Luisa Miller

par essay on decision making and problem solving

Giuseppe VERDI (1813-1901)
Luisa Miller
Olesya GOLOVNEVA (Luisa Miller), Vladislav SULIMSKY (Miller père), Taras SHTONDA (Comte Walter), Luc ROBERT (Rodolfo), Ivonne FUCHS (Federica), Lars ARVIDSON (Wurm), Emma LYREN (Laura), Eric LAVOIPIERRE (un passant), Choeur et Orchestre de l'Opéra de MALMÖ, dir.:
Michael GÜTTLER, Stefano VIZIOLI (metteur en scène)
2013 en direct de l'Opéra de Malmö PCM Stereo, DD 5.1, sous titres en italien, anglais, allemand, français, coréen- chanté en italien- 16:9-152'-DVD 9 NTSC-ARTHAUS MUSIK 101 688

Luisa Miller, opéra en 3 actes et 7 tableaux, créé au San Carlo de Naples le 8 décembre 1849 sur un livret de Salvatore Cammarano s’appuyant lui-même sur le drame “Kabale und Liebe” de Schiller (1784) tient à la fois historiquement et esthétiquement une place à part dans l’œuvre de Verdi. Historiquement par la date de création déjà qui s'éloigne des premiers opéras et laisse entrevoir certaines données – musicales, dramatiques des futures grandes pièces – esthétiquement mieux encore, car si l'on y retrouve certains souvenirs de Donizetti, charme bellinien dans l'écriture des cabalettes et duos, ou encore la personnalité au I de l'amoureuse élégiaque proche de La Somnambule, l'avenir se dessine déjà : expansion de la ligne vocale même si virtuosité et colorature restent présentes et resserrement psychologique annonçant les enjeux dramatiques intimes de Traviata et Rigoletto. Allant en ce sens la mise en scène de Stefano Vizioli se focalise sur des éléments dépouillés (main du destin écrasant la maison des Miller, trois fauteuils chez Walter) qui font parfois penser à la sobriété des tableaux de Chardin mais plus souvent à un espace innommé assez angoissant. Les contingences de lieu, de temps et d'histoire s'estompent. La direction chaleureuse, mesurée du jeune chef Michaël Güttler, met ici (Malmö) en valeur l'éclosion d'un style novateur : le principe du drame musical à discours continu sans rupture ni contrastes abrupts qui couperaient la respiration à flux tendu de l'ouvrage. On sent bien, par exemple, que Verdi s'est empêché de faire du personnage de Wurm un bouffon shakespearien au profit d'une unité de ton délibérée. Les cadrages de jeux de scènes extrêmement « parlants » dans leur dénuement, accentuent l'intériorité du drame (même si l'on peut une fois de plus déplorer la présence de disgracieuses oreillettes). Si l'orchestre et les chœurs de Malmö s'avèrent vivants et très en verve, si les costumes apparaissent d'un excellent XIXe siècle, avec leurs couleurs campagnardes à l'opposé de la tragédie bourgeoise de Schiller, les acteurs expriment par les jeux de visage, les attitudes, les regards des sentiments profonds qui touchent et bouleversent. Rien de factice ici ! Le géant Lars Arvidson (Wurm) impressionnant vocalement et physiquement, inquiète et distille le malaise. Noblaillon infatué de lui même et de sa condition sociale, le comte Walter (Taras Shtonda) rivalise avec lui en noirceur. L'humanité profonde de Miller, un peu dépassé par les événements trouve une interprétation remarquable en Vladislav Sulimsky. Quant au Rodolfo du québécois Luc Robert, sa voix pleine, souple idéalement musicale sert un personnage confondant de vérité psychologique : une magnifique révélation !
Côté dames : l'exotique Federica d'Ivonne Fuchs laisse perplexe mais la douce et belle Laura (Emma Lyren) subjugue par sa rayonnante simplicité. Enfin, à l'héroïne courageuse et émouvante Luisa Miller, Olesya Golovneva prête, sous une apparente fragilité, une pureté expressive, une qualité de chant et une vérité humaine simplement fabuleuses. Jeux et voix superbes. Du grand art.
Bénédicte Palaux Simonnet

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