Nouvelles parutions chez Bärenreiter : une charmante découverte posthume de Martinů, une édition de référence de Couperin et un album Händel surprenant

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Bohuslav Martinů (1890-1959) : Romance pour violon et piano, H. 186bis. Bärenreiter, BA 11581. ISMN 979-0-2601-0991-9 (papier), 979-0-2601-1007-6 (numérique).

Il est toujours émouvant de se trouver face à un inédit d’un compositeur de la stature de Martinů, même s’il ne s’agit pas d’une œuvre majeure. Comme elle l’explique dans la préface à cette parution, c’est l’éditrice de cette partition, la musicologue tchèque Natálie Krátká qui a eu la chance de retrouver le manuscrit de cette brève Romance (43 mesures), composée à Paris en 1930 et dédiée au photographe et musicien français d’origine juive ukrainienne Boris Lipnitzki, à la Bibliothèque nationale d’Israël à Jérusalem en 2022. En effet, à la mort du dédicataire en 1971, ses héritiers confièrent bon nombre de partitions pour violon et piano à cette institution. Curieusement, Martinů ne mentionne nulle part l’existence de la présente partition à laquelle la musicologue a attribué en prenant pour critère la date de composition le numéro d’opus H. 186bis en tant qu’ajout au catalogue du regretté Harry Halbreich, grand spécialiste du compositeur et fidèle collaborateur de Crescendo-Magazine en son temps. Entendue pour la première fois en public en 2023 à Londres sous les doigts du violoniste Frank Peter Zimmermann et du pianiste Martin Helmchen, cette Romance présente à la fois une riche écriture harmonique dans la partie de piano entièrement en accords et une belle liberté de ton dans la charmante partie de violon, avec ses syncopes, ses passages expressifs en triolet et ses épisodes chromatiques. Jolie pièce de genre, cette Romance fera certainement un très beau bis.

François Couperin (1668-1733) : Pièces de clavecin. Quatrième livre. Bärenreiter, BA 10847. ISMN 979-0-006-50564-7.

Magistralement éditée et commentée par Denis Herlin, voici une splendide version du Quatrième livre des Pièces de clavecin (1730) de François Couperin. La remarquable introduction offre à la fois une biographie de Couperin entre 1722 et 1730, une présentation fouillée des 45 pièces du recueil, de précieuses indications concernant les tempos et ornements qui s’appliquent (en ce compris le bon usage des notes inégales) ainsi qu’une présentation du clavecin Blanchet que possédait Couperin. On trouvera également en fin de volume un très utile appendice reprenant une explication des « Agrémens et Signes » et de la façon d’exécuter ces ornements. Enfin, le volume se termine par un très fouillé Commentaire critique de chaque pièce (en anglais uniquement, alors que l’introduction est présentée dans le français original et sa traduction anglaise). Si l’on y ajoute une gravure d’une parfaite lisibilité sur le traditionnel et solide papier crème typique de la maison Bärenreiter, nous tenons ici une véritable édition de référence qui enchantera les clavecinistes (et même les pianistes qui voudront s’aventurer dans ce répertoire).

Georg Friedrich Händel (1685-1759)/Jean Kleeb (arr.) : Händel Goes World Bärenreiter, BA 07868. ISMN 979-0-006-57939-6.

Nombreux sont les musiciens de formation classique qui aimeraient de temps en temps s’écarter des chemins balisés du répertoire pour se frotter à d’autres types de musiques, à commencer par le jazz, mais aussi les différentes musiques du monde. Mais comment faire lorsqu’on ne maîtrise pas les règles formelles et harmoniques propres à ces répertoires que beaucoup préfèrent éviter ou traiter de haut ?

Et c’est là qu’arrive Jean Kleeb. Ce pianiste, chef de chœur et compositeur brésilien formé dans son pays puis en Allemagne, où il réside maintenant, nous propose chez l’illustre éditeur Bärenreiter un florilège de 14 pièces de Händel arrangées en autant de styles, ce qui fait que l’illustre compositeur saxon se retrouve à taquiner le jazz, la samba, le tango, le boogie, le calypso ou la bossa nova.

Le résultat a vraiment de quoi confondre les plus sceptiques et on admire sans cesse l’ingénuité rythmique et harmonique de Kleeb qui parfois reste fidèle aux mélodies de Händel, parfois les enfouit légèrement sous des rythmes décalés et des harmonies raffinées (on vous recommande en particulier ce qu’il fait de l’air « Lascia ch’io pianga » tiré de l’opéra Rinaldo et traité ici en bossa nova, un véritable régal).

De difficulté modérée et propre à décoincer les plus irréductibles défenseurs de la musique classique vue comme sacrée et immuable (il restera bien quelques réfractaires), cet album est un véritable antidote à la morosité et mérite le plus grand succès.

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