Les Monte-Carlo Music Masters 2021

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Les "Monte-Carlo Music Masters" sont devenus un rendez-vous incontournable de la vie musicale monégasque. Jean-Marie Fournier et son épouse Chantal, célèbres propriétaires de la Salle Gaveau à Paris, ont créé les "Music Masters" en 1989. Inspirés par les "Tennis Masters de Monte-Carlo" ils créent les "Masters de Musique" avec un seul gagnant. La première session a lieu à Nice et en 1992, la S.B.M. (Société des Bains de Mer) de Monaco reprend l'événement. Il se nomme désormais "Monte-Carlo Music Masters".

Le concept est unique.  Les concurrents sont tous des gagnants d'autres concours internationaux. Un programme très exigeant. Un répertoire varié de plus de quatre heures de musique par concurrent. Les trois épreuves se déroulent en quatre jours : quatre musiciens sont sélectionnés après le premier tour et deux seulement sont retenus pour la finale avec orchestre. Le gagnant reçoit un prix de 30.000 € et des promesses de concerts. Le jury est constitué d'artistes prestigieux et d'un "Candide" qui n'est pas un musicien professionnel mais un mélomane qui exprime une opinion proche du grand public. Le concours est d'abord consacré au piano; au fil des ans, le violon et le chant rejoignent le piano se succédant tous les trois ans.

Cette année il y a onze pianistes sélectionnés pour la première épreuve. Pour les candidats, il ne s'agit pas seulement de jouer du piano, mais avec les mesures sanitaires aux frontières, d'arriver sans trop d'obstacles à Monaco. Dès lors, il n’y a pas de candidats venus d’Asie et une concurrente russe a dû renoncer.  Le benjamin de la compétition, Ilya Lomtatidze, âgé de 18 ans, a pu venir à Monaco grâce à l'intervention de la Présidente de son pays, la Géorgie.  Après une longue journée, le jury annonce les quatre candidats retenus. Le Français Josquin Otal, les Russes Nikolaï Kuznetsov et Alexandre Panfilov et l'Américain Henry Kramer.

Josquin Otal ouvre la séance de la demi-finale. Il s'était distingué au premier tour en interprétant avec brio des oeuvres de Beethoven, Rachmaninov et Ravel. Son deuxième tour est un peu décevant. Il ne semble pas inspiré. Le Scherzo de Brahms et la Sonate en si mineur de Liszt manquent de nuances et de mordant. Mauvaise journée ? Mauvais choix de répertoire ? 

Nikolaï Kuznetsov est un musicien racé, virtuose, avec un toucher délicat mais ferme. Il rappelle son professeur Nikolai Lugansky par son élégance et son charisme. Au premier tour il était éblouissant dans Islamey de Balakirev, une des oeuvres les plus difficiles du répertoire.Il déçoit dans Les Tableaux d'une exposition de Moussorgski : il prend énormément de libertés et on décèle beaucoup d'imperfections. Il est en revanche impressionnant dans la Sonate n°1 du compositeur argentin Alberto Ginastera. Kuznetsov capture l'esprit de la musique folklorique argentine. Il nous fait voyager dans un monde sonore plein de couleurs et de rythmes percutants.

Alexandre Panfilov est un pianiste qui rappelle l'ancienne école de piano russe. Il a remporté un grand nombre de prix internationaux. Il s'est déjà produit dans les plus grandes salles comme le Carnegie Hall à New-York, le Musikverein à Vienne, ou le Wigmore Hall à Londres. Panfilov est un musicien introverti mais sincère ; la Sonate n°2 de Rachmaninov est sublime. 

Le public belge connaît bien l'Américain Henry Kramer. Il a remporté le deuxième prix du Concours Reine Elisabeth en 2016. Musicien accompli, il nous donne un récital de toute beauté. On n'est plus à un concours, on assiste à un concert mémorable. Kramer déploie toutes les facettes de la Sonate en ré bémol majeur hob.XVI :49 de Haydn, les notes coulent comme l'eau d'une source. Le cycle  Kreisleriana de Schumann viennent droit du coeur. Henry Kramer s’approprie entièrement la Sonate n°5 de Scriabine et il en respecte les indications:  vertiginoso, luminosita, estatico, imperioso, impetuoso... Tout y est !

Il interprète le Tombeau de Couperin de Ravel avec une sonorité riche, une articulation précise et avec une expression d'une clarté profonde. Le récital dépasse l'heure allouée. On est subjugué et on n'a pas vu le temps passer.

La délibération est très rapide et les finalistes sont l'américain Henry Kramer et le russe Nikolai Kuznetsov.

Ils s'affrontent le samedi soir accompagnés par l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo sous la direction du chef autrichien Sascha Goetzel.

La prestation commence par une petite pièce imposée pour les deux concurrents : le Nocturne n°13 en ut mineur de Chopin. Une oeuvre choisie par le jury dans le programme solo de la demi-finale. C'est la "Toccata" extraite du Tombeau de Couperin de Ravel pour Kramer et un mouvement de la sonate de Ginastera pour Kuznetsov.Henry Kramer a choisi de jouer le Concerto en la mineur de Schumann et Nikolaï Kuznetsov : le Concerto n°2 de Rachmaninov.

Le choix de Kramer est surprenant. Le Concerto de Schumann est un chef d'œuvre mais il est moins impressionnant pour le grand public. Au Reine Elisabeth, Kramer avait choisi de jouer le Concerto n°2 de Prokofiev: il aurait mieux fait de le programmer également pour les Piano Masters car Schumann ne lui réussit pas et le pianiste semble fatigué, même si le dialogue avec le chef est soigné. Il s'était donné entièrement pour la demi-finale et cela s’entend en finale car même son Nocturne de Chopin n'est pas assez brillant. Par contre, sa “Toccata” de Ravel est prodigieuse.

Nikolai Kuznetsov arrive sur scène en vainqueur avec une allure de star. Dès les premières notes du Nocturne de Chopin, il est aux commandes de la locomotive. Au lieu de jouer le dernier mouvement de la sonate de Ginastera, il la joue en entier. Il rayonne dans le Concerto n°2 de Rachmaninov même s'il glisse souvent.  Le public est conquis et c’est au charisme qu'il remporte cette édition 2021 à l’unanimité du jury.
Le Prince Albert II lui a remis la Coupe et le chèque de 30.000 euros. Kramer est très fair-play et il accepte la victoire de son collègue. Certes, il ne remporte pas de prix, mais Kramer a déjà été contacté par des organisateurs et il y a déjà plusieurs concerts en vue.

Une belle édition avec des pianistes de haut niveau.

Monte-Carlo, Opéra Garnier, 16 juin – 20 juin 2021

Carlo Screiber

Crédits photographiques : Luca Marotta

 

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