Hilary Hahn dans Bach ou la plénitude de la maturité

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Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Sonate N° 1 en sol mineur BWV 1001, Partita N° 1, en si mineur BWV 1002, Sonate N° 2 en la mineur BWV 1003. Hilary Hahn (violon). 2018 - DDD- 79’50- Textes de présentation en anglais, français, allemand- 75’36-Decca 483 3954.

En 1996, Hilary Hahn, âgée alors de 16 ans à peine, surprenait le monde de la musique classique en gravant -et de quelle manière- pour son premier enregistrement la Troisième Sonate et les Deuxième et Troisième Partitas de Bach (Sony), battant en brèche l’opinion reçue qui voulait que ce répertoire fût réservé à des interprètes chevronnés donnant au disque des versions mûries pendant des décennies de carrière.

Ayant entendu à plusieurs reprises la violoniste américaine depuis, en récital comme en concert, je craignais que les promesses de ce premier album ne seraient peut-être pas tenues: il y avait bien sûr beaucoup à admirer dans son jeu (technique, intelligence, goût) mais il y manquait souvent cette indéfinissable étincelle, ce supplément d’imagination qui fait les grands interprètes.

Mais voici que, comme pour démentir ces réserves, Hilary Hahn parachève vingt-deux ans plus tard et sur un autre label, cette intégrale des Sonates et Partitas de Bach. Et ici, même le critique le plus exigeant ne peut que rendre les armes, car ce qui nous est offert ici est du plus haut niveau et peut aisément se comparer à des interprétations -pour se limiter aux seules violonistes femmes- telles que celles de Johanna Martzy (EMI/Testament/Profil Hänssler), Julia Fischer (Pentatone) ou Isabelle Faust (Harmonia Mundi).

Le style de Hahn peut être décrit comme traditionnel dans le meilleur sens du terme, avec une grande attention accordée à la beauté du son (elle peut compter sur un très beau Vuillaume de 1865) comme au contrôle des nuances grâce à une superbe maîtrise d’archet, un legato parfait, une justesse irréprochable, un vibrato certainement moderne mais intelligemment varié, une préférence pour la phrase longue tout en accordant l’attention qui convient aux innombrables beautés qui parsèment cette musique. La violoniste opte pour des tempos généralement modérés, prenant  son temps pour mieux nous conter la musique. Sa force de conviction est telle qu’elle suscite immédiatement l’adhésion de l’auditeur, et ce sans jamais donner l’impression de traîner (alors que pour les trois oeuvres de ce cd, la tout aussi convaincante Isabelle Faust met près d’un quart d’heure de moins). On remarquera aussi sa façon remarquable de traiter les redoutables passages polyphoniques de ces oeuvres: les accords sont toujours parfaitement posés, aucun n’est jamais arraché et rien ne sent jamais l’effort.

Dès l’Adagio initial de la Sonate N° 1, on est saisi par la puissance et la hauteur de vue dont sait faire preuve l’interprète et -même si elle ne se range pas du côté des baroqueux- l’on apprécie son sens de la rhétorique. La Fugue impressionne par sa clarté et la construction implacable de la tension, comme la Sicilienne par sa douceur.

Dans la grande Partita N° 1, l’Allemande est splendidement déclamée, et si le Double de la Courante va vite, il n’est jamais précipité. Dans la Sarabande -prise à nouveau à un tempo très modéré- on admire la sérénité et la maîtrise de Hahn, mais plus encore son intelligence et sa sensibilité constamment en éveil. Et quelle simplicité touchante dans le Double de cette même Sarabande se terminant sur un superbe diminuendo (et on ne vous a encore rien dit de l’intonation parfaite des doubles cordes).

Après un Grave initial marqué par un très fin usage du vibrato, le sommet de la Sonate N° 2 est certainement la Fugue. Hahn y expose les thèmes avec une clarté qui impressionne tout autant que sa maîtrise du jeu polyphonique, accords arpégés ou non. Elle met à profit un tempo modéré pour parfaitement gérer la montée inexorable d’une tension qui n’est jamais excessive ni crispée, et réussit à toujours trouver le juste milieu entre l’aisance de la virtuose qu’elle est et la tâche de l’interprète qui est de nous faire sentir le triomphe de l’esprit sur la matière.

Espérons que le niveau dont fait preuve ici la violoniste -aujourd’hui au sommet de son art- la conduira à réenregistrer les autres Sonates et Partitas.

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

Patrice Lieberman

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