Katarzyna Kling joue l’ultime Schubert avec une pudeur chaleureuse 

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Franz Schubert (1797-1828) : Sonate en si bémol majeur D. 960 ; Impromptu en mi bémol majeur op. 90 n° 2 D. 899. Katarzyna Kling, piano. 2021. Notice en polonais et en anglais. 47.57. Dux 1750.

La Polonaise Katarzyna Kling, originaire de Lodz, la troisième ville en importance du pays, a étudié le piano à l’Académie locale et a suivi une formation spécifique en musique de chambre. Elle s’est perfectionnée ensuite auprès de solistes réputés, notamment avec Rudolf Buchbinder. Une bourse d’études lui a permis de suivre de suivre des cours à Zürich de 1993 à 1995. Sa carrière, dans le répertoire classique ou contemporain, se déroule entre concerts et enseignement dans sa cité natale. Elle est présente dans de nombreux enregistrements radiophoniques qui ont été diffusés sur des albums réalisés par l’Académie de Musique de Lodz et sont très appréciés en Pologne. Elle fait partie depuis plus de deux décennies du Trio Vivo (avec Magdalena Kling-Fender au violon et Robert Fender au violoncelle), avec lequel elle se produit régulièrement. Un enregistrement de 2011 chez Dux, consacré à Brahms et Arensky, en témoigne. En solo, elle a gravé des pages de Chostakovitch et de Krzysztof Meyer. Sa carrière académique a sans doute freiné la connaissance que nous pouvons avoir chez nous de cette artiste ; cet album Schubert est donc le bienvenu pour permettre de mieux la découvrir.

Le choix est audacieux, car la Sonate D. 960 est une partition redoutable en raison de sa puissance d’évocation émotionnelle. On sait qu’il s’agit de la dernière grande œuvre de Schubert, achevée le 26 septembre 1828, deux mois avant sa disparition. Le message que l’on en retire pourrait être de plusieurs dimensions : tragique, résigné, prémonitoire, désespéré …

Mais les commentateurs ont assez souligné la sérénité qui s’en dégage, et même une confiance radieuse. Katarzyna Kling aborde le Molto moderato initial, de vaste ampleur (plus de vingt minutes), dans un climat mêlé de respect, avec une sonorité abondante qui va très vite se transformer en un chant où la fluidité et la poésie vont tenir le premier rang. Sans effet, sans accentuation qui viendrait l’alourdir, elle donne de la densité au discours qu’elle mène avec un dosage des nuances révélateur d’une sensibilité chaleureuse, attentive à créer un sentiment de pudeur qui convient bien à sa conception, intime et dépouillée. Elle entraîne l’auditeur dans un univers qui invite au mystère, et en cela, c’est une réussite. On partage l’émotion intérieure de cette artiste intuitive. 

L’Andante sostenuto confirme cette approche que d’aucuns trouveront peut-être un peu sèche dans sa sobriété, mais elle creuse un sillon de recueillement où l’on chemine volontiers grâce à un toucher subtil et même tendre, qui se prolonge dans l’Allegro vivace con delicatezza, ce dernier terme étant pris au pied de la lettre dans un contexte de clarté vive et fraîche. Après ces moments où la continuité d’esprit n’a pas fait défaut, Katarzyna Kling se lance dans le final avec la même simplicité, enrichie de l’expérience des trois premiers mouvements, et souligne la volonté de passion sous-jacente qui l’anime, avec une spontanéité immédiate. La pianiste signe ainsi une belle version, justifiant les mots que nous lui avons attribués dans le titre de notre présentation, ceux de « pudeur chaleureuse » dans la restitution de ce Schubert si proche de l’inéluctable. 

L’Impromptu en mi bémol majeur, le deuxième de d’opus 90, vient s’ajouter en conclusion de l’album. Katarzyna Kling le joue dans une démarche retenue, assurant de la noblesse aux triolets dans leur rythme de danse, mais sans s’appuyer sur une virtuosité gratuite. Elle apporte un soin particulier à la courbe mélodique, entre légèreté et présence. Ce qui fait regretter que ce programme si court, trop court (à peine quarante-huit minutes !) n’ait pas été complété par les autres impromptus du même opus. Cela aurait été logique, mais aurait permis d’appréhender la manière et l’esprit avec lesquels la pianiste aborde ces si belles pages destinées au clavier. 

C’est avec un sentiment de trop peu que l’on quitte Katarzyna Kling, qui mériterait une audience discographique plus large. Il serait dommage que le présent témoignage passe inaperçu dans l’abondante production actuelle. L’enregistrement a été effectué les 16 et 17 février 2021 dans la magnifique salle de spectacle du Centre européen Matecznik « Mazowsze » de la petite cité d’Otrebusy (2 500 habitants), à l’ouest de Varsovie. Palais, musées et monuments forment l’attrait de cette localité touristique, qui bénéficie de ce lieu culturel à l’acoustique vraiment séduisante.

Son : 9  Notice : 8  Répertoire : 10  Interprétation : 8,5

Jean Lacroix  

 

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