José van Dam, côté jardin

par

Michèle Friche, José van Dam. Confidence pour confidence. Préface d'Antonio Pappano. Bruxelles, Samsa Éditions, 2026, 366 p., 30 €. ISBN 978-2-87593-631-8.

Le livre n'est pas une biographie, et il prend soin de le dire : c'est un recueil de confidences rassemblées à travers l'Europe, de visu, au téléphone ou en vidéo. José van Dam en a posé le point final avant de « sortir côté jardin », le 17 février 2026. L'ouvrage devient ainsi, malgré lui, un album rétrospectif sur la carrière de la légende belge du chant — circonstance que l'éditeur n'a pas cherché à dissimuler, et dont la gravité imprègne chaque page.

Amie de longue date du chanteur, Michèle Friche s'est faite passeuse : elle a enregistré, trié, relu, pendant que van Dam revenait sur ses pas « pour préciser, étoffer un détail, choisir un chemin de traverse » — de là le grain oral du volume. Le projet remonte à 1986, et un premier livre avait paru en 1988, le jour même de la sortie du Maître de musique de Gérard Corbiau. Passé les chapitres d'enfance et d'apprentissage, le récit quitte la chronologie pour une mosaïque d'entrées — grands rôles, villes, figures qui ont compté : Karajan, Maazel, Strehler, Mortier, Pappano, Plasson. On va de l'une à l'autre au fil d'anecdotes et de points de vue livrés sans détour. Rien n'est oublié — le répertoire verdien et wagnérien, le Wozzeck de Berg, les créations dont il fut le premier interprète, du Saint François d'Assise de Messiaen à l'Œdipe sur la route de Pierre Bartholomée —, et pourtant rien ne pèse : l'ensemble reste, d'un bout à l'autre, un vrai plaisir de lecture.

Révélateur, le livre s'ouvre non sur une naissance mais sur un adieu : le Don Quichotte de Massenet à La Monnaie, le 4 mai 2010, soir où l'ordinateur de scène lâche et retient le rideau une heure durant, devant la reine Mathilde. Ce rôle sert de porte d'entrée vers le parcours biographique. Sous l'affabilité, l'homme ne cache pas ses agacements. Van Dam supporte mal un certain théâtre d'opéra contemporain. On le sent en revanche en pleine empathie avec les metteurs en scène qui ne plaquent pas une idée sur l'œuvre — Jean-Pierre Ponnelle, Laurent Pelly, Giorgio Strehler, Olivier Py, les époux Herrmann. Ses jugements sont tranchés sans être méchants ni condescendants ; ils rappellent qu'un interprète de ce rang a traversé un demi-siècle de mutations de la scène lyrique en les observant de l'intérieur, et qu'il en garde une opinion.

Reste un livre comme un grand album de souvenirs, dont on aime les entrées et le ton — celui de la conversation : on dirait le chanteur attablé là, qu'une question relance et qui, aussitôt, se met à raconter. Pour qui a suivi cette carrière de salle en salle, il fait reparaître des soirées réellement vécues, et l'émotion n'en est que plus vive ; les photographies des productions sont toujours les bienvenues.

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