Moussorgski et Schumann vus par Kirill Gerstein et Paul Lewis

par

Modest Moussorgsky (1839-1881)
Tableaux d’une exposition
Robert Schumann (1810-1856)
Fantaisie op.17
Paul Lewis, piano
2015-DDD-64’43-Textes de présentation en français, allemand et anglais-Harmonia Mundi-HMC902096

old lines used in speed dating crossword clueModest Moussorgsky (1839-1881)
Tableaux d’une exposition
Robert Schumann (1810-1856) 
Carnaval op.9
Kirill Gerstein (piano)
2015-SACD-63’08-Textes de présentation en anglais, allemand et français-Myrios Classics-MYR013
Les pianistes Paul Lewis et Kirill Gerstein nous livrent deux enregistrements consacrés à Moussorgski et Schumann, deux programmes ambitieux à la hauteur de nos espérances. Les Tableaux d’une exposition, que l’auditeur a davantage l’occasion d’entendre sous la forme orchestrée de Ravel, sont le fruit d’une visite d’une exposition consacrée à l’œuvre de Viktor Hartmann, architecte et ami proche du compositeur mort subitement à 39 ans. Dans une lettre adressée à Vladimir Stassov, organisateur de l’exposition, Moussorgski déclare : « Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris : des sons et des idées sont suspendus en l’air, je suis en train de les absorber et tout cela déborde, et je peux à peine griffonner sur le papier ». Œuvre à programme composée de dix pièces musicales dont la célèbre « Promenade » qui agit ici comme transition, on y retrouve des ambiances et couleurs nationales caractéristiques, notamment dans « Il Vecchio Castello » (Italie) ou encore « Bydlo » (Pologne). C’est donc la version originale qui est présentée ici. Paul Lewis insuffle à l’œuvre une direction rudement bien menée, tant dans le choix des tempi que dans l’agencement des couleurs, contrastes et dynamiques. Chaque « Promenade » agit comme liant et se distingue par un choix interprétatif jamais identique. Le piano de Paul Lewis est robuste, rond, brillant et expressif. Aucune exagération ne se fait sentir, appuyant en revanche quelques couleurs parfois plus tendues. Kirill Gerstein propose lui aussi une très belle version, dans une approche plus personnelle. Quelques motifs surgissent de nulle part et pourront déstabiliser l’auditeur. Le pianiste propose aussi une grande souplesse dans les tempi, joue avec, au point de rendre l’œuvre plus « vivante ». C’est une vision plus pianistique que Gerstein propose, avec un travail conséquent sur la pédalisation alors que celle de Lewis aurait tendance à se rapprocher de la version de Ravel, notamment dans le travail de la résonnance des enchaînements harmoniques.

En seconde partie, les deux pianistes s’attaquent à Schumann. Lewis choisit la Fantaisie op. 17, un sommet de la littérature schumanienne. Œuvre complexe en trois parties, Schumann l’imagine en 1838 et la dédie à Franz Liszt qui s’exprime en ces mots : « La Fantaisie qui m’est dédiée est une œuvre de l’ordre le plus élevé – je suis en vérité fier de l’honneur que vous me faites en m’adressant une si grandiose composition ». Longue poésie entrecoupée de passages virtuoses et délicats, on y décèle également quelques moments troubles, angoissés de par la séparation avec Clara deux ans plus tôt. Une ambiance tourmentée que Lewis interprète avec la même justesse que dans Moussorgski. L’énergie qui figure au cœur des trois parties ne cesse de se développer pour un pianiste qui a parfaitement saisit le sens et le langage de l’œuvre. Un touché brillant, souple mais pas dur, une mélodie menée avec maturité, bref un véritable aboutissement. Gerstein décide lui de poursuivre avec le Carnaval ; un choix judicieux puisqu’il s’agit aussi d’une longue suite de pièces traversées par un motif récurrent. Pourrions-nous dire que chaque pièce du Carnaval est aussi une projection picturale de la pensée fantasque de Schumann à travers les personnages pittoresques de la Commedia dell’arte. Gerstein déploie ici toute sa maîtrise du clavier – jeu précis, rond, lumineux - à travers une lecture juste et expressive. La juxtaposition qu’il propose prend tout son sens et offrent à l’esprit un vrai moment de réflexion.
Les deux pianistes offrent donc ici deux enregistrements de qualité d’œuvres redoutables et finalement très intimes. A découvrir !

Ayrton Desimpelaere

Paul Lewis : Son 10 – Livret 10 – Répertoire 9 – Interprétation – 9
Kirill Gerstein : Son 10 – Livret 10 - Répertoire 9 – Interprétation - 9

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