Mutter : la découverte d’une Amérique décontractée
American Tunes #1. André Previn (1929-2019) : Concerto pour violon n° 2, pour violon, cordes et deux interludes de clavecin ; Trio pour violon, violoncelle et piano. Sebastian Currier (né en 1959) : Ringtone Variations, pour violon et contrebasse. Anne-Sophie Mutter, Knut Johannessen, Roman Patkoló, Daniel Müller-Schott, Lambert Orkis, Mutter's Virtuosi. Livret en anglais, allemand et français. 51'58. 1 CD Alpha Classics ALPHA1254.
Anne-Sophie Mutter fait partie de ces solistes qui mettent leur talent au service de la création d’œuvres nouvelles qui résultent souvent de leurs propres commandes. Elle nous avait déjà offert un album « West meet East » autour d’œuvres de Darvishi, Unsuk Chin, Widmann et Adès : elle nous emmène aujourd’hui sur le continent américain. Mais à sa façon car les commandes d’Anne-Sophie Mutter répondent souvent à des démarches singulières avec certains interprètes privilégiés. Les « Ringtone-variations » de Sebastien Currierveulent ainsi illustrer son travail avec le contrebassiste Roman Patkoló, un des boursiers de sa fondation. Le concerto n°2 fut écrit par André Previn pour un programme consacré aux « Quatre Saisons » de Vivaldi que la violoniste emmena en tournée avec l’ensemble norvégien, les Trondheimsolistene. Il en reprend donc la composante instrumentale autour du violon soliste : un ensemble de cordes et un clavecin qui perd toutefois son rôle de continuiste pour assumer seul des introductions et interludes entre les mouvements. Le trio s’attache à la personnalité même d’André Previn qui fut quelques années son mari et dont elle déclare qu’il l’a musicalement libérée. Il a uni l’héritage des compositeurs européens à l’âpreté des rythmes américains.
L’écoute de ces trois partitions laissent des sentiments très différents.
Le 2e concerto de Previn est une page assez expressionniste qui impose une virtuosité conquérante, remplie d’effets instrumentaux chez le violon solo comme dans l’orchestre à cordes. Elle n’en distille pas moins de subtils moments de détente. Dans l’ensemble, la partition relève de la musique d’ambiance.
« Ringstone-variations pour violon et contrebasse » est un vrai geste d’humour : écrire les réactions musicales que suscite l’appel des sonneries. La partition entend créer un paysage sonore à partir de bruits familiers (comme le dit Currier, c’est un peu la revanche des compositeurs contre les intrusions des portables en salle de concert sauf que…aucun portable n’a jamais sonné eu cours de l’exécution de cette œuvre ! Pour le compositeur, la partition est un jeu qui transforme des bruits mécaniques en art. Le résultat est assez désarçonnant mais il exige par contre des prouesses virtuoses dont les deux solistes triomphent avec un sacré panache.
Ecrit en 2009 pour une série de concerts que le couple devait donner avec Lynn Harrell, le trio avec piano reflète parfaitement le type d’écriture de Previn dans sa façon d’associer une transparence impressionniste à des soubresauts rythmiques venus du jazz ou de la comédie musicale. Insolent jeu de réparties du « Spirituel », élégante berceuse volontiers nostalgique de l’adagio, vagabondage insouciant mais allègrement bousculé du « Lively » final : Mutter et ses deux complices, le pianiste Lambert Orkis et le violoncelliste Daniel Müller-Schott, se tirent avec une belle décontraction de cette insouciante œuvre de circonstance. D’autres découvertes nous attendent sans doute en espérant la révélation de pages plus substantielles.
Son 9 Livret 9 Répertoire 7 à 8 Interprétation 9



