La prise de son lointaine déséquilibre les excellents solistes : dommage

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Camille SAINT-SAËNS  (1835-1921)
Sonate pour basson et piano op. 168-Romance pour cor et piano op. 67-Sonate pour hautbois et piano op. 166-Romance pour flûte et piano op. 37-Sonate pour clarinette et piano op. 167-Caprice sur des airs danois et russes, pour flûte, hautbois, clarinette et piano op. 79
F. Bossone (basson), A. Allegrini (cor), F. Di Rosa (hautbois), A. Oliva (flûte), S. Novelli (clarinette), A. Makita (piano)
2015-DDD-66' 54''-Notice en anglais-Brilliant Classics 95165

Au soir de sa vie, Camille Saint-Saëns envisageait une série de sonates pour vents et piano. Il en écrivit trois. Il en prévoyait une quatrième, pour cor anglais. Tel quel, cet ensemble brille au firmament de sa musique de chambre, bien sûr pour la perfection de l'écriture instrumentale, mais aussi par un aspect de sincérité immédiate assez rare dans son oeuvre, si souvent qualifiée de froide. L'émotion affleure dans l'allegretto initial de la sonate pour basson, ou dans le mouvement lent de la sonate pour clarinette, qui s'apparente presque à une confession... On pourrait comparer ces trois sonates à celles, toutes aussi émouvantes, qu'écrivit, bien plus tard (1957-1962) un autre maître de la musique française : Francis Poulenc. Il y a là un joli parallèle à établir. Bien entendu, ces pages ont tenté tous les instrumentistes, et l'on n'en compte plus les versions : rien que la sonate pour clarinette en compte plus de 35 ! La sonate pour basson, dernière oeuvre du musicien souffre de se trouver minimisée par rapport à ses deux soeurs, plus connues. La voici réhabilitée grâce au talent de Francesco Bossone : sa sonorité chaude lui rend pleinement justice, en soulignant ses curieux accents fauréens, mais fait aussi merveille dans l'allégresse du deuxième mouvement ou dans la tension larvée du finale. Une belle réussite. Francesco Di Rosa enjolive les lignes pures et joviales de la sonate pour hautbois, dont le pimpant allegretto réjouit l'esprit. On y remarque une musicalité raffinée et un phrasé particulièrement soigné. Hélas, la sonate pour clarinette ne bénéficie pas d'autant d'attraits. La baisse de qualité ressentie à son écoute ne doit rien au talent de Stefano Novelli (excellent sentiment dans le Lento), mais bien au tempo adopté dès le début, beaucoup trop lent, et à nouveau d'application au finale.  La sonate devient froide, presque ennuyeuse, ce qui est un comble. En outre, et ceci est à souligner pour tout l'album, le piano d'Akanè Makita (par ailleurs auteur de l'intéressante notice) est si lointain qu'il en devient pâlot et indifférent (ce qu'il n'est pourtant pas). Ce défaut est vraiment rédhibitoire, et plombe la réussite du CD. Les trois pièces d'importance secondaire n'y changeront rien. Si le Caprice sur des airs danois et russes, écrit pour l'épouse du tsar Alexandre III, n'ajoute rien à la gloire de Saint-Saëns, les deux pages pour flûte et pour cor sont fort jolies, et l'on y admirera le charme d'Andrea Oliva à la flûte, et la longue tenue rêveuse du cor d'Alessio Allegrini. Tous les solistes sont membres de l'"Accademia Nazionale di Santa Cecilia" et plusieurs actifs dans l'organisation "Musicians of the Human Rights", fait assez important pour être rappelé.  Conclusion : il est dommage que la production ait si mal enregistré le piano, dont la partie est capitale dans ces oeuvres si soignées. Version à conseiller : l'album du Nash Ensemble (Hyperion), comprenant, en plus des trois sonates, le 2ème quatuor avec piano, le quintette et le septuor.
Bruno Peeters

Son 6 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 9

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