Le violon de Prokofiev, narrateur extraordinaire 

par https://seamagic.org/

Sergei PROKOFIEV (1891-1953) – Œuvres pour Violon et Piano
Elsa Grether (violon), David Lively (piano), 69’41, texte de présentation en anglais et en français, FUG749

Sergei Prokofiev était un écrivain amateur infatigable ; il alimentait régulièrement un journal intime jusqu’à ses 42 ans et il écrivit lui-même le livret de son opéra Le Joueur d’après le roman de Dostoïevski ainsi qu’une douzaine de nouvelles loufoques entre 1918 et 1921. Ainsi, tout au long de sa carrière, son œuvre se nourrissait de récits imaginatifs. C’est donc un pur plaisir d’entendre Elsa Grether et David Lively, deux musiciens chambristes extraordinaires, transformer ces œuvres pour violon et piano de Prokofiev en véritables contes musicaux. 

L’album s’ouvre avec la 2e Sonate en Ré Majeur op.94bis, écrite initialement pour flûte et piano en 1943 mais adaptée pour violon l’année suivante à la demande de David Oistrakh. On découvre d’emblée la variété du jeu de Grether, tantôt d’une finesse touchante, tantôt piquante et martiale. Le pianiste David Lively, phénoménal, ne semble pas jouer sur un simple piano à queue -on découvre une telle quantité d’articulations et de timbres différents qu’on croirait entendre un orchestre entier ! On n’est pas très loin de l’inventivité fantastique de la transcription pianistique de Pierre et le Loup de Tatiana Nikolayeva !

Si la 2e Sonate ressemble presque à un ballet miniature, la 1e Sonate en fa mineur op. 80 est une symphonie pour violon et piano, tout aussi imagée et structurellement limpide, mais plus imposante, noire et aigre… Après le 1er mouvement austère et morbide qui se termine avec, d’après le compositeur lui-même, « le vent dans un cimetière », le 2e mouvement Allegro brusco, est conquérant et guerrier. Ici, Grether, pleine de conviction, incarne aussi bien la furie que l’héroïsme des deux thèmes contrastants ! Le 3e mouvement commence comme un paradis rêvé où la musique coule doucement entre les deux instruments, mais il prend vite des allures de cauchemar. 

À ces deux sonates, chefs-d’œuvre du répertoire, s’ajoutent la Sonate pour violon seul op.115 ainsi que deux charmantes transcriptions de Jascha Heifetz : Masques (extrait de Roméo et Juliette) et la Marche de l’Amour des trois oranges.  

Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP

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