Impériale Uchida !

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© Justin Pumfrey / Decca

Une longue carrière, menée avec une réelle humilité face à la musique, limitée à un nombre relativement restreint d'oeuvres puisées dans un répertoire très classique: voici sans doute la raison fondamentale de la familiarité évidente de Mitsuko Uchida avec les pages de Schubert et Beethoven qu'elle a abordées ce 12 octobre, un univers qu'elle côtoie quotidiennement depuis tant d'années. Par sa connaissance en profondeur de celui-ci, elle peut se permettre de tutoyer l'un et l'autre sans crainte. Comme on apprécie sa façon de se ruer sur le piano et de commencer sans attendre la fin des applaudissements! Sa pensée est fulgurante, les notes virevoltent, sont posées avec une assurance et une maîtrise confondantes. Les sonorités, charnues, rappellent parfois celles, presque intimidantes, de Richter. Les forte sans complexes mais jamais bruyants ni tapageurs, qu'elle plaque de tout son poids, une fois encore à la manière de son aîné, sonnent de façon impérieuse mais impériale aussi, et judicieuse. Une petite perte de mémoire ici, quelques rares fautes de doigts là-bas, ne sont que broutilles comparées au voyage initiatique auquel elle nous convie. Dans les Impromptus D. 935, nous nous sentons littéralement transportés à Vienne, avec toute la subtilité possible. Le second, en particulier, frappe par sa combinaison d'autorité et de délicatesse. Et partout elle privilégie la simplicité d'expression, cette clé ultime de la compréhension intime de tous les chefs-d'oeuvre du répertoire. Même si l'on regrette un peu l'absence de ce « vertige mystérieux » qu'un Schnabel, un Serkin, un Brendel distillaient dans le quatrième impromptu, l'ensemble se révèle d'un niveau exceptionnel, plus guère entendu de nos jours. Pourtant, le plus étonnant nous attendait après la pause. On ne pouvait que frémir à imaginer la frêle Japonaise affronter l'Himalaya absolu de la littérature pianistique, les vertigineuses Variations Diabelli de Beethoven. Et l'on avait bien tort! Quel feu, quelle fougue, quelle autorité, une fois encore! Elle osa et réussit le lyrisme, la sévérité, le charme, l'intelligence, l'humour même. Tantôt grondant comme le tonnerre, tantôt légère et espiègle, tantôt encore d'une complète introversion, aux confins du silence, elle ne laissa à aucun moment la tension (et l'attention) retomber. A tout moment, elle parvint à trouver un moyen de captiver, de passionner. Et, arrivée au terme de ce périple, ne pouvant réprimer un soupir de soulagement si charmant et bien compréhensible, elle adressa au public un long sourire d'un air un peu étonné, comme surpris des tonnerres d'applaudissement qui accueillirent sa prestation, et qu'on ne pourra oublier. Un concert rare, un moment privilégié, grâce à une musicienne hors-pair, au sommet de son art, façonné patiemment au cours d'une carrière exemplaire.
Bernard Postiau
Bruxelles, Bozar, le 12 octobre 2014

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