 pour les parties séparées et la réduction pour piano – HN7198 pour la version pour contrebasse et quatuor à cordes).

Havanaise op. 83 pour violon et piano de Saint-Saëns
On raconte que le thème principal de sa Havanaise fut inspiré à Saint-Saëns par le crépitement d’un feu de cheminée dans un hôtel, ceci durant une tournée qu’il entreprit avec Rafael Diaz Albertini, le futur dédicataire de l’œuvre, à l’automne de l’année 1885. En revanche, on ne peut hélas plus déterminer si le choix qu’il porta sur la Havanaise, cette danse caractéristique à deux temps, lors du remaniement de l’œuvre deux ans plus tard est une allusion à l’origine cubaine de son ami violoniste. Quoi qu’il en soit, cette œuvre connut un grand succès dès sa création, tant dans sa version originale que celle pour orchestre. L’éditeur a pu compter sur Ingolf Turban pour les doigtés de la brillante partie de violon (HN 1037)

Allegro appassionato op. 43 pour violoncelle et piano de Saint-Saëns
Au début des années 1870, Saint-Saëns manifestait un penchant tout particulier pour le violoncelle. La 1re Sonate pour violoncelle fut achevée en décembre 1872, immédiatement après le Premier Concerto pour violoncelle. Quant à l’Allegro appassionato pour violoncelle et piano op. 43, dont la version avec orchestre suivit trois ans plus tard, il fut probablement écrit juste après. On n’en sait guère plus sur les circonstances de la composition, mais on peut supposer que Saint-Saëns, après ces deux « poids lourds » pour violoncelle, voulait poursuivre par un morceau plus léger, lequel se prête très bien à être interprété en bis. C’est David Geringas qui a réalisé les doigtés et les coups d’archet de la brillante partie de violoncelle !HN1227).

Nocturnes pour piano de Satie
Avec ses cinq Nocturnes, Satie mettait en 1919 un point final à la série des recueils pour piano qui forment pour ainsi dire la colonne vertébrale de son oeuvre. De son modèle, les pièces éponymes de John Field et de Frédéric Chopin, il reprit le caractère romantique et rêveur, la forme tripartite et le mouvement berçant. En revanche, l’harmonie est tout à fait personnelle et procède d’un système qu’il avait imaginé lui-même. Satie a dit de ses Nocturnes: « C’est une autre expression de moi ». Effectivement, ces pièces faciles à jouer empruntent un ton inhabituellement sérieux, loin de l’aspect parodique, absurde, ou du côté cabaret qui caractérise une grande partie de son œuvre (HN1205).

Canto serioso pour cor et piano de Nielsen
Le Danois Carl Nielsen fait partie des compositeurs les plus originaux du début du XXe siècle. S’appuyant sur la tradition romantique allemande, il développa un langage tout à fait personnel, avant tout dans ses symphonies, encore très régulièrement jouées, mais se consacra également fréquemment à la musique de chambre. Canto serioso fut écrit à l’origine comme morceau de concours pour l’Orchestre de l’opéra de Copenhague, au sein duquel un poste de cor grave était vacant. Ainsi, la composition de Nielsen, expressive et plutôt brève, exploite tout particulièrement le registre grave et la sonore tessiture médiane de l’instrument. Un enrichissement bienvenu du répertoire postromantique pour cor ! (HN586)

Konzertstück pour 4 cors et orchestre op. 86 de Schumann
« Je crois qu’il s’agit d’une chose bien curieuse » – voici comment Robert Schumann qualifia dans une lettre son Konzertstück pour quatre cors et grand orchestre. Il ouvrit en effet avec cette œuvre de nouveaux horizons quant à la formation et l’exploitation de cet instrument. Le cor à pistons, alors tout récent en 1849, l’année de la création du Konzertstück, permettait l’exécution de traits virtuoses et de nouvelles modulations encore impensables auparavant, ressources que Schumann, en écrivant pour quatuor de cors, ne se gêna pas d’exploiter. Le Konzertstück est aujourd’hui encore le morceau romantique pour cor par excellence et un véritable défi pour chaque soliste (HN1138 Réduction pour piano).

Douze Fantaisies pour flûte solo de Telemann
Hormis la Partita en la mineur de Jean-Sébastien Bach (HN 457) et la Sonate en la mineur de son fils Carl Philipp Emanuel (HN 555), ce furent avant tout les douze Fantaisies de Telemann qui vinrent, durant la 1re moitié du XVIIIe siècle, enrichir le répertoire pour flûte seule. Le cycle de Telemann fit manifestement une forte impression dans le cercle des joueurs de traverso. Il fit imprimer ses Fantaisies vers 1727 (il est même possible qu’il grava l’édition personnellement). Cette œuvre devint rapidement emblématique et fit école. L’édition proposée se base sur l’édition imprimée de Telemann, reproduite par ailleurs sous forme de fac-similé. Un commentaire détaillé de Rachel Brown -experte du traverso- concernant la pratique d’exécution vient compléter l’ouvrage (HN556).

Concerto pour alto en sol majeur de Telemann
En principe, et malheureusement à tort, on n’ose guère confier un rôle de soliste à l’alto. En 1738 déjà, Johann Philipp Eisel décrivait cet instrument comme les « entrailles de la musique », insistant sur le fait qu’on n’en a pas seulement besoin pour « remplir » l’appareil orchestral, mais aussi comme « voix concertante, ce que les concertos et ouvertures de concert du célèbre capellmeister Telemann démontrent à merveille ». Le Concerto en Sol majeur présenté ici en réduction pour piano est l’une des premières oeuvres pour alto solo et orchestre et figure au répertoire de base des étudiants. Le spécialiste Kai Köpp a muni cette édition de conseils sur la pratique d’exécution (HN1217 Réduction pour piano).

Tzigane pour violon et piano de Ravel
« Morceau de virtuosité dans le goût d’une rhapsodie hongroise » – c’est ainsi que Ravel décrit Tzigane dans son « Esquisse autobiographique ». Cette oeuvre composée en 1924 existe en trois versions: avec piano, avec orchestre et avec luthéal, un dispositif pour les instruments à clavier destiné à élargir leur spectre sonore. C’est Jelly d’Aranyi, une violoniste anglo-hongroise, qui fut à l’origine de la composition de «Tzigane» et à qui Ravel avait déjà promis en 1922 une pièce virtuose dans la lignée des « Rhapsodies hongroises » de Franz Liszt. Ravel avança si lentement, qu’elle ne reçut la partition que quatre jours avant la création, ce qui ne l’empêcha pas d’exécuter l’oeuvre avec bravoure (HN587).

Chaconne extraite de la Partita n°2 en ré mineur de J.S. Bach
Qui ne connaît pas la Chaconne de Jean-Sébastien Bach, le morceau qui clôt sa Partita en ré mineur pour violon solo ? Les compositeurs tentèrent sans cesse de s’approprier pour d’autres instruments ce morceau exceptionnel. L’arrangement le plus connu est certainement celui de Ferruccio Busoni. Sans trop s’éloigner de l’original de Bach, Busoni adapta aux possibilités de l’instrument à clavier la virtuosité du violon, parvenant ainsi à créer un morceau pour piano qui tire profit, de manière tout aussi géniale, des ressources offertes par le piano moderne. En plus des sources traditionnelles, l’éditeur a examiné pour la première fois de manière approfondie un rouleau pour piano, sur lequel on entend Busoni lui-même. Les doigtés sont de la plume de Marc-André Hamelin (HN557).

Suite op. 34 pour flûte et piano de Widor
Le nom de Widor est si étroitement lié à la musique d’orgue que sa riche production dans d’autres genres est facilement reléguée à l’arrière-plan. En ce qui concerne sa musique de chambre, la Suite pour flûte et piano composée probablement en 1877 sort du lot, grâce à ses nombreuses nuances expressives et sonores. Cette pièce postromantique est taillée sur mesure pour les possibilités techniques de la flûte et dédiée non sans raisons à Paul Taffanel, le flûtiste et pédagogue le plus renommé de son époque en France, qui créa l’œuvre en 1884. Cette suite en quatre mouvements devint tout de suite populaire et elle est désormais solidement ancrée au répertoire traditionnel pour flûte et piano (HN1218).

 

 

Les commentaires sont clos.