Galerie Dorée : le concert du tricentenaire

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Galerie Dorée. Le concert du tricentenaire. Extraits d’œuvres de Jean-Baptiste Lully, Joseph Haydn, Georg Friedrich Haendel, François Couperin, Félicien David, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Wolfgang Amadeus Mozart, Jean-Baptiste Prin, Luigi Boccherini, Antonio Vivaldi et Marc-Antoine Charpentier. 2019. Jodie Devos, soprano ; Justin Taylor, clavecin ; Thomas Dunford, luth ; Atsushi Sakaï, violoncelle ; Tami Krausz, traverso ; Quatuor Cambini-Paris ; Le Concert de la loge, violon et direction Julien Chauvin. 77.00. DVD Bel Air BAC171.

Dans le film d’Alain Corneau, Tous les matins du monde, on voit Marin Marais, âgé, incarné par Gérard Depardieu, diriger la Marche pour la cérémonie des Turcs, tirée du Bourgeois gentilhomme de Lully. Cette séquence a été tournée en 1991 dans la Galerie Dorée de la Banque de France, construite par François Mansart entre 1635 et 1640. Ce lieu de haute valeur artistique a connu trois propriétaires : Louis Phélypeaux de La Vrillière qui l’a fait bâtir et a fait décorer la voûte et les murs par des fresques et des tableaux d’inspiration mythologique ou historique et de scènes de chasse, puis le comte de Toulouse Louis-Alexandre Bourbon qui y a effectué des transformations lors de l’acquisition du bien en 1713. Après l’épisode révolutionnaire, au cours duquel du vandalisme et des déprédations eurent lieu, la Banque de France acheta l’Hôtel de Toulouse, situé non loin des Jardins du Palais Royal, et s’y installa en 1811. Des travaux de rénovation y furent entrepris au milieu du XIXe siècle pour lui rendre son lustre d’antan (des statues de quatre continents y ont notamment été ajoutées), mais ce n’est qu’en 2014-2015 que les travaux définitifs de restauration furent achevés. Longue de 40 mètres, large de 6, 50 mètres et haute de 8 mètres, la Galerie Dorée est ouverte au public lors de visites régulières, mais aussi lors d’événements artistiques.

Cet espace somptueux fait l’objet d’un DVD intitulé Le Concert du Tricentenaire, sans doute celui de la restauration du XVIIIe siècle, sur une idée originale de Julien Chauvin, directeur du Concert de la Loge. Unir ici art et musique coule de source. Le DVD, qui ne comporte aucun commentaire, est inséré dans un ouvrage sur papier glacé, illustré par de splendides reproductions en couleurs des tableaux, fresques, miroirs, statues, boiseries…, ainsi que de photographies des interprètes. Il est nécessaire, avant la vision, de lire cet ouvrage pour apprécier ce que l’on va découvrir : des explications en anglais et en français s’attachent à commenter les aspects artistiques et l’écho musical retenu pour chacun d’eux. Quant au « concert du tricentenaire » lui-même, enregistré un jour de juin 2018, sans autre précision ni indication de contexte, on ne semble nous en offrir qu’une partie, certaines séquences étant filmées sans public. Lorsque celui-ci est présent, en soirée, l’image est hélas assez sombre, ce qui ne rend pas vraiment justice aux magnifiques couleurs de la Galerie Dorée. Par ailleurs, trop souvent, même lors de moments plus lumineux pris en journée, on est un peu frustré par la brièveté avec laquelle la caméra filme le décor pour privilégier les musiciens. Il est donc conseillé de se reporter au livre de présentation, qui permet une contemplation prolongée. 

Le concert s’ouvre et se conclut par la Marche pour la cérémonie des Turcs de Lully, à grands renforts d’effets sonores qui se répercutent dans la Galerie. Les dix-huit autres parties musicales sont mises chaque fois en parallèle avec un détail de cet environnement artistique qui laisse rêveur. Les prises de vue sont axées largement sur les divers interprètes, répétons-le, ce qui donne à la musique une place prépondérante. On peut émettre des réserves quant au fait de se limiter à des extraits d’œuvres, mais il faut reconnaître que le plateau est magnifique. Justin Taylor, au clavecin, est souverain dans des pages de Rameau ou de Couperin, le luthiste Thomas Dunford est enchanteur dans Les Voix humaines de Marin Marais, le Quatuor Cambini-Paris se lance avec ardeur dans des mouvements de quatuors de Félicien David et de Mozart (La Chasse, précédée d’une aguichante et vaillante Fanfare de Prin). Le violoncelliste du quatuor, Atsushi Sakaï, se lance dans une improvisation dans le style du théâtre de marionnettes japonais. Quant au Concert de la Loge, il brille dans des mouvements des symphonies Le Matin et Le Soir de Haydn, ou lorsqu’il accompagne le traverso de Tami Kraussz dans trois alertes mouvements de concertos de Vivaldi. Il emporte encore plus l’adhésion lorsqu’il offre à Jodie Devos un écrin idéal pour un air du Stabat mater de Boccherini et trois airs de Haendel, dont Un pensiero nemico di pace tiré du Trionfo del tempo e del disinganno, orné de vocalises audacieuses. Jodie Devos est étincelante de fraîcheur et de sûreté, et le public lui fait l’ovation qu’elle mérite.

Ce DVD aurait pu être un moment de grâce absolue si l’image était toujours de qualité supérieure. Mais ce désagrément relatif est contrebalancé par les beautés musicales. La découverte du lieu en vaut en tout cas la peine, c’est le mérite essentiel de ce document. 

Son : 8.  Livre(t) : 10  Répertoire : 9 Interprétation : 9 

Jean Lacroix 

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