Kristiina Poska et Lucas Debargue à Metz
Ce samedi 7 février dernier, la chef d’orchestre estonienne Kristiina Poska dirigea l’orchestre national de Metz Grand Est pour un concert en trois parties à l’Arsenal de Metz.
Et comme souvent lors des concerts à l’Arsenal de Metz, la première partie était dévolue à une œuvre contemporaine. Il s’agissait cette fois ci de Conferer de la compositrice lituanienne Justė Janulytė, œuvre difficile comme tendant une texture orchestrale quasi mono tonale et creusant dans sa texture sibélienne froide et grisâtre, des nuances et des torsions originales. Encore une fois, l’Arsenal et l'Orchestre national Metz Grand Est ont fait vivre la musique contemporaine, ce qui est tout à leur honneur.
La deuxième partie du concert fut pour le Concerto pour piano de Schumann avec le pianiste français Lucas Debargue. La cheffe continua ici à explorer les capacités chromatiques de l’orchestre. Après Conferer, qui exposait des couleurs froides et grises, le Concerto pour piano de Schumann en offraient des chaudes et boisées. Tout en utilisant le lyrisme des cordes, la chef souligna l’élégance sobre des pupitres des bassons de Juliette Bourette et de Jeremy Lussiez, des hautbois de Pauline Cambournac et de Sylvain Ganzoinat, et des clarinettes de Inaki Vermeersch et de Jonathan Di Credico. Exploitant la marque de l’orchestre, - à savoir l’équilibre de ses pupitres – elle révéla la souplesse gracieuse des phrases du concerto pour piano, notamment dans son deuxième mouvement. Nonobstant, l’orchestre tendait vers une lecture abstraite, voire philosophique de l’œuvre. Comme en un mouvement dialectique, après un premier mouvement presque fragile, le deuxième mouvement se faisait plus prenant, et le dernier synthétisa la gracilité du premier et les élans expressifs du deuxième mouvement.
Il faut saluer ici la qualité du pianiste français Lucas Debargue. Sobre, loin de toute arrogance, juste, dialoguant volontiers avec les pupitres des vents boisés (hautbois, basson et clarinette) dans le deuxième mouvement, il marque par la clarté humble de son piano. A l’entendre, la citation de Mahler, disant que la plus grande sophistication réside dans la plus simplicité, revient à l’esprit. Son Bis de Von fremden Ländern und Menschen (Des pays et gens étrangers) en sol majeur des Kinderszenen (Scènes d’enfant), dont la simplicité est à la fois le charme et la difficulté, exécutée alors avec une évidence tendre, illustrent bien la grande maîtrise de son jeu.
L’équilibre du dialogue entre un orchestre presque abstrait, et un piano assez humble pour être à son écoute sans pour autant s’effacer, fit tout le charme de ce concerto.
La dernière partie de ce concert était pour la Symphonie n°5 de Tchaïkovski. Tout en soulignant la nature mozartienne des cordes, surtout des violons et des altos, la cheffe d’orchestre utilisa l’élégance souple et noble des vents, -y compris cette fois aussi ces cuivres comme les cors de Julien Meriglier, Hugo Pons, Jean-Philippe Chavey et Khalil Amri-, dans le deuxième mouvement, pour montrer la modernité saisissante de Tchaikovsky. Elle relevait aussi la proximité du deuxième mouvement avec l’orchestration française, comme ceux de Massenet ou de Fauré, et du troisième avec ceux des Anglais comme Elgar. Elle révélait ainsi la modernité de la cinquième symphonie, comme avant-coureuse de celle de la célèbre sixième symphonie, - alpha et oméga de Stravinsky et de Prokofiev entre autres. Reprenant enfin les qualités du concerto pour piano de Schumann, elle donna à entendre comment Tchaikosky met un pied dans le vingtième siècle, en gardant l’autre dans le romantisme, et ayant sa source chez Mozart, voisinant ainsi Richard Strauss. Spiralant vers la modernité de Justė Janulytė, en éclairant la modernité de Tchaikovsky, la chef d’orchestre finit le concert en beauté. Encore un très bon concert à l’Arsenal avec l’orchestre de Metz Grand Est.
Metz, Arsenal, 7 février 2026
Crédits photographiques : Kaupo Kikkas



