Kent Nagano et l’OSM à Bruxelles

par https://woox.pl/

C’était l’un des événements de la saison bruxelloise : la venue de Kent Nagano et de son Orchestre symphonique de Montréal dans le cadre d’une tournée européenne. Après Paris, le grand chef et ses musiciens posaient leur bagages pour une escale belge prestigieuse et attendue.

Le programme illustrait les facettes de l’art du chef aussi à son aise dans le symphonique que dans le lyrique. En apéritif du concert, Kent Nagano fait honneur à Berlioz avec les trois extraits symphoniques de la Damnation de Faust. Le chef se concentre sur la lisibilité de l’orchestration et l’équilibre des lignes mélodiques. Même la “Marche Hongroise” refuse le spectaculaire et privilégie la force révolutionnaire de l’écriture.

La contralto canadienne Marie-Nicole Lemieux chante presque à domicile, tant elle est appréciée en Belgique depuis son triomphe au Concours Reine Elisabeth. La mélancolie et la retenue des Wesendonck Lieder sont taillées pour sa voix éclatante et son intelligence musicale. Rompu à la fosse, Nagano tisse un accompagnement attentionné et flexible à la chanteuse.

La seconde partie du concert était dédiée à la danse avec Jeux de Claude Debussy et Petrouchka de Stravinsky. Kent Nagano a toujours été à son affaire dans ces musiques, portes de la modernité musicale du XXe siècle. Dans les redoutables Jeux, on admire le sens de la cohésion et de la narration qui chorégraphie les pupitres tout en mettant en valeur la radicalité de l’orchestration de cette pièce. Partition de démonstration, Petrouchka explose en couleurs et rythmes avec une direction rigoureuse mais qui laisse s’épanouir la musicalité des musiciens ! On retiendra une flûte et une trompette solos des plus en verves ! Devant l’enthousiasme du public, Kent Nagano adresse un élégant mot de remerciements avant de lancer ses pupitres dans une Valse de Ravel qui alliait la beauté des timbres et le sens du mouvement jusqu’au cataclysme orchestral final.

Le programme se déroulait dans le cadre du Klara Festival, manifestation un peu trop disruptive, avec parfois des idées qui se veulent audacieuses mais qui enfilent les poncifs à l’image d’une présentatrice qui vint sur scène brièvement expliquer les œuvres, multipliant les clichés. On notera par ailleurs que dans la biographie de l’orchestre présentée dans le programme, de nombreux directeurs ont disparu de l’histoire de la phalange. On passe ainsi de Zubin Mehta à Kent Nagano, faisant l’impasse sur 39 ans de l’histoire de l’orchestre : Franz-Paul Decker, Rafael Frühbeck de Burgos et Charles Dutoit ne sont pas mentionnés.

Malgré ces bizarreries, on retiendra un très beau concert, d’un chef que l’on aimerait voir tellement plus souvent à Bruxelles. Cette tournée est la dernière de Kent Nagano en tant que directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal, qui attend toujours la désignation du chef qui le portera vers le futur.

Bruxelles, Bozar, 20 mars 2019

Crédits photographiques : Sergio Veranes Studio

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