L'Étoile de Chabrier

par dating kodachrome slides

Emmanuel CHABRIER (1841-1894) : L'Etoile.  Stéphanie d’OUSTRAC, Lazuli ; Christophe MORTAGNE, Le Roi Ouf I ; Hélène GUILMETTE, La Princesse Laoula ; Jérôme VARNIER, Siroco ; Elliot MADORE, Hérisson de Porc-Epic ; Julie BOULIANE, Aloès ; François PIOLINO, Tapioca ; François SOONS, Patacha ; Harry TEEUWEN, Zalzal ; Jeroen van GLABBECK, Le Maître ; Richard PRADA, Le Chef de la Police ; Residentie Orkest The Hague ; Chorus of Dutch National opera ; Patrick FOURNILLIER, dir.Laurent PELLY, mise en scène. Filmé les 13 et 16 octobre 2014, Dutch National Opera & Ballet, Amsterdam. DVD 9 - 115’ NTSC 16:9 - PCM stereo and DTS 5.0 - sous titres français, anglais, allemand, japonais, coréen - chanté en français – Naxos 2.110595

« Un four »  selon Chabrier à sa création en 1877, L’Etoile, opéra bouffe en trois actes sur un livret de Leterrier et Vanloo devait connaître une appréciable postérité. Trop jolie, « luxuriante », difficile … suscitant l’admiration éperdue de Duparc, Stravinsky, Ravel, Hahn ou Poulenc, cette œuvre bouffe inclassable n’a cessé en réalité de séduire. Issue d’un premier essai intitulé Fisch-Ton-Kan auquel Verlaine prêta son concours pour les « couplets du Pal », elle mélange subversion, coloris criards et délicats, émotions suaves, ingénues ou coruscantes en un raffinement musical de chaque instant. Dès 1984, puis à plusieurs reprises, Sir Eliott Gardiner l’a merveilleusement servie (en témoigne un DVD de 2002 capté à Lyon). A l’Opéra Comique comme en province ou à Londres, cette Etoile a suscité diverses mises en scènes plus ou moins heureuses. Ici, Laurent Pelly convoque à nouveau les codes de la bande dessinée dont l’équivoque convient parfaitement au sujet. Ce qui nous vaut l’omniprésence de machineries diverses dans une quasi obscurité au premier acte, dans un palais loufoque ensuite. L’inquiétante caricature de dictateur, le roi Ouf Premier (Christophe Mortagne, comédien magistral), fait planer une ambiguïté sadique assez déstabilisante. Elle se teintera peu à peu de bouffonnerie grâce à l’ingéniosité de son inénarrable astrologue. Ce dernier (Jérôme Varnier) prête une silhouette dégingandée et sa belle sûreté vocale à une composition située entre « grand blond », clochard excentrique et vieillard imprécateur de « L’étoile mystérieuse » (Hergé). Stéphanie d’Oustrac excelle dans le rôle travesti du colporteur Lazuli. Le parti-pris gavroche ne laisse paradoxalement que peu d’espace à l’ambiguïté sexuelle -ce qui est dommage- et suscite un certain décalage au DVD dans les plans rapprochés. Sa « Romance de l’étoile » un peu terne -est-ce un effet de la nudité du plateau ?- est compensée par le ravissant « Quatuor des Baisers » au II où Tapioca (irréprochable François Piolino), Aloés (Julie Bouliane d’une jolie présence vocale) et la Princesse Laoula (Hélène Guilmette exquise de legato, de diction, de luminosité) se joignent à elle. Hérisson de Porc-Epic (Elliot Madore), affublé d’un lourd accent, force une gestuelle mécanique… à l’instar de certains éléments du décor. La mise en scène impeccablement chorégraphiée glace, émeut (mort du roi), amuse (« Duetto de la Chartreuse verte ») tandis que les costumes inventifs exacerbent les caractères.

Les Chœurs se fondent dans l’action avec fluidité. Si l’intrigue et l’humour assez surannés ont résisté au temps, c’est que leur absurdité noire rejoint peut-être le goût du public d’aujourd’hui. Plus encore, c’est que la beauté chatoyante de la partition constamment mise en valeur par la mise en scène et la direction fine, élégante et charpentée de Patrick Fournillier à la tête de l’orchestre néerlandais balaye toute prévention et emporte l’auditeur dans un tourbillon de vie.          

Bénédicte Palaux Simonnet

 

 

 

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