Le pédagogue musical Philipp Ahner devrait devenir le nouveau président de la Hochschule für Musik, Theater und Medien Hannover (HMTMH).
Le sénat de la haute école a élu cet homme de 48 ans mercredi, a indiqué l'institution. Ahner succéderait à Susanne Rode-Breymann, dont le deuxième mandat se termine le 31 mars 2024.
Philipp Ahner est professeur de pédagogie musicale et de didactique de la musique au centre régional de design musical et de performance du Bade-Wurtemberg, ainsi que vice-recteur chargé des études, de l'enseignement et de la recherche à la Staatliche Hochschule für Musik de Trossingen. Il est également membre du conseil d'administration, coordinateur et expert au sein de comités techniques d'organisations renommées telles que le réseau européen des conservatoires (AEC).
Corniste de formation et titulaire d'un doctorat, il a su convaincre par son expertise exceptionnelle et sa force dans la direction et le développement d'institutions artistiques, scientifiques et pédagogiques de formation et de culture.
Décès de la colorature australienne Margaret Nesbitt à 94 ans
Elle a été soliste à Sadlers Wells pendant huit ans dans les années 1950 et premier rôle à la Melbourne Opera Company au début des années 1970.
Elle était très appréciée à Sydney dans le rôle de Maria dans La Mélodie du bonheur.
Jeunes talents du Sidney Sussex College au Festival de Musique Antique de Gijon
Le chœur du Sidney Sussex College de Cambridge et Emily India Evans, Senior Organ Scholar de l'institution, donnent deux concerts dans le cadre du programme du festival de Gijón consacré à la musique historique.
Le Choir of Sidney Sussex College, Cambridge, actuellement dirigé par l'Américain David Skinner, propose l'événement le plus marquant de l'édition 2023 de Música Antigua Gijón : l'un des plus anciens groupes choraux du Royaume-Uni, toujours en activité, puisqu'il aurait existé dans la Chapelle du Sidney Sussex College de l'Université de Cambridge depuis sa fondation en 1596, offre l'un de ses récitals lors d'une tournée qui le mène dans plusieurs villes espagnoles.
Après l'incorporation de voix féminines en 1976, le chœur du Sidney Sussex College de Cambridge s'est imposé comme l'un des groupes choraux les plus importants des Universités d'Oxford et de Cambridge.
Sous le titre "Ancient & modern choral masterworks from Cambridge", le programme proposé comprend des répertoires de musique ancienne et des compositions plus contemporaines, des révisions du corpus musical anglais [Tallis, Byrd, Purcell, Parry...] aux créateurs contemporains tels qu'Ola Gjeilo et Eric Whitacre -le premier compositeur en résidence du chœur. Le tout sous le crible de Cambridge, l'un des berceaux de la musique chorale britannique.
Entre-temps, Emily India Evans, Senior Organ Scholar au Sidney Sussex College, Cambridge, et membre de la chorale, donnera un récital d'orgue reflétant les talents des étudiants en orgue du Sidney Sussex College, Cambridge. Du contrepoint complexe et des compositions virtuoses de Bach aux pièces contemporaines innovantes de Nico Muhly, compositeur en résidence au Sidney Sussex College, ce programme varié est une sélection des pièces préférées d'Emily India Evans.
En complément de son séjour à Gijón, le mercredi 5 juillet, le directeur du groupe, David Skinner, est le protagoniste de l'un des ateliers de cette édition du festival. Dans cet atelier, intitulé "De William Byrd à Tomás Luis de Victoria", le répertoire choral de la Renaissance, les participants apprendront quelques-unes des clés de l'interprétation et de la direction de ce répertoire, sans négliger l'étude du contexte historique des compositeurs et son application à une compréhension globale de l'époque. Les conditions minimales d'inscription sont une capacité à lire les partitions et une expérience dans le domaine choral.
Daniele Gatti, chef principal de la Sächsische Staatskapelle
Daniele Gatti (61 ans) sera le nouveau chef d'orchestre principal de la Sächsische Staatskapelle de Dresde. La ministre de la Culture de Saxe Barbara Klepsch (CDU) et le musicien italien ont signé mercredi le contrat correspondant. Le mandat débutera le 1er août 2024 et durera six ans. Gatti succède à Christian Thielemann, dont le contrat prendra fin en juillet 2024 après douze ans.
Les musiciens de l'orchestre avaient voté pour Gatti en tant que nouveau chef d'orchestre. Gatti avait fait ses débuts à la Staatskapelle en février 2000. "Ce fut une entente musicale comme j'en ai rarement connu, et le signal de départ d'une relation artistique qui s'est intensifiée au fil des années, tant à Dresde que lors de tournées dans le monde entier", a expliqué le chef d'orchestre.
Né en 1961 à Milan, où il a également fait ses études, Gatti est aujourd'hui directeur musical de l'Orchestra Mozart, conseiller artistique du Mahler Chamber Orchestra et chef principal du Teatro del Maggio Musicale Fiorentino. Il a été directeur musical du Teatro dell'Opera de Rome, chef principal du Royal Concertgebouw Orchestra d'Amsterdam et a occupé auparavant des fonctions similaires auprès d'institutions telles que l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia, le Royal Philharmonic Orchestra, l'Orchestre National de France, le Royal Opera House de Londres, le Teatro Comunale di Bologna et l'Opernhaus de Zurich. Il travaille en outre régulièrement avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin, l'Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise et l'Orchestra Filarmonica della Scala.
Outre le nouveau chef d'orchestre principal, Annekatrin Fojuth succèdera à Adrian Jones.
Décès du musicologue Sami Habra, confondateur de la Société Wilhelm Furtwängler
Le musicologue Sami Habra, cofondateur de la Société Wilhelm Furtwängler française (SWF) et dont il fut un pilier pendant plus de cinquante ans, est décédé à Versailles le 3 juillet 2023 à l’âge de 88 ans.
Né à Haïfa au Liban en 1935, britannique, il anima des centaines de conférences pendant des décennies et assura la supervision des 33 tours puis des CDs de la SWF, son plus grand projet étant le Ring dirigé par Furtwängler à la Scala en 1950, avec un souci de préservation de l’ambiance sonore et du naturel qui manquait généralement aux éditions commerciales des grands labels à cette époque.
Pédagogue, il captivait son auditoire en émaillant ses conférences musicales d’anecdotes saillantes et de traits d’humour dont la causticité ne cachait pas une réelle sensibilité. Admirateur de Furtwängler, il n’en reconnaissait pas moins le génie de son opposé Toscanini, et avait développé une amitié avec le chef Hans Schmidt-Isserstedt.
Donaueschingen, creuset du modernisme allemand d'après-guerre, a présenté le festival de cette année.
Surprises :
- cette année, les Donaueschinger Musiktage présenteront 23 premières mondiales, dont quelque 70 % sont des oeuvres de femmes ;
- deux tiers des compositeurs seront présents au festival pour la première fois.
Lydia Rilling, directrice artistique des Donaueschinger Musiktage, rappelle que les scènes musicales contemporaines doivent leur vitalité et leur diversité en grande partie à des pratiques intégrées et collaboratives embrassant la "créativité distribuée. [...] L'improvisation joue souvent un rôle important et rend la distinction entre composition et interprétation plus floue ou moins pertinente. Le titre du festival de cette année souligne le changement dans le travail créatif et le développement d'un laboratoire dans lequel on peut jouer avec les possibilités : colLABORation".
Trois piliers de l'Orchestre Symphonique de Chicago prennent leur retraite
Le violoncelliste Gary Stucka, l'alto solo assistant Li-Kuo Chang et le bibliothécaire principal Peter Conover quitteront leurs fonctions à la fin de la saison 2022-23, chacun ayant rendu d'éminents services à l'ensemble.
Gary Stucka a consacré 37 ans de sa vie à l'orchestre et a été nommé sous le mandat de Sir Georg Solti. Il avait auparavant joué dans plusieurs autres orchestres, dont le Cleveland Orchestra et le Winnipeg Symphony.
Il a commencé ses études à l'âge de huit ans et a suivi l'enseignement de Leonard Chausow, qui était alors violoncelle solo adjoint du CSO. Stucka a complété sa carrière par de la musique de chambre, étant membre du trio Pressenda depuis 1989 et se produisant avec le quatuor à cordes de l'Orchestre symphonique de Chicago.
L'altiste Li-Kuo Chang a commencé comme pianiste et a appris de sa mère, qui était professeur au Conservatoire de musique de Shanghai. Les enregistrements de David Oistrakh l'ont incité à devenir violoniste, avant qu'il ne se tourne vers l'alto.
Chang a étudié à la Juilliard School, au New England Conservatory et à l'Eastman School of Music. Il s'est produit plusieurs fois en tant que soliste avec le CSO, notamment aux côtés de Pinchas Zukerman dans une interprétation du Concerto brandebourgeois n° 6 de Bach.
Peter Conover a commencé à travailler à la bibliothèque du CSO en 1984 en tant qu'apprenti. Il a également travaillé dans les bibliothèques du Phoenix Symphony et du Houston Symphony et a été membre du comité des publications de la Major Orchestra Librarians' Association.
Il s'est également produit à plusieurs reprises avec le CSO en tant que guitariste, notamment lors de 33 concerts consacrés à la Symphonie n° 7 de Mahler.
Le chef allemand Otto Klemperer est né le à Breslau en province de Silésie et mort le à Zurich.
L'écrivain et philologue Victor Klemperer (1881-1960), et les frères de ce dernier, les médecins Georg et Felix Klemperer, étaient ses cousins. Il est le père de Werner Klemperer.
Né dans une famille d'origine juive mais convertie au catholicisme, Otto Klemperer fut un disciple de Gustav Mahler à Vienne et prit des leçons de composition auprès de Schönberg à Berlin, puis à nouveau pendant la guerre, aux États-Unis.
Chef à l'Opéra de Strasbourg dirigé par Hans Pfitzner puis à l'Opéra Kroll de Berlin, il créa des œuvres de Schönberg, Paul Hindemith, Kurt Weill, Franz Schreker, Ernst Křenek et dirigea tous les compositeurs modernes de son époque.
Le , alors que Hitler est arrivé à la Chancellerie le , Klemperer donne encore un concert auquel se rend Goebbels, lequel note dans son Journal :
« Le soir, Tannhäuser. Klemperer le rate complètement. Les Juifs ne comprennent pas Wagner. Ils le haïssent même. Un Tannhäuser - Pilinsky - avec sept moutards. L'ensemble de l'exécution sans aucune piété. Très insatisfaisant. »
— Journal de Joseph Goebbels, 1933-1939, Ed. Tallandier, p. 103
Klemperer décide en 1933 de quitter l'Allemagne pour fuir le régime nazi et s'installe aux États-Unis, où il est rapidement nommé chef d'orchestre du Los Angeles Philharmonic Orchestra.
Dans l'immédiat après-guerre, le monde musical allemand se montrant réticent à le réinstaller à la tête d'une phalange importante, il dirige d'abord à Budapest, puis à Londres où il est pris sous contrat pour EMI par Walter Legge. Devenu un elder statesman de la musique, surtout après la mort de ses collègues et contemporains Furtwängler, Toscanini, Erich Kleiber, Mengelberg, Walter et Fritz Busch, il devint sur ses vieux jours un invité de marque de nombreux orchestres, surtout à partir de la fin des années 1950. C'est à cette époque que Walter Legge fait connaître Klemperer au monde entier en enregistrant en une quinzaine d'années presque tout son répertoire avec l'Orchestre Philharmonia dont il devient chef principal.
À la fin des années 1960, une série de concerts triomphaux à Vienne et à Munich (succédant à ceux donnés à Cologne quelque temps plus tôt) marqua, au moins extérieurement, la réconciliation entre le chef et l'univers culturel dont il fut toujours le représentant.
Marqué par l'expérience amère de l'exil, Otto Klemperer se détourne après 1945 du répertoire moderne (à l'exception de Mahler) pour se consacrer au répertoire austro-germanique classique et romantique. Sa discographie officielle ne comptant presque que des œuvres écrites avant 1918, et ses tempos étant quelquefois d'une lenteur surprenante, mais toujours soutenue sans relâche (exemple : le 1er mouvement de la 5e symphonie de Beethoven avec l'Orchestre Philharmonique de Vienne en 1968), on a oublié qu'il avait été, dans sa jeunesse, un chef particulièrement fougueux et avant-gardiste. Cette évolution de style et de répertoire se retrouvera plus tard chez Sergiu Celibidache, qui l'admirait beaucoup, ou encore Günter Wand.
Tout au long de sa vie, Otto Klemperer souffre de graves épisodes de dépression et d'insomnie. Après une fracture de la hanche et du col du fémur en 1951, il doit se résoudre à diriger assis. Hospitalisé à Zurich à l'automne 1958 pour une bronchite, il subit de graves brûlures au corps et au visage après avoir mis accidentellement le feu à son lit en fumant la pipe.
Il est enterré au cimetière israélite d'Oberer Friesenberg à Zurich.
Les labels Vox, EMI et Hungaroton ont publié de nombreux enregistrements effectués sous sa direction. Il s'agit principalement d'œuvres de Bach, Beethoven, Brahms, Bruckner, Haydn, Mahler, Mozart et Wagner (ouvertures).
Très amoindri sur le tard par une série d'infarctus, il n'en continua pas moins à diriger en chaise roulante jusqu'à un âge très avancé.
En tant que compositeur, Klemperer a écrit des symphonies et des œuvres pour orchestre d'inspiration mahlérienne. Il a enregistré sa 2e symphonie et les Merry Waltzes chez EMI en 1969.
En 2003 le chef Alun Francis à la tête du Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz a enregistré les deux symphonies et des pièces symphoniques dont les Merry Waltzes édités par CPO.
Robert Kajanus est un compositeur et chef d'orchestre finlandais né le à Helsinki et décédé le dans la même ville.
En 1868, il prend des cours de théorie musicale puis de composition avec Richard Faltin (1835-1918). En 1874, il fait la connaissance d'Elias Lönnrot qui a compilé le Kalevala, l'épopée nationale finlandaise. Il rencontre également Jean Sibelius, alors élève à l'Institut de musique d'Helsinki de Richard Faltin. De 1877 à 1880, il rejoint Leipzig afin d'étudier auprès de Carl Reinecke puis auprès de Johan Svendsen à Paris.
Il fait ses débuts de chef d'orchestre à Helsinki en 1878 où il défend l'œuvre de Sibélius puis de Leevi Madetoja notamment. En 1882, il fonde la Société orchestrale d'Helsinki, qui deviendra plus tard l'Orchestre Philharmonique d'Helsinki. Il dirige cet orchestre jusqu'à la fin de sa vie.
En 1889, il entreprend des études de direction auprès d'Hans von Bülow, avant de diriger pour la première fois l'Orchestre Philharmonique de Berlin l'année suivante.
Hanns Eisler, né le à Leipzig et mort le à Berlin-Est, est un compositeur et théoricien de la musique autrichien, élève d'Arnold Schönberg. Il est notamment connu pour avoir collaboré avec Bertolt Brecht sur plusieurs de ses pièces et mis en musique un grand nombre de ses poèmes. Il a en outre composé la mélodie de l'hymne national de l'ancienne République démocratique allemande, Auferstanden aus Ruinen, sur des vers du poète Johannes R. Becher.
Hanns Eisler est le troisième enfant de Rudolf Eisler (1873-1926) philosophe et Privatgelehrter (professeur à titre privé) d'origine juive, et d'Ida Maria, née Fischer (1876-1929), de confession luthérienne. Son frère Gerhart (1897-1968) sera un homme politique communiste. Sa sœur Elfriede, plus connue sous le pseudonyme de Ruth Fischer (1895-1961) participera à la fondation du Parti communiste d'Autriche (KPÖ), avant de rejoindre le Parti communiste d'Allemagne (KPD) dont elle sera l'une des dirigeantes. Son opposition, dès 1925, à l'évolution stalinienne du parti lui vaudra d'être exclue de l'Internationale communiste.
En 1901, la famille Eisler quitte Leipzig pour Vienne. Hanns grandit dans un environnement petit-bourgeois, où la musique et la littérature jouent un rôle central. Il fait ses études secondaires au Staatsgymnasium (lycée d'État) n° 2 de la capitale de l'Empire austro-hongrois. En 1916, il est enrôlé dans l'armée impériale et royale. Son frère Gerhard ayant publié en 1914 des articles pacifistes, la famille était surveillée par la police secrète. Hanns sert d'abord dans un régiment d'infanterie hongrois, puis, jusqu'en 1918, dans une école d'officiers de réserve près de Prague, où il est mis par deux fois aux arrêts pour indiscipline, sans doute pour agitation politique.
De cette période datent plusieurs compositions musicales, dont l'oratorio Gegen den Krieg (Contre la guerre).
Le jeune homme accueille avec joie la Révolution d'Octobre qui signifie aussi la fin de la guerre, l'ennemi russe étant de ce fait devenu neutre, les soldats pensaient qu'un seul front désormais assurerait la victoire aux Empires centraux et pour Eisler leur basculement vers la révolution.
Revenu à Vienne après la défaite, il étudie de 1919 à 1923 avec Arnold Schönberg en cours privés, tout en dirigeant des chorales ouvrières. Eisler fut un des premiers élèves de Schönberg à adopter la technique des douze sons (musique dodécaphonique). Il dédie à Schönberg sa Sonate pour piano op.1. En 1920, il épouse la chanteuse communiste Lotte Demant (1894-1970).
Depuis l'enfance, Hanns Eisler est fortement attiré par les idéaux communistes (en partie sous l'influence de sa sœur et son frère) et cet élan marque sa création musicale.
C'est à partir de son installation à Berlin en 1925 que cette tendance vers une musique résolument politique se confirme. Berlin traverse alors un âge d'or pour les arts et les lettres et devient un creuset d'expérimentation dans tous les domaines artistiques et politiques, tandis que les années 1925-1929 marquent aussi le retour à la prospérité et à une stabilité relative en Allemagne. Eisler s'éloigne de la vision musicale sacralisée d'Arnold Schönberg et du post-romantisme qu'il juge « embourgeoisés ». Il s'oriente vers des formes musicales plus populaires, influencées par le jazz et le cabaret.
Il se rapproche du Parti communiste d'Allemagne, mais n'en sera jamais membre. Il écrit à partir de 1927 des articles politiques dans le journal Die Rote Fahne (Le Drapeau rouge) et enseigne dans des écoles du soir du Parti communiste. C'est dans ce contexte qu'en 1929 il fait la connaissance de Bertolt Brecht, lui-même marxiste et « compagnon de route » et entame avec lui une collaboration qui durera jusqu'à la mort du poète, en 1956.
Il compose ainsi la musique de plusieurs pièces de Brecht : Die Massnahme (La Décision, 1930), Die heilige Johanna der Schlachthöfe (Sainte Jeanne des Abattoirs, 1930), Die Mutter (La Mère, d'après un roman de Maxime Gorki, 1931), Die Rundköpfe und die Spitzköpfe (Têtes rondes et têtes pointues, 1933), Furcht und Elend des Dritten Reiches (Grand-peur et misère du IIIe Reich, 1938), Leben des Galilei (La Vie de Galilée, 1938), Schweyk im zweiten Weltkrieg (Schweyk dans la Deuxième Guerre mondiale, 1943).
Eisler et Brecht ont aussi composé ensemble des chants politiques qui ont joué leur rôle dans les années de la République de Weimar (1918-1933), comme le Solidaritätslied (le Chant de la Solidarité, 1932) du premier film parlant « prolétarien »Kuhle Wampe (Ventres glacés). Eisler dirigea aussi le cercle prolétarien intitulé « Matérialisme dialectique en musique ».
En 1933, il s'exile à Paris, où il rencontre les comédiens du groupe Octobre, et met en musique deux poèmes de Jacques Prévert : Histoire du cheval et Vie de famille. Eisler fait aussi un voyage à Moscou à cette époque.
La musique d'Eisler, qui était communiste et « demi-juif », et la poésie de Brecht, qui était communiste, furent bannies par le parti nazi en 1933, et les deux amis sont contraints à l'exil. Eisler voyage en 1935 en Tchécoslovaquie, à Paris, à Londres, et au Danemark, où il retrouve Brecht. Il donne une série de concerts aux États-Unis entre février et , puis se rend à Londres. Il y compose un arrangement du Lied der Moorsoldaten (Chant des Marais), que l'acteur et chanteur Ernst Busch enregistrera à Barcelone puis à Moscou. Le , il épouse à Prague sa seconde femme Louise Anna Gosztony, dite Lou. Au tournant des années 1937 et 1938, ils se rendent à Madrid pour soutenir les républicains espagnols en lutte contre le franquisme. Dans le courant de l'année 1938, ils s'installent aux États-Unis.
Eisler y enseigne à la New School University de New York et compose de la musique de chambre expérimentale. Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il déménage à Hollywood, où il compose la musique de nombreux films (Hangmen Also Die (Les Bourreaux meurent aussi) de Fritz Lang, qui fut nommé aux Oscars de 1944, None but the Lonely Heart (Rien qu'un cœur solitaire, 1944) de Clifford Odets, The Woman of the Beach (La Femme sur la plage, 1946) de Jean Renoir.
En 1947 il publie Composing for the Films (Musique de cinéma) écrit en collaboration avec le philosophe Theodor W. Adorno. Eisler reprend la technique dodécaphonique (un exemple en est son quintette Vierzehn Arten, den Regen zu beschreiben (Quatorze manières de décrire la pluie), composé en l'honneur du 70e anniversaire d'Arnold Schönberg).
Ses œuvres essentielles de ces années sont la monumentale Deutsche Sinfonie (symphonie pour solistes, récitant, chœur et orchestre en 11 mouvements reposant sur des textes de Brecht et d'Ignazio Silone, commencée en 1935, et qui ne sera terminée qu'en 1958) et un cycle de mélodies Hollywooder Liederbuch (1942-43), ainsi que d'importantes pièces de musique de chambre : 14 manières de décrire la pluie (1941), Nonett n° 1 (1939), Nonett n° 2 (1941), Septett n° 1 (1941), Septett n° 2 (1947), Symphonie de chambre (1940).
Au contexte politique vint s'ajouter un conflit familial : Hanns Eisler et son frère Gerhart, qui résidait lui aussi aux États-Unis à l'époque, furent publiquement dénoncés par leur sœur Ruth Fischer comme des espions à la solde de l'URSS. Ruth Fischer était en effet convaincue que ses deux frères avaient une responsabilité dans la mort de son amant Arkadi Maslow, dont elle pensait qu'il avait été assassiné par le NKVD
Hanns Eisler fut entendu par la commission de la Chambre de Représentants sur les activités anti-américaines, de même que Gerhart, que J. Edgar Hoover, chef du FBI, considérait comme une figure centrale de l'espionnage soviétique. Ruth Fischer témoigna à charge contre ses deux frères. Après deux auditions, Hanns Eisler fut accusé d'être « le Karl Marx du communisme dans le domaine musical » et un agent soviétique à Hollywood, et il fut donc inscrit sur la liste noire du cinéma. Il fut, comme de nombreux artistes compagnons de route, tel Brecht, contraint de quitter les États-Unis le 5.
Il s'installa alors à Vienne, puis à Berlin-Est en et composa la mélodie de l'hymne national de la jeune République démocratique allemande (RDA), Auferstanden aus Ruinen, sur des paroles de Johannes R. Becher. Il épousa sa troisième femme, Stephanie Peschl en 1958. Il continua à composer, à enseigner au conservatoire Hochschule für Musik Hanns Eisler. Il composa en 1955 la musique du film Nuit et brouillard d'Alain Resnais (sorti en 1956) et, en 1959, celle de La Rabouilleuse de Louis Daquin d'après le roman de Balzac. Son projet le plus ambitieux, un opéra moderne sur le thème de Faust, fut attaqué par la censure communiste. Sa loyauté politique vis-à-vis du communisme fut mise en cause lors d'une série d'auditions.
Ce climat politique et la mort de Brecht en 1956 assombrirent ses dernières années. En 1959 est créée sa Symphonie allemande. Il achève son œuvre ultime Ernste Gesänge (Chants graves), pour baryton et orchestre à cordes avant de mourir en 1962.