Musique sacrée de Stanislaw Moniuszko : une douce ferveur

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Stanislaw MONIUSZKO (1819-1872) : Messes en la mineur et en mi mineur ; Intende voci ; Illumina oculos meos ; Laudate Dominum ; Koleda, chant de Noël. Joanna Lukaszewska et Iwona Panta, sopranos ; Lukasz Farcinkiewicz, orgue ; Chœur Musica Sacra de la Cathédrale Praga de Varsovie, direction Pawel Lukaszewski. 2020. Livret en polonais et en anglais. Textes chantés reproduits en polonais et en latin. 48.38. Dux 1648.

L’an dernier, la commémoration du bicentenaire de la naissance de Stanislaw Moniuszko est passée quasiment inaperçue chez nous. Que connaît-on vraiment en Europe occidentale de la production de ce compositeur, en dehors de ses opéras Halka et Le Manoir hanté ? Peu de choses en réalité, même si de temps à autre une page de musique de chambre, des pièces pour piano ou l’une ou l’autre partition orchestrale (direction Antoni Wit, Naxos) viennent évoquer le souvenir de cette importante personnalité musicale de la Pologne du XIXe siècle, un pays alors nié comme nation, partagé entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. Né dans la province russe de Minsk, Moniuszko y reçoit son éducation musicale ainsi qu’à Varsovie, puis à Berlin où il publie ses premières mélodies. A partir de 1840, il est organiste à Vilnius en l’église Saint-Jean, jusqu’en 1858, et donne des leçons de musique. Attiré par le genre théâtral, il compose des opérettes qui attirent l’attention sur lui. Des séjours à Saint-Pétersbourg le font apprécier par Glinka ou Dargomijski. En 1848, c’est la création de l’opéra Halka, sur une trame historique, qui, après remaniement, sera joué longtemps à Varsovie du vivant du compositeur et encore bien plus après son décès. Considéré comme l’acte de naissance de l’opéra polonais et comme un événement patriotique, Halka est joué dans les trente dernières années du XIXe siècle à Prague, sous la direction de Smetana, à Moscou sous la baguette de César Cui, à Moscou, à Poznan, à Kiev ou à Riga. Bientôt, ce sera New-York et Milan, et enfin Vienne en 1926. Moniuszko est nommé en 1859 directeur du Grand Théâtre de Varsovie, qui porte aujourd’hui son nom. Le Manoir hanté y est joué en 1865 ; il va devenir un motif de troubles patriotiques, au point d’être interdit par les autorités russes après trois représentations et de ne plus être donné du vivant de Moniuszko. Le catalogue des œuvres de ce dernier contient un grand nombre d’opérettes et d’opéras, quelques pages pour orchestre, beaucoup de mélodies, de la musique de chambre ou vocale, de la musique sacrée.

Moniuszko s’est consacré à ce dernier domaine pendant toute son existence ; on relève une petite centaine de pages diverses : messes, hymnes, psaumes, cantates, litanies, motets, chants religieux et arrangements pour orgue. La notice évoque des souvenirs du fils de Moniuszko, signalant que le compositeur était très pieux, assistait très régulièrement aux offices, fonction aidant, et qu’après la messe, il se promenait longuement, rassemblant au cours de ses promenades des idées mélodiques pour ses œuvres. La plus grande partie de ces pièces religieuses ont été écrites pendant la période de Vilnius, ce dont se fait l’écho le présent CD Dux qui propose deux messes de cette époque et quelques autres morceaux de courte durée. La Messe en mi mineur de 1855 contient une dédicace à l’évêque de Vilnius, Adam Stanislaw Krasinski qui fut diplomate et partisan de Stanislas Leszczynski lors de la guerre pour la succession au trône de Pologne et devint l’un des meneurs de la première insurrection contre les Russes dans les années 1770. Le texte est en deux versions : en polonais, d’après le poète Antoni Odyniec, un ami d’Adam Mickiewicz, et dans une traduction latine. Ce sont les paroles polonaises qui sont ici chantées, hélas sans la moindre traduction. Comme dans l’autre Messe du programme -en la mineur, de l’année suivante et elle aussi en polonais, toujours sur un texte d’Odyniec- le climat est d’une élévation éthérée, douce et fervente. La partition est découpée à chaque fois en neuf parties traditionnelles de l’office. L’atmosphère en est sereine, et invite à la prière et à la réflexion intérieure. L’alternance des chœurs et de passages solistes ne vient jamais briser ce sentiment très expressif qui donne à ces partitions soutenues par l’orgue un cadre de simplicité chaleureuse et d’adaptation à la liturgie. Ces messes sont en fait assez brèves, d’une bonne quinzaine de minutes chacune, sans doute destinées à orner des offices courants. Le programme est complété par trois psaumes en latin, ainsi que par un délicieux et très populaire chant de Noël en polonais. On sent chez Moniuszko la qualité d’une foi religieuse bien ancrée et d’une hauteur spirituelle qui se traduit par ces pages d’adulation aptes à faire passer à l’auditeur un moment de sérénité et d’apaisement. D’autant plus que les interprètes sont en connexion avec ces moments de recueillement, la légère réverbération de la chapelle du Grand Séminaire du Diocèse Praga de Varsovie ajoutant à l’enregistrement de juin 2019 une dimension d’intemporalité que l’on partage. Mais moins de cinquante minutes de musique, cela nous laisse un peu sur notre faim et c’est vraiment peu pour un CD…

Son : 9  Livret : 8  Répertoire : 8  Interprétation : 9

Jean Lacroix

 

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