Les 125 ans de l’Orchestre philharmonique de Munich

par https://insightlyweb.com/

125 Münchner Philharmoniker. Oeuvres de Beethoven, Brahms, Mozart, Reger, Prokofiev, Verdi,  Schubert, Berlioz, Chostakovitch, Stravinsky, Rimsky-Korsakov. Solistes, choeur, Orchestre philharmonique de Munich, direction : Hans Knappertsbusch, Fritz Rieger, Eugen Jochum, Sergiu Celibidache, Zubin Mehta, Günter Wand, Horst Stein, James Levine, Christian Thielemann, Valery Gergiev. 1953-2018. ADD/DDD. Notice de présentation en allemand et anglais. 17 CD Münchner Philharmoniker. MPHIL0011

 
Dans la sainte trilogie des orchestres allemands, les mélomanes citent naturellement le légendaire Orchestre Philharmonique de Berlin, la Staatskapelle de Dresde et le Gewandhaus de Leipzig. Peu d’entre eux penseront au Philharmonique de Munich, phalange qui peut pourtant se prévaloir d’une place dans l’Histoire, sombre ou lumineuse, de l’Allemagne. En effet, cet orchestre est particulièrement lié à Bruckner et Mahler. De Bruckner, il a oeuvré à la diffusion de ses oeuvres sous la baguette des pionniers Ferdinand Löwe et Siegmund von Hausegger qui furent deux de ses directeurs musicaux. De Mahler, il a donné les créations mondiales des symphonies n°4, n°8 et du Lied von der Erde (à titre posthume) sous les baguettes de Mahler lui-même et de Bruno Walter. C’est également à ce pupitre que Wilhelm Furtwängler fit ses débuts professionnels.  Mais l’Orchestre philharmonique, ce sont aussi les heures noires de l’Allemagne avec un engagement dans le mouvement nazi dont témoigna la compromission de son chef Oswald Kabasta (démis de ses fonctions en 1945, il se suicida). L’Orchestre Philharmonique de Munich, c’est encore la phalange attachée à Sergiu Celibidache (directeur musical entre 1979 et 1996) qui y trouva enfin un instrument à sa mesure, ciselant les moindres détails comme le voulait cet homme aux exigences démesurées.

Dès lors, il est légitime de proposer aux mélomanes un coffret anniversaire qui replace la phalange dans l’histoire de l’interprétation. Pourtant ce coffret est étrange : pas de Bruckner, ni de Mahler et l’absence de certains de ses directeurs musicaux comme Hans Rosbaud ou (plus étonnant) Rudolf Kempe. Ce coffret est donc un portrait musical suggestif avec des directeurs musicaux (Fritz Rieger, Sergiu Celibidache, James Levine, Christian Thieleman, Lorin Maazel ou Valery Gergiev), mais aussi des chefs invités : Hans Knappertsbusch, Eugen Jochum, Günter Wand, Zubin Mehta ou encore Horst Stein. Le programme fait la part belle aux oeuvres vocales avec deux opéras (la Flûte enchantée de Mozart et la Damnation de Faust de Berlioz, les Requiems de Mozart et de Verdi, La Cantate de l’Âme allemande de Pfizner ou encore la Rhapsodie pour alto de Brahms...et même à une oeuvre chambriste : la Gran Partita de Mozart sous la direction de Zubin Mehta…

On tient donc un coffret très hybride et d’un niveau élevé même si inégal. Au sommet de ce box, il faut placer une magistrale Flûte enchantée sous la direction solide de Fritz Rieger mais avec une distribution de rêve : Anneliese Rothenberger, Fritz Wunderlich et Hermann Prey. Sorcier des sons, Sergiu Celibidache est à son affaire comme rarement dans un album Prokofiev principalement composé des extraits de Roméo et Juliette, ou encore un album Brahms et Reger sous la baguette hautement inspirée d’Eugen Jochum. La Cantate de l’Âme allemande de Pfitzner est magnifiée ici par la direction engagée et galvanisante du fort oublié Horst Stein qui était toujours excellent dans ce type de répertoire ‘secondaire”. Chef invité régulier, Günter Wand livre sa leçon de la direction dans la Symphonie n°40 de Mozart et la Symphonie n°5 de Schubert avec un art à la pointe sèche qui fuit les effets faciles. Les symphonistes émérites se passionneront pour une comparaison entre le rubato d’un  Hans Knappertsbusch dans Beethoven (Symphonie n°3) et Brahms (Symphonie n°2) mis en perspective de celui de….Christian Thieleman, particulièrement “vieille école” dans une symphonie n°9 de Franz Schubert. Pour le reste, on tient du très solide même si, parfois, il manque le petit plus pour passer de l’excellent à l’indispensable, comme c’est le cas du Requiem de Verdi par Maazel ou de la Damnation de Faust par Levine (malgré un José Van Dam rayonnant). Quant à Gergiev, actuel directeur musical de la phalange, il fait vrombir la puissance orchestrale dans une Symphonie n°4 de Chostakovitch magmatique d’impact granitique et dans une Shéhérazade de Rimsky-Korsakov très phonogénique.

Dès lors, on retient de ce coffret un parcours intéressant qui sort des sentiers battus : on peut ainsi redécouvrir des oeuvres de Pfitzner ou Reger ou entendre des enregistrements qui apportent un éclairage intéressant sur l’art de l’interprétation.

Le coffret est un bel objet, le livret de présentation propose une riche iconographie même si le texte sur l’histoire de l’orchestre s’avère bien incomplet sur la période nazie ou sur l’histoire récente de l’orchestre.

Son 8 – Livret 7 – Répertoire 10 – Interprétation 9

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