Les quatre ailes de Marie Trautmann-Jaëll (III)

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Troisième et dernière partie du dossier Marie Jaëll par Anne-Marie Polome : Marie Jaëll, maillon d’une longue chaîne musicale pianistique

Le 20 novembre 1916, Marie Jaëll écrit à son élève Catherine Pozzi (1882-1934) : Mon œuvre est terminée, elle se termine dans un rayonnement prodigieux que vous connaîtrez un jour ou l’autre. Ce rayonnement dépasse grandement notre beau rêve ! Il faut maintenant songer à la propagation.

Transmise de professeur à élève, sa méthode se répand et elle est parfois associée à l’approche pédagogique de Maria Montessori (1870-1952) qui se base sur la connaissance du développement psychologique de l’enfant et le respect de ses lois.

Marie Jaëll est un professeur très exigeant, une lettre de Catherine Pozzi en témoigne : Elle parle doucement, comme tous ceux qui ont le respect de ce qu’ils disent, mais quand on joue du piano devant elle et que c’est mal, elle se met à crier, d’une force étonnante et avec ses mains sur les vôtres, partout à la fois, les tirant, les torturant, pour leur imprimer l’adaptation juste et, le tonnerre de sa bouche commandant à toutes vos facultés ensemble, c’est une pythie redoutable et puissante, inspirée de Dieu.

Dans son ouvrage Ma vie et ma pensée, Albert Schweitzer écrit : Je dois tant à cette femme de génie.

En Belgique, le pianiste espagnol Eduardo del Pueyo (Saragosse, 1905 - Rhode-Saint-Genèse, 1986) a découvert la méthode vers 1927 et l’a étudiée pendant plusieurs années : Pour moi ce n’est pas une méthode… C’est la base unique pour n’importe quelle méthode, confiera-t-il.  Dès 1947, professeur au Conservatoire Royal de Bruxelles -il y restera 30 ans-, il nourrit son enseignement de l’éclairage apporté par les données psycho-physiologiques de la pédagogie jaëllienne. Pour lui aussi, la musique est une forme de spiritualité et le moyen de la communiquer. La main, outil de travail, est le reflet d'une organisation mentale éminemment humaine, et le moyen d'agir sur ce mental. Les exercices hors clavier et leur conscientisation sont essentiels pour unifier la main et l'image que l’interprète s’en fait, pour ouvrir les champs de sensations nouvelles qui lui permettent de s'unir au clavier dans un geste toujours plus juste. Ainsi le travail en « chaise basse », en quasi apesanteur, qui fournit les conditions de cette union et fait partie intégrante de son enseignement.

Ses qualités de pédagogue lui amèneront des étudiants du monde entier. On compte parmi eux les Belges Jacques Stehman et Jean-Claude Vanden Eynden, le Sud-Africain Steven De Groote ou encore la Géorgienne Ethéry Djakéli née Rouchadzé -la première pianiste de Barbara- qui initie à son tour le pianiste géorgien Irakly Avaliani : Cet enseignement, qui dépasse largement le cadre du piano en agissant sur le complexe psycho-physiologique du musicien, m’a permis de me réaliser comme pianiste et de me retrouver, ou précisément de commencer à découvrir ma propre personnalité en passant par le piano.

C’est en 1980 que la Française Catherine Guichard se tourne vers la pédagogie de Marie Jaëll. Elle suit une formation pédagogique à l’Association internationale Marie Jaëll de Paris auprès de Marie-Charlette Benoît avant de se perfectionner, elle aussi, avec Ethéry Djakéli et Eduardo Del Pueyo. Professeur de piano et de solfège, elle est désormais formatrice en pédagogie Jaëll, conférencière, créatrice de spectacles et écrivaine. Avec Lisa Erbès et Christiane de Turckheim, elle a publié l’année dernière Marie Jaëll, Je suis un mauvais garçon. Journal d’une exploratrice des rythmes et des sons (Ed. Arfuyen) qui a reçu le Prix spécial du Jury Nathan Katz.

Marie-Charlette Heu-Benoît (1919-2015), fondatrice avec son mari Pierre Benoît de l’Association Marie Jaëll de Paris, est l’héritière directe de l’enseignement reçu par les élèves les plus proches de Marie Jaëll, dont sa mère Angèle Spielmann-Heu qui rencontra Marie à l’âge de dix-sept ans, travailla à ses côtés pendant environ vingt ans, et l’accompagna dans ses toutes dernières découvertes. Filleule de Marie Jaëll, elle l’eut comme premier professeur de piano.

Marie Jaëll est décédée à Paris le 4 février 1925, à l’âge de 78 ans. Elle repose aux côtés de sa mère et de son époux au cimetière de Passy.

Le Fonds Marie Jaëll est entré en 1976 à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg à l’initiative de la famille de la musicienne. En 1996, l’Association Marie Jaëll de Paris a fait don de nombreux manuscrits musicaux pour le compléter. Ceci nous permet d’avoir des informations précises sur la vie et les œuvres de l’artiste. On y trouve aussi une collection de photographies d’artistes qu’elle-même ou son époux avaient connus. Ce fonds est libre de droits.

Plusieurs associations Marie Jaëll ont été créées dont :

L’Association Marie Jaëll - Alsace (1998- 2017),

L’Association internationale Marie Jaëll - Paris, fondée par Irakly Avaliani,

L’Association Marie Jaëll - Lyon,

L’Association Marie Jaëll Montessori, fondée à Paris en 1957

Depuis 1990, une rue de Strasbourg porte le nom de Marie Jaëll.

Anne-Marie Polome

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Les quatre ailes de Marie Trautmann-Jaëll (I)

 

 

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