A l'Opéra de Sydney, la grande réouverture du théâtre Joan Sutherland est prévue le soir du Nouvel An, après sept mois de travaux. Mises à niveau en coulisses, aménagements dans la fosse d'orchestre, améliorations acoustiques, modernisation de la machinerie (ascenseur de scène, climatisation de la fosse,...), il s'agit d'un chantier de 45 millions de dollars. Investir dans nos arts et notre culture est absolument essentiel, a déclaré le ministre des Arts de la Nouvelle-Galles du Sud, Don Harwin. L'Etat dépense 200 millions de dollars parce que nous voulons que ce bâtiment ne soit pas seulement un symbole de l'Australie, un monument, l'un des grands bâtiments du monde, nous voulons qu'il soit un espace de spectacle vivant pertinent, à la fine pointe de la technologie. Pour le public, les résultats du chantiers seront surtout perceptibles au niveau du son : la fosse d'orchestre est plus vaste, les matériaux choisis pour leur pertinence et une "assistance" électronique assurera la qualité du son tout au long de la salle.
Alors qu'il a quitté son poste de Generalmusikdirektor du Saarländisches Staatsorchester pour des raisons personnelles, on apprend que Nicholas Milton devrait occuper un poste similaire à Göttingen l'année prochaine .
Né en 1967 à Sydney (Australie), Nicholas Milton a étudié le violon, la direction, la théorie musicale et la philosophie au Conservatoire de musique de Sydney, à l'Université du Michigan, au Mannes College of Music et à la Juilliard School of Music. Il a obtenu son doctorat à la City University de New York. Sa carrière de musicien a débuté comme violoniste et chambriste du Trio Macquarie. En 1996, il était nommé violon solo de l'Adelaide Symphony Orchestra et, en 2001, chef du Willoughby Symphony Orchestra. De 2004 à 2010, il était directeur musical général de l'Orchestre Philharmonique de Jena et, depuis 2007, chef et directeur artistique du Canberra Symphony Orchestra. Milton a dirigé le Volksoper Wien, le Komische Oper Berlin, le Staatstheater am Gärtnerplatz de Munich, l'Opéra de Leipzig et l'Opéra de Sydney. Il a également été chef invité de l'Orchestre Philharmonique de Londres, l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, l'Orchestre du Konzerthaus de Berlin et l'Orchestre Symphonique de la Radio de la NDR, SWR, SR....
Il est le premier Aussie à être un GMD allemand, et maintenant il est le deuxième.
A l'issue de la 12e édition du Concurs Internacional de Direcció d'Orquestra de Cadaqués, c'estle Portugais Nuno Coelho (°1989) qui l'a emporté et qui, au cours des trois prochaines années, dirigera 39 concerts en Espagne et avec des orchestres d'Europe, d'Amérique et d'Asie. Le deuxième prix va à l'Allemand Felix Mildenberger.
Récent finaliste du Concours des jeunes chefs d'orchestre du Festival de Salzbourg, 1er Prix du Concours des jeunes chefs d'orchestre de la radio portugaise, Nuno Coelho il a pu faire ses armes avec l'Orchestre Gulbenkian, l'Orchestre Symphonique du Portugal, la Salzburg Camerata et l'Orchestre de Chambre de Bâle. Ces deux dernières années, il a été directeur adjoint du Netherlands Philharmonic Orchestra où il travaille avec Marc Albrecht et il a dirigé l'orchestre au Concertgebouw et en diverses autres villes des Pays-Bas. Au Tanglewood Music Center, il a travaillé et joué avec le Festival Orchestra et des chefs invités tels Andris Nelsons, Christoph von Dohnányi, Charles Dutoit, Thomas Adès et Stéphane Denève. Après La Traviata et Cavalleria Rusticana en République tchèque, son agenda actuel le mène à diriger tant à Amsterdam qu'au Portugal, entre autres... Nuno Coelho a étudié à l'Université des Arts de Zurich avec Johannes Schlaefli. En 2015, il rejoint le programme Dirigentenforum organisé par le Deutscher Musikrat (Conseil de la musique allemande) et reçoit une bourse de la Fondation Calouste Gulbenkian. Après ses études de violon à Klagenfurt, il obtient une maîtrise à Bruxelles sous la direction de Yuzuko Horigome.
Le 2e Prix revient à l'Allemand Felix Mildenberger. Né en 1990 à Wolfach, sa formation musicale a d'abord embrassé le violon, l'alto et le piano. De 2011 à 2015, il travaille la direction à Fribourg et à Vienne. Après son baccalauréat, il est conférencier en direction d'orchestre à l'Université de Fribourg. Il a reçu plusieurs bourses et assisté Paavo Järvi, Robin Ticciati, Emmanuel Krivine, Jakub Hrůša et Jane Glover, participé à une production d'opéra de l'Académie Lyrique de Rochefort et dirigé des concerts de musique contemporaine à Dessau. Côté concours, il a remporté le Prix Robert Spano au Aspen Music Festival en 2016. Depuis 2014, il dirige l'Orchestre Symphonique de Freiburg et depuis 2017, il est l'assistant d'Emmanuel Krivine avec l'Orchestre National de France à Paris.
Le Concours de Cadaqués est bisannuel et, depuis 1992, il a inscrit dans ses tablettes Vasily Petrenko (2004), Michal Nesterowicz (2008), Lorenzo Viotti (2013), Pablo González (2006) et Andrew Gourlay (2010) et bien sûr Gianandrea Noseda (1994), actuel directeur de l'Orchestre de Cadaques, qui présidait cette année le jury composé d'Annette Mangold (Philharmonie de Berlin), Nicholas Kenyon (Barbican Centre), Lutz Köhler, Jaime Martín, Jun-ichi Nihei (Japan Arts Corporation) et l'Orchestre de Cadaqués lui-même.
Sur l'ensemble des dossiers introduits cette année, 50 candidats avaient été sélectionnés d'emblée. Parmi les 60 autres qui ont pu participer à une épreuve préliminaire, 10 ont été retenus.
Le Concours de musique de chambre Orpheus, qui avait lieu cette année à Bâle, a annoncé ses lauréats. Le 1er Prix (5 000 francs suisses) est allé au Delta Piano Trio, composé de Gerard Spronk (violon), Irene Enzlin (violoncelle) et Vera Kooper (piano). Le 2e Prix (3.000 CHF) va à Duobitatio composé d'Antonio Vinuales (violon) et Rosalia Gomez Lasheras (piano). Le 3e Prix (2 000 CHF) est attribué au Trio Be One, l'ensemble des percussionnistes Pascal Martin, Charles Gillet et Robin Fourmeau. Les trois lauréats peuvent commander une œuvre pour leur ensemble avec des fonds de la Fondation Pro Helvetia.
Les musiciens néerlandais du Delta Piano Trio fondé a Salzbourg en 2013 ont déjà reçu plusieurs prix et ont été invités dans différents pays européens, en Russie, en Israël, en Chine, en Corée et aux États-Unis. On les retrouvés sur les scènes du Salzburg Chamber Music Festival, du New York Chamber Music Festival et au Concertgebouw d'Amsterdam.
Le Concours de musique de chambre suisse Orpheus est organisé depuis 1974 pour soutenir les jeunes musiciens en début de carrière. Initialement limité à des individus, il s'adresse désormais à des ensembles de musique de chambre. Cette année, le jury présidé par Thomas Demenga comptait Hiroko Sakagami, Donna Wagner Molinari, Mary Ellen Woodside et Olivier Darbellay.
Ancien vice-président d'Universal Music, Costa Pilavachi a été coopté pour entrer au Conseil d'Administration de l'Orchestre National d'Écosse.
Costa Pilavachi, que nous avions évoqué fin octobre quand il a rejoint le Festival d'Athènes et d'Epidaurus, estl'une des figures les plus influentes du monde de la musique classique. Il a commencé sa carrière dans l'industrie du disque en tant que vice-président du label hollandais Philips Classics avant de devenir président mondial de trois grands labels classiques, Philips Classics, Decca Music Group et EMI Classics (1997-2009). En 2010, la direction artistique des labels Deutsche Grammophon et Decca lui était confiée pour le monde entier avant qu'en 2016, il devienne consultant pour la division Global Classics d'Universal Music.
Pour l'Orchestre National d'Ecosse, Costa Pilavachi apporte une perspective internationale et son expérience issue d'une carrière influente et productive. Depuis ses débuts, il a expérimenté toutes les facettes de la diffusion de la musique auprès du public. Son arrivée devrait permettre au RSNO d'accroître encore sa présence internationale.
Le Conseil d'administration de RSNO compte jusqu'à huit administrateurs élus, six administrateurs représentants des musiciens, des administrateurs désignés par les autorités locales, le directeur général et le secrétaire de la société.
L'année 2018 sera particulière pour l'Orchestre National d'Écosse. En juin, le RSNO fera ses adieux à Peter Oundjian qui sera remplacé en octobre par Thomas Søndergård, ancien chef principal invité. Mais avant cela, Peter Oundjian entamera en mai sa dernière tournée internationale avec le RSNO et, en solistes, Nicola Benedetti, Jan Vogler et Martin Stadtfeld. Le RSNO Chorus, à l'origine de l'orchestre, célèbre cette année son 175e anniversaire avec des événements spéciaux tels Chichester Psalms et MASS de Leonard Bernstein, et The Planets de Holst.
Depuis 2004, l'Association allemande Bürger für Beethoven attribue le Beethoven Ring à de jeunes musiciens prometteurs. Cette année, les votes des membres se sont portés sur le pianiste Igor Levit. La cérémonie aura lieu le 21 avril 2018 dans la salle de musique de chambre de la maison Beethoven. Né en 1987 à Nijni Novgorod, Igor Levit a emménagé à Berlin avec sa famille à l'âge de huit ans et il y vit toujours. Passionné très tôt par la musique de Beethoven, Igor Levit a réalisé, à l'âge de 14 ans, une réduction pour piano de la Missa solemnis. Les sonates et les concertos de Beethoven font évidemment partie de son répertoire.
Le Beethoven-Ring a déjà été remis à Gustavo Dudamel, Julia Fischer, Lisa Batiashvili, Nicolas Altstaedt et Filippo Gorini.
Soixante-huit pianistes de 28 pays ont été sélectionnés pour le premier tour du Concours International de Piano de Leeds en 2018. Il y en a huit de plus qu'initialement prévu, en raison de la qualité extraordinairement élevée des candidats.
Ce sont: Jean-Selim Abdelmoula (27 ans, Suisse) Oleg Akkuratov (28 ans, Fédération de Russie) Eunhee Baek (27 ans, Corée du Sud) Evelyne Berezovsky (27 ans, Royaume-Uni) Aris Alexander Blettenberg (24 ans, Allemagne) Jun Bouterey-Ishido (28, Nouvelle-Zélande) Florian Caroubi (28 ans, France) Jenny Chen (24 ans, États-Unis/Taiwan) Saeyoon Chon (22 ans, Corée du Sud) Lee Clarence (27 ans, Singapour) Scott Cuellar (29 ans, USA) Anna Dmytrenko (25 ans, USA/Ukraine) Alberto Ferro (22 ans, Italie) Yui Fushiki (27 ans, Japon) Jean-Paul Gasparian (23 ans, France) Anna Geniushene (27 ans, Fédération de Russie) Salih Can Gevrek (26 ans, Turquie) Kyuho Han (24 ans, Corée du Sud) Hee Jun Han (28 ans, Corée du Sud) Chen Han (26 ans, Taïwan) Yilei Hao (21 ans, Chine) Mario Häring (28 ans, Allemagne) Wei-Ting Hsieh (22, Taïwan) So Hyang In (26, Corée du Sud) Fuko Ishii (27 ans, Japon) Haruka Izawa (26 ans, Japon) Aljoša Jurinić (29, Croatie) Su Yeon Kim (24 ans, Corée du Sud) Yoonji Kim (29 ans, Corée du Sud) Jongyun Kim (28 ans, Corée du Sud) Yurika Kimura (25 ans, Japon) Dinara Klinton (29 ans, Ukrainie) Jakub Kuszlik (21 ans, Pologne) Franck Laurent-Grandpré (26 ans, France) Taek Gi Lee (21 ans, Corée du Sud) Siqian Li (25 ans, Chine) Bowen Li (22 ans, Chine) Eric Lu (20 ans, USA) Florian Mitrea (28 ans, Royaume-Uni/Roumanie) Alexia Mouza (28 ans, Grèce/ Vénézuéla) Riyad Nicolas (28 ans, Royaume-Uni/Syrie) Yeon-Min Park (27 ans, Corée du Sud) Jinhyung Park (22 ans, Corée du Sud) Colton Peltier (24 ans, USA) Lucas Porter (27 ans, Canada) Kausikan Rajeshkumar (28 ans, Royaume-Uni) Anton Rosputko (25 ans, Lettonie) Tamila Salimdjanova (26 ans, Ouzbekistan) Marina Kan Selvik (29 ans, Norvège) Aristo Sham (22 ans, Hong Kong) Jiuming Shen (26 ans, Chine) Lorenzo Soulès (26 ans, France) Yutong Sun (22 ans, Chine) Alexey Sychev (29 ans, Fédération de Russie) Hin-Yat Tsang (25 ans, Hong Kong) Samson Tsoy (29 ans, Fédération de Russie) Kseniia Vokhmianina (28 ans, Ukraine) Xinyuan Wang (23 ans, Chine) Chao Wang (28 ans, Chine) Andrzej Wierciński (22 ans, Pologne) Rhythmie Wong (27, Chine) Yuchong Wu (22 ans, Chine) Ziang Xu (26 ans, Chine) Yuanfan Yang (21 ans, Royaume-Uni) Chengcheng Yao (26 ans, Chine) Hao Zi Yoh (23 ans, Malaisie) Pavel Zemen (25 ans, République tchèque) Sarina Zhang (22 ans, Canada/USA)
Parmi les candidats sélectionnés, on compte le premier concurrent de Syrie. Et alors que la moitié des concurrents sont des ressortissants asiatiques (avec en tête la Chine et la Corée du Sud, avec 11 concurrents chacun), près des deux tiers des pianistes sont basés en Europe, dont 11 au Royaume-Uni et 15 en Allemagne. L'âge moyen des concurrents est de 25 ans, et 65% des personnes sélectionnées sont des hommes.
Le jury du premier tour, présidé par Adam Gatehouse, comprendra Thomas Hübsch, Noriko Ogawa et Marna Seltzer qui écouteront un récital de 25 minutes de chacun des 68 pianistes avant d'en sélectionner 24 pour le second tour (Leeds, septembre 2018).
Le Concours 2018 annonce un large éventail d'événements, de concerts et d'ateliers, y compris un nouveau Leeds Piano Festival qui aura lieu chaque année à Londres et à Leeds,
Le Concours est doté de 90 000 £. Le 1er Prix bénéficie, en plus,d'un "bouquet" incluant : gestion artistique avec Askonas Holt; concerts et engagements dans des lieux et avec des orchestres de premier plan dont le Wigmore Hall et le South Bank Centre de Londres, le Concertgebouw d'Amsterdam, le Hallé, le Royal Liverpool Philharmonic et les orchestres philharmoniques d'Oslo; concerts et enregistrements avec Radio 3; une tournée européenne majeure organisée avec Steinway & Sons; un CD récital ; et un programme d'engagements de récital dans le Yorkshire et d'autres lieux du Royaume-Uni.
Opéré récemment à l'épaule, Zubin Mehta (81 ans) vient d'annuler ses concerts du mois de février prochain avec le Berliner Philharmoniker. Priorité au bon déroulement de la convalescence. Il sera remplacé, dans les mêmes programmes, par Bernard Haitink et Vasily Petrenko qui fera, pour l'occasion, ses débuts avec le Berliner .
Le quotidien espagnol El Pais -qui n'a pas pour habitude de colporter des rumeurs !- a attiré l'attention, au début de cette semaine, sur les difficultés qui touchent la formation dirigée par Gustavo Dudamel du fait de la crise économique et politique que traverse le Venezuela. Selon El Pais, près de 40 de ses 120 musiciens auraient quitté le pays et rejoint d’autres ensembles symphoniques à l’étranger. La détérioration de la situation économique du pays aurait entraîné une forte chute des salaires des musiciens et les rémunérations actuelles n’atteignent même pas les 10 $, ce qui oblige les artistes à trouver des solutions. La répression politique menée par le gouvernement de Nicolás Maduro n'y est pas étrangère : on se souvient que Gustavo Dudamel s'était opposé publiquement aux violences exercées contre des manifestants ; il n'est pas rentré au Venezuela depuis le début des manifestations et il reste à Los Angeles (où il dirige l’Orchestre Philharmonique. Des membres de l'ensemble expriment clairement leur crainte que son passeport lui soit confisqué et qu’il soit emprisonné mais tous restent en contact permanent . Les tournées prévues en Asie et en Espagne en 2018 ont été annulées.
L'agent de Maria Joao Pires a confirmé hier ce qui était dans l'air: à 73 ans, la pianiste quitte définitivement la scène. Elle donne encore deux concerts à Zurich ce soir et demain avec le Concerto pour piano no27 de Mozart sous la direction de Bernard Haitink. Au-delà, son agenda est annulé.
Née à Lisbonne le , Maria Joao Pires a d'abord fréquenté le Conservatoire de la ville. Lisbonne. Elle a travaillé avec Campos Coelho et Francine Benoît au Portugal puis Rosl Schmidt et Karl Engel en Allemagne. Elle se distingue dans plusieurs concours et se profile rapidement comme une spécialiste du répertoire mozartien, ce qui se confirmera tout au long de sa carrière. Après avoir vécu au Brésil, pays dont elle a pris la nationalité, elle vit maintenant en Suisse. Rappelons qu'en Belgique, elle a été Maître en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth.
En avril 2009, notre confrère Olivier Bellamy l'avait rencontrée, ce qui nous vaut cet auto-portrait qui n'élude pas les questions essentielles. O.B. Cela fait des années que vous déclarez vouloir arrêter de donner des concerts. Heureusement, vous n’en avez rien fait. MJP. Je n’ai jamais réussi. C’est le destin et il faut l’accepter. J’adore jouer du piano, faire de la musique, mais voyager est très fatigant et donner des concerts, très stressant. Cela fait soixante ans que je joue en public et je dis parfois à mes enfants que j’ai mérité d’être à la retraite. Ce désir que j’ai eu toute ma vie d’arrêter mon métier vient probablement du fait que je ne l’ai jamais choisi. Moi, je voulais faire médecine, je m’intéresse à l’éducation, à l’art, j’aime le travail en équipe. En fait, j’aurais adoré vivre la musique en amateur. Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ? Je continue pour ceux qui dépendent de moi, mes enfants, les familles que j’aide, les projets sociaux que je soutiens… Ça me fait plaisir de me sentir utile et de savoir que l’argent que je gagne avec les concerts sert à d’autres. Mais si demain personne n’a besoin de moi sur le plan financier, c’est sûr que je m’arrête, parce que moi je n’ai besoin de rien, je peux vivre n’importe où et je ne dépense rien. J’aime travailler, mais je n’ai aucun désir matériel. Vous arrivez à trouver du temps pour vous ? Non. Chaque musicien rêve d’avoir du temps à soi. Cela fait vingt ans que j’ai envie de travailler certaines œuvres comme l’Opus 111 de Beethoven sans oser l’aborder. Et puis j’ai décidé de le jouer quand même, pour moi, dans un premier temps. J’ai commencé cette année et je n’ai trouvé que trois jours de libres. Trois jours de bonheur, mais déjà oubliés parce que tout m’est tombé dessus après et je n’ai plus retrouvé ce temps à moi. Ce sont vos parents qui vous ont poussée à devenir pianiste professionnelle ? Pas du tout, c’est la vie ! Mon père est mort deux semaines avant ma naissance. On habitait avec ma mère, mon grand-père et mes trois frères et sœurs. C’était une famille qui n’avait aucune ambition de ce côté-là et ma mère m’a toujours protégée pour ne pas que je donne des concerts trop tôt. Quand j’ai eu mon bac et mon prix au conservatoire, des amis m’ont poussée à continuer la musique. J’ai donc demandé une bourse pour aller étudier en Allemagne, mais au temps de la dictature [de Salazar – Ndlr], c’était très difficile d’obtenir un passeport. Je me suis dit : le destin va décider. J’ai eu la bourse et le passeport. Alors je suis partie cinq ans en Allemagne. Puis j’ai arrêté le piano un an, je me suis mariée, j’ai eu des enfants et les concerts ont commencé tout de suite. J’ai toujours eu des obligations familiales. Même si j’étais la plus jeune, je me suis toujours sentie le père de ma famille. Ma mère m’avait assigné ce rôle et j’ai continué à le tenir pendant beaucoup d’années. Je me suis habituée à nourrir beaucoup de personnes comme si c’était tout à fait normal. La vie décide parfois pour nous et l’accepter est la meilleure solution. Quel était votre rapport au piano lorsque vous étiez enfant ? Naturel ou contraint ? Le piano était un jouet pour moi. Nous avions un piano droit à la maison et ma sœur jouait un peu. Comme je me sentais isolée dans cette famille qui portait le deuil de mon père, tout mon imaginaire s’est développé à travers la recherche du son. A trois ans, je passais des heures à jouer une note de mille manières. C’est cela qui me passionnait vraiment. En fait, toute ma technique pianistique, je l’ai construite à cet âge en apprenant toute seule à utiliser le corps pour produire des sons différents. Les enfants peuvent aller très loin à travers l’imaginaire, quand ils ne sont pas cassés par l’école qui leur dit : " Ne fais pas ça ! " Toutes les idées sur l’éducation que j’ai développées plus tard sont nées de cette époque. Le Centre Belgais pour l’étude des arts que vous avez ouvert à Castelo Branco, dans l’est du Portugal, il y a dix ans, a-t-il été un succès ou un échec ? Un succès sur le plan artistique, pour les familles, l’équipe, mais un échec total sur le plan administratif. Le Portugal est un pays peuplé de gens extraordinaires, gentils, mais qui n’est pas tourné vers l’expérimentation. Dès le début, je me suis heurtée à un mur. C’était un projet à visée nationale, qui avait l’espoir d’aider les gens les plus défavorisés à travers l’éducation artistique. Or je n’ai jamais pu obtenir un seul dialogue avec le gouvernement, qui m’a accusée publiquement d’être une diva et de chercher à obtenir des privilèges. Je voulais simplement mettre mon expérience au service de la communauté. Sans me décourager, j’ai vendu ma maison pour construire le centre et j’ai fait confiance à des gens qui étaient apparemment de bonne volonté mais qui ont profité de la situation. Voilà, j’ai payé et je continue de payer. Cela m’a rendue malade et j’ai même subi une opération du cœur. J’ai fait la bêtise de vouloir me battre jusqu’au bout. On observe une crise de la musique classique, liée à la crise économique, alors que les salles de concert sont pleines. Qu’en pensez-vous ? La crise que nous vivons est une crise humaine avant d’être une crise économique. L’être humain est allé trop loin du côté de la technologie et il a complètement oublié l’essentiel. Ce qui est essentiel est devenu extravagant. C’est cela la crise humaine. Les spécialistes de l’environnement se demandent : " Quelle planète va-t-on laisser à nos enfants ? " Moi, je me demande plutôt : " Quels enfants va-t-on laisser à cette planète ? " C’est tout aussi important. La crise de la musique classique vient de cela parce qu’elle est tombée dans cette logique. L’essentiel n’est plus si important et n’est plus enseigné comme une valeur à chérir. À l’école, les enfants entendent parler de carrière, de pouvoir, d’argent, de télévision, de journalistes, de succès, de compétition, de concours ! Ce n’est pas de leur faute. Ainsi, lorsqu’un jeune pianiste de vingt ans monte sur scène, on se dit : il est prétentieux ou ceci ou cela. Non, il est simplement victime des concours, des professeurs, de la machine. Les salles se remplissent parce que les gens ont besoin de trouver l’essentiel de l’homme quelque part, de trouver une vérité. Que faites-vous pour garder votre authenticité en dépit du système ? J’essaie de rester vraie, de ne pas être en dehors de moi-même. Au piano, il faut d’abord aider l’élève à être dans son corps, sans prétention d’aucune sorte, simplement être. Lui faire sentir qu’il est une personne entière, mais qu’il appartient à un tout et que les autres sont la même chose que lui. Le côté égotiste qu’on met dans la musique est dangereux. C’est pourquoi on voit tant de jeunes pianistes qui ne savent pas respirer. Quand vous étiez jeune, vous ne pensiez jamais à la carrière, au succès ? Jamais ! C’est criminel de mettre cela dans la tête des jeunes. Si un enfant a envie de jouer d’un instrument ou de dessiner, c’est qu’il a envie de s’exprimer. Au lieu de cela, on lui fait passer des concours, qui sont le contraire de l’art. L’art, c’est la générosité. Être un artiste, c’est aimer donner et recevoir : la base de l’échange humain. Or la personne qui passe un concours va désirer sa victoire, donc la défaite des autres. Si je gagne et que tu perds, je ne peux pas être un artiste parce que l’artiste veut que nous communiquions. L’autre n’est pas un concurrent, c’est un ami. Pour moi, tous les pianistes du monde sont des amis. Nous sommes égaux et différents, nous pratiquons le même art et chacun a sa place. Nos différences sont aussi belles que ce que nous avons en commun. Moi, je suis en admiration devant des interprètes qui sont à l’opposé de moi. Qui, par exemple ? Par exemple Maurizio Pollini, Martha Argerich ou Daniel Barenboim. Ils font des choses que je ne serai jamais capable de faire. Ça ne me retire rien de les admirer. Pour valoriser quelqu’un, il ne faut pas chercher à dévaloriser quelqu’un d’autre. Ceux qu’on trouve " moins bien ", c’est qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’apprendre à s’exprimer. Les pianistes français qui ont étudié avec vous à Cadenabbia (Italie) gardent de vous un très bon souvenir. J’aime beaucoup enseigner. Je dis cela parce que je ne connais pas d’autre mot, mais je ne crois pas que " j’enseigne ". J’ai l’impression qu’il ne faut presque rien faire avec un élève. Le remettre sur les rails, c’est tout. Parfois le train est lourd et il faut du temps. Mais il ne faut pas toucher à l’essentiel, à l’âme de l’artiste, il faut l’aider à se chercher. Je ne dis pas " trouver ", parce qu’on ne se trouve jamais réellement, mais être sur le chemin. Pour un artiste, l’important n’est pas le but, c’est le chemin. L’interprète aussi doit placer l’œuvre sur le chemin, sans se mettre trop en avant, dans la bonne perspective pour le public, n’est-ce-pas ? Vous avez totalement raison. L’interprète ne doit pas penser à mettre sa personnalité dans l’œuvre. De toute façon, il la mettra. Quand je joue une sonate de Beethoven, je n’ai pas comme but d’en donner ma vision. C’est tout simplement une rencontre. Je m’adapte à l’œuvre et elle s’adapte à moi. On se respecte. Ce qui gâche tout, c’est quand on cherche de nouvelles manières d’interpréter et qu’on se croit exceptionnel. Si on est simplement ce qu’on est sans vouloir rien prouver, c’est mieux. Vous êtes toujours restée proche de Mozart. Il ne vous a jamais abandonnée et vous ne l’avez jamais trahi. Non ? J’ai compris récemment qu’il avait toujours été à mes côtés. Cela a commencé pour des raisons matérielles : avec mes petites mains, je peux jouer presque toute sa musique. Beethoven aussi. Après, ça diminue. [Rires.] Mozart est dans l’impermanence, on sent qu’il ne s’attache à rien, et c’est cela, au fond, son génie. Tout peut arriver et tout peut changer à chaque seconde. Rien ne reste, rien n’est fixe. Pour moi, c’est une grande sagesse humaine. Or dans la vie, nous cherchons la sécurité, nous voulons posséder, laisser une trace. Pourtant, être lié à l’essentiel passe par l’acceptation de l’impermanence. Le comprendre, c’est avoir accès à la musique beaucoup plus facilement. Mozart est un grand exemple de ce détachement total. Je ressens les choses ainsi, ne le prenez pas comme une vérité. Par la suite, à leur manière, Beethoven et Schubert ont été aussi deux représentants extraordinaires de cette quête spirituelle. Sentez-vous un fil secret qui relie Mozart à Chopin ? Je n’entends pas la même voix chez les deux. Le fait que Chopin adorait Mozart ne veut rien dire. Chopin a mis beaucoup plus de lui-même dans son œuvre. L’époque romantique a permis cela. Chopin est davantage dans son univers clos, même si les choses changent un peu à la fin. Tous les grands compositeurs, à la fin de leur vie, accèdent à un certain détachement. C’est humain. Moi aussi, je me détache. Je n’ai plus besoin de dix robes, mais d’une seule. Dans mon cas, ça n’apporte rien à l’humanité. [Rires.] Comme ces grands génies sont hautement développés spirituellement, ils le font de manière sublime et en apportant quelque chose de nouveau. Ils se projettent dans le futur et le prochain prendra le relais. C’est pour cela qu’il ne faut pas être prétentieux parce qu’au bout, on passe toujours la balle. [Rires.] Ce qui est extraordinaire chez Chopin, c’est son esprit critique. On ne trouve pas de déchet dans son œuvre. C’est incroyable, cela, en effet. Mais je ne pense pas qu’il faille analyser pourquoi Mozart a pu écrire des choses parfois peu intéressantes et pas Chopin. Cela vient du caractère de Chopin, qui était tout entier à ce qu’il faisait, sans autre distraction. Je vous donne un exemple ridicule. Moi, je fais la cuisine tous les jours et j’en ai marre. Je fais n’importe quoi et c’est toujours à peu près bon, mais pas très bon… De temps en temps, c’est réussi. Alors que certaines personnes se concentrent vraiment sur ce qu’elles font et c’est toujours parfait. [Rires.] Stephen Kovacevich dit que Chopin est le dernier compositeur devant lequel il aurait voulu jouer ses œuvres. Il aurait peur ? Pourtant il joue très bien. Tout interprète serait mort de peur de jouer pour le compositeur… En même temps, ce serait une tentation énorme de pouvoir apprendre avec eux. Chopin était très rigoureux et il aurait peut-être détesté notre façon de jouer. J’y pense souvent… D’un autre côté, je pense que ce n’est pas tellement important, qu’il aime ou qu’il n’aime pas. Si l’on est vrai, si l’on ne pense pas à séduire le public ou le critique, l’essentiel est là. Il n’y a pas de vérité en interprétation. Par exemple, nous parlons ensemble depuis une heure. Comment vais-je vous décrire après ? L’important, c’est que j’aie pu ressentir l’essence de votre personne. Si je me trompe dans la couleur de votre veste, ce n’est pas grave. Si Chopin a accepté la manière dont Liszt jouait ses Études, c’est qu’il était plus ouvert qu’on ne le pense. Liszt a inventé un truc épouvantable, qui est le récital pour piano. Je lui en veux pour le reste de ma vie. [Rires.] Il avait un grand ego, mais pas dans sa musique car c’était un compositeur merveilleux. Comment entrez-vous dans une œuvre nouvelle ? J’essaie d’utiliser le moins possible l’intellect. Quand tous les moteurs sont arrêtés, le silence se fait et l’on peut écouter. J’essaie toujours d’avoir à l’esprit l’essence de l’œuvre, qui n’est pas intellectuelle, qui est indicible, impalpable. Ce qui n’empêche pas, à d’autres moments, de lire ce qu’ont écrit les musicologues pour tenter d’être un peu moins idiot. L’œuvre a un côté mystérieux, qui est de l’ordre de l’inconnu et qui est son âme. Il faut l’écouter et il y a mille façons de le faire.
On retrouve aisément Marie Joao Pires au disque : après ses débuts chez Denon, elle a enregistré pendant 15 ans chez Erato puis DG. On la retrouvera donc aisément dans - l’intégrale des sonates pour piano de Mozart parue chez Denon dans les années 1970, rééditée chez Brilliant Classics ; - les Concertos pour clavier de Jean-Sébastien Bach, dirigés par Michel Corboz, chez Erato ; - l’intégrale des sonates pour piano de Mozart réenregistrée trente ans plus tard chez DG ; - l’intégrale des sonates pour violon et piano de Mozart avec Augustin Dumay, chez DG ; - des concertos pour piano de Mozart dirigés par Armin Jordan chez Erato, et par Claudio Abbado chez DG ; - les concertos pour piano de Chopin, chez DG ; - l’intégrale des Nocturnes de Chopin, chez DG ; - des enregistrements de Schumann et Beethoven, parus chez Erato ou DG et les impromptus D 899 et D 935 de Schubert.