Le Journal

Jordi Savall se plonge dans les symphonies de Schubert

par

Après le projet beethovénien avec les neuf symphonies, Jordi Savall s'attaque à Schubert et à deux pages engagées du symphonisme germanique (la Symphonie n° 8 "Inachevée" et la Symphonie n° 9 "La Grande") en dirigeant Le Concert des Nations selon des critères philologiques qui rendront sûrement des œuvres aussi connues inédites pour les auditeurs d'aujourd'hui.

Avec ses deux dernières symphonies -dont la Symphonie n° 8 en si bémol, en deux mouvements, dite "inachevée"- Franz Schubert abandonne la symphonie classique et rejoint esthétiquement Beethoven dans une conception clairement romantique, loin du mouvement esthétique Sturm und Drang. La Neuvième Symphonie mérite amplement le surnom de "Grande" pour son ampleur et pour être une œuvre complexe qui synthétise le présent et le futur dans ses quatre mouvements. Elle a été créée à titre posthume en 1839, sous la direction de Felix Mendelssohn. Schubert était mort onze ans plus tôt.

 

Jonathan Bloxham aux London Mozart Players

par

Les London Mozart Players ont nommé Jonathan Bloxham au titre étrange de chef d'orchestre en résidence et de conseiller artistique.

M. Bloxham était auparavant le chef d'orchestre adjoint de Mirga au CBSO.

Annniversaire de la réunification allemande célébré à Dresde

par

Aujourd'hui, jour anniversaire de la réunification allemande, l'Orchestre Symphonique de Dresde veut rappeler la d'une manière particulière : à l'entrée du Kulturpalast de Dresde, les visiteurs sont séparés de manière aléatoire en "Est" et "Ouest". Un mur passe au milieu des rangées de spectateurs et de l'orchestre. Depuis une tour de guet surplombant la bande frontalière, le chef d'orchestre Jonathan Stockhammer dirige l'orchestre divisé.

Le programme comprend notamment deux compositions de commande. Dans la première partie du concert, Utopian Melodies (yelling at me !) pour orchestre divisé du compositeur munichois Markus Lehmann-Horn sera donné en création. Vers la fin de l'œuvre, le mur "tombe" musicalement et réellement entre les instrumentistes et les auditeurs. Après la pause, on entendra Landmark pour orchestre réuni de la compositrice britannique Charlotte Bray.

Avec le concert "Drüben - Eine deutsche Zeitreise", l'Orchestre Symphonique de Dresde veut "faire respirer l'histoire au public et lui faire ressentir de près ce que cela signifiait d'être séparé et de se rencontrer à nouveau". Pour l'intendant Markus Rind et le metteur en scène Tom Quaas, ce projet est une préoccupation personnelle, car tous deux sont des témoins de l'époque : alors que Rindt a fui à l'Ouest en 1989 via l'Ambassade de Prague, Quaas a été emprisonné à Bautzen pour avoir distribué des tracts interdits.

Hommage à Stefan Soltesz (1949-2022)

par

L'Aalto-Musiktheater d'Essen prendra congé de son ancien intendant et directeur musical Stefan Soltész lors d'une cérémonie commémorative publique qui aura lieu ce lundi. Elle réunira des solistes de l'ensemble Aalto, des chanteurs du chœur de l'Opéra et des musiciens de l'Orchestre Philharmonique d'Essen.
Le chef autrichien d'origine hongroise s'était effondré le 22 juillet lors d'une représentation de l'Opéra d'État de Bavière et était ensuite décédé.
L'artiste était âgé de 73 ans.

Stefan Soltész a été intendant et directeur musical de l'Aalto-Musiktheater et de l'Orchestre Philharmonique d'Essen de 1997 à 2013. Durant son mandat, l'Aalto-Theater a été élu "Opéra de l'année" par les critiques du magazine "Opernwelt" en 2008.

L'académie d'orchestre de l'Essener Philharmoniker, fondée à son initiative en 1999, était un projet qui tenait à cœur à Soltész. Elle offre aux jeunes musiciens la possibilité d'acquérir une expérience pratique au sein d'un orchestre professionnel.

Né en 1949 à Nyiregyháza, en Hongrie, Soltész est arrivé à Vienne dans son enfance, où il est devenu membre des Petits Chanteurs et a étudié la direction d'orchestre, la composition et le piano à la Musikhochschule. De 1983 à 1985, il a été chef d'orchestre permanent de l'Opéra d'État de Hambourg et a occupé le même poste à l'Opéra allemand de Berlin de 1985 à 1997. De 1988 à 1993, il a été directeur musical du Staatstheater Braunschweig, qui l'a ensuite nommé chef d'orchestre honoraire. De 1992 à 1997, il a occupé le poste de chef d'orchestre principal de l'Opéra flamand d'Anvers/Gand, avant de partir pour Essen.
Soltész a régulièrement dirigé, en tant qu'invité, l'Opéra National de Vienne ainsi que les grands opéras d'Allemagne et d'Europe. Il a également été invité à des festivals internationaux et a dirigé des concerts symphoniques d'orchestres renommés.

Philippe Jordan quittera l'Opéra de Vienne en 2025

par

Ce week-end, dans une longue interview controversée accordée au quotidien viennois Kurier, le maestro suisse Philippe Jordan a annoncé qu'il ne serait plus associé à l'Opéra d'État de Vienne à l'expiration de son contrat actuel en 2025. Dans l'interview, Jordan a avoué sa déception à l'égard de la direction du théâtre, dirigée par Bogdan Roscic, avec qui il a laissé entendre qu'il existait des désaccords manifestes lorsqu'il s'agissait de planifier l'invitation d'autres chefs d'orchestre et de nouvelles productions, entre autres.
En réponse à ces déclarations, Roscic lui-même a confirmé des différents.

Comme on le sait, dans ses déclarations au Kurier, Jordan a porté des jugements sévères sur la direction que prend le monde de l'opéra, qu'il a dit percevoir comme "penchant vers l'aberration". Et à propos de la gestion de Roscic à Vienne, il a déclaré : "Je crois que, en ce qui concerne la gestion, notre théâtre est depuis longtemps sur une voie fatalement erronée. En définitive, cette voie mène à un échec inévitable à long terme".

Jordan a pris la direction musicale de l'Opéra d'État de Vienne en 2020, remplissant ainsi la vacance du poste laissé par Franz Welser-Möst depuis son départ en 2014.

Karol Szymanowski, 140 ans

par

Le compositeur, pianiste et musicographe polonais Karol Szymanowski est né le  à Tymochivka (alors en Russie, aujourd'hui en Ukraine) et décédé le  à Lausanne.

Rappel pour les plus jeunes
Karol Maciej Szymanowski naît dans une riche famille noble, à Tymoshivka, aux confins est de l'ancienne Pologne, portant le blason Korwin-Ślepowron, ce qui lui permet par la suite de vivre dans un confortable isolement, favorable à sa personnalité et sa création. Boiteux à la suite d'un accident dans sa petite enfance, timide de nature, il grandit au sein d'un environnement familial ouvert sur le monde artistique, ses frères et sœurs faisant tous de la musique, de la peinture ou de la poésie. Très tôt, il est initié au piano (dès l’âge de 7 ans). Entrant en 1901 au Conservatoire de Varsovie, il y bénéficie de l'enseignement d'un des plus illustres maîtres de l'époque en la personne de Zygmunt Noskowski. C'est là qu'il rencontre notamment Arthur Rubinstein, qui servira beaucoup sa musique, mais également des musiciens qui formeront avec lui peu de temps après le groupe « Jeune Pologne en musique » : Apolinary Szeluto, Grzegorz Fitelberg et Ludomir Różycki. Protégés par le prince Władysław Lubomirski, Szymanowski et ses partenaires donnent vie à leurs idéaux avant-gardistes dans une Pologne encore très marquée par l'œuvre conservatrice de compositeurs tels que Józef Elsner, Stanisław Moniuszko, Władysław Zeleński et Zygmunt Noskowski. Leur musique se veut en ce sens contemporaine, résolument européenne et occidentale.

Épris de culture austro-allemande, Szymanowski effectue de longs séjours à Vienne et en Allemagne où il rencontre de grands succès notamment avec sa Symphonie no 2 op. 19 et sa Sonate no 2 op. 21. Il s'oriente par la suite vers de nouvelles voies esthétiques.

Cherchant à s'enrichir de la découverte de contrées toujours plus mirobolantes, Szymanowski réalise de nombreux périples au cours des années 1908-1914. Il séjourne en Italie et en Afrique du Nord, voyages qui l'influencent notamment dans l'écriture du livret de son opéra Le Roi Roger (Roger de Hauteville de Sicile ), mais également en France. Cette fascination pour l'Orient et la culture méditerranéenne se retrouve également dans sa nouvelle Efebos où il décrit ses amours masculines et notamment son amour pour le jeune Boris Kochno. Selon le musicologue anglo-parsi Kaikhosru Shapurji Sorabji (Mi contra fa London, 1947) sa Symphonie no 3 Chant de la nuit réussit à pénétrer et à évoquer l'essence même de l'art persan -chose sans doute unique dans la musique occidentale.

Par ailleurs, l'apport de Szymanowski à la musique pour violon est immense : ses Mythes et son Concerto no 1 constituent la plus grande révolution dans ce domaine depuis Paganini selon le grand musicologue allemand, Hans Heinz Stuckenschmidt. Emile Vuillermoz le qualifie de "Debussy polonais".

Il donne plusieurs concerts aux États-Unis, où Pierre Monteux dirige l'une de ses symphonies à Boston, et à Paris, où il rencontre les célébrités musicales de l’époque (Maurice Ravel, Alfred Cortot…). Il préfère cependant rentrer par patriotisme dans son pays natal plutôt que de poursuivre ses voyages. En 1931 il devient l'un de membres d'honneur de la Société internationale de musique contemporaine à côté de Richard Strauss, Igor Stravinsky, Maurice Ravel, Bela Bartok et Manuel de Falla. Il étudie dès lors le folklore musical local et s’en inspire dans de nombreuses œuvres, en particulier dans son ballet pantomime Harnasie donné à l'Opéra de Prague (1935) puis à l'Opéra de Paris (1936). Reconnu par les édiles, il obtient le poste de directeur du Conservatoire de Varsovie jusqu’à sa démission en 1932 survenue en raison de désaccords de fond, essentiellement dus à sa promotion des créations artistiques nouvelles aux dépens de celles d'essence classique.

Au cours de ses années d’enseignement, Szymanowski sacrifie sa carrière de compositeur. Parmi ses élèves, figurent Michał Kondracki, Bolesław Szabelski, Zygmunt Mycielski et Piotr Perkowski. Lorsqu'il quitte définitivement ses fonctions officielles, il peut de nouveau se consacrer à la composition, avec notamment la création de sa 4e Symphonie et du Concerto pour violon no 2.

Tuberculeux depuis son plus jeune âge, il meurt le  à Lausanne, à l'âge de 54 ans. Son corps repose au Panthéon de Grands Polonais, à l'église Saint-Michel-et-Saint-Stanislas de Skałka, à Cracovie.

On distingue traditionnellement trois périodes créatrices dans son existence. Sa première période est marquée par le romantisme et plus particulièrement par l'empreinte de Frédéric Chopin dont il ne cessera de se revendiquer durant toute sa vie ; une deuxième période courant jusqu’à la révolution russe, résolument éclectique et durant laquelle il entre en contact avec des compositeurs comme Claude Debussy, Maurice Ravel et Igor Stravinsky, mais aussi avec le monde oriental et mythologique; et une dernière période enfin qui renoue avec ses propres racines, en l'occurrence la musique populaire polonaise. Il a été également un grand écrivain, musicologue et essayiste. En 2018 ont paru en français ses Écrits sur la musique (éd. Symétrie, Lyon) traduits par Christophe Jeżewski et Claude-Henry du Bord.

Karol Szymanovski a été honoré de plusieurs titres :

  • Docteur honoris causa de l'Université Jagellon de Cracovie (1930)
  • Membre d'honneur de la Société internationale de musique contemporaine (1931)
  • Membre d'honneur de la Regia Accademia di Santa Cecilia de Rome (1933)
  • Croix de commandeur de l'ordre Polonia Restituta (1934)
  • Laurier d'Or de l'Académie des Lettres Polonaise (1935)
  • Grand-Croix de l'ordre Polonia Restituta (à titre posthume)

Klara de Pedro Halffter créé au Etats-Unis

par

Le chef espagnol Pedro Halffter emmènera aux Etats-Unis son opéra Klara, créé l'été dernier au festival de Villafranca del Bierzo, aux États-Unis : au Paine Hall de l'Université de Harvard.

Dans la version originale de l'opéra, la protagoniste Klara est un robot, une forme avancée d'intelligence artificielle, capable d'apprendre et d'examiner le monde qui l'entoure. Un simple simulacre, jusqu'à ce qu'elle en vienne à la question transcendantale : "Qu'est-ce qu'un être humain ?

Grâce au caractère ouvert et universel du texte et de la musique, les phénomènes soulevés dans la pièce prennent une autre forme lors de la première américaine :  cette fois, Klara est un être humain, une jeune femme, menant une vie paisible dans une ville paisible, jusqu'à ce que, soudain, les fondements de sa psyché soient ébranlés par les horreurs de la guerre. Klara tremble devant la décision de partir et d'entrer dans un avenir inconnu en tant que réfugiée.

Cet opéra sera accompagné d'autres œuvres lyriques, dont les histoires et le texte sont inspirés par les réfugiés à travers l'histoire.

Plus jeune PDG d'un orchestre américain

par

Il se dit que Rachel Hagemeier (28 ans) est sur le point de devenir la plus jeune PDG et présidente d'un orchestre symphonique américain.

Bassoniste, elle prendrait la tête de l'Orchestre Symphonique de Canton, dans l'Ohio, le mois prochain.

Fondé en 1937, l'orchestre était dirigé par Gerhardt Zimmermann depuis 1980. Il va bientôt partir, et la salle de concert a été baptisée en son honneur.

 

Rolando Villazon : son premier Wagner

par

Le ténor innove à Berlin en interprétant Loge dans le Ring de Wagner du Staatsoper.

Villazon déclare : C'est mon premier rôle de Wagner sur scène. C'est un personnage que tous les fans de Wagner aiment et c'est une grande responsabilité pour moi.'

Philippe Jordan et les post-modernes

par

Le chef d'orchestre de l'Opéra d'État de Vienne, Philippe Jordan, a lancé dans le journal "Kurier" une attaque contre le type de metteurs en scène post-modernes qui ont produit des spectacles comme le "faux" Mahler de cette semaine.

Il a déclaré : Je crois qu'en ce qui concerne la mise en scène, notre théâtre a emprunté une mauvaise voie fatale depuis longtemps. ... En fin de compte, cette voie mène inévitablement à l'échec à long terme....  Je n'ai pas l'impression que les directeurs artistiques, les dramaturges et surtout les metteurs en scène s'intéressent vraiment à cette interaction entre le théâtre et la musique.