A Genève, un Requiem en hommage aux victimes de Crans-Montana

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A la suite de la tragédie qui s’est déroulée à l’aube du 1er janvier 2026 à Crans-Montana, la Ville de Genève a décidé d’offrir à la population un moment de recueillement musical en hommage aux victimes et en soutien aux proches. Le 15 janvier, un concert a été offert gratuitement à nombre de gens qui ont pris d’assaut le Victoria Hall, sans être habitués aux usages de la musique classique, ce qui justifiera d’intempestifs applaudissements à la suite de certaines séquences du Requiem op.48 de Gabriel Fauré qui constituait l’essentiel du programme.

Le choix s’en est imposé, car cette œuvre fait partie du répertoire de nos chœurs et de nos orchestres. C’est pourquoi une centaine de volontaires, membres de l’Association Genevoise des Chœurs d’oratorio s’est réunie pour dialoguer avec un orchestre constitué d’instrumentistes, eux aussi volontaires, émanant de l’Orchestre de Chambre de Genève, de l’Orchestre de la Suisse Romande et de la Haute Ecole de Musique de Genève sous la direction d’un jeune chef valaisan, Anthony Fournier, qui est aussi un violoniste ayant été chef d’attaque sous la houlette de Gianandrea Noseda, Charles Dutoit, Mariss Jansons, Valery Gergiev et Zubin Mehta.

Pablo Ferrández et ses amis à Monte-Carlo

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Pablo Ferrández est l’artiste en résidence de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo pour la saison 2025-2026.

Le  violoncelliste espagnol avait déjà profondément marqué le public monégasque : en juin 2025, par une interprétation envoûtante du Double Concerto de Brahms aux côtés d’Anne-Sophie Mutter, puis en septembre dans Don Quichotte de Richard Strauss.

La soirée est cette fois consacrée à la musique de chambre. Entouré de musiciens amis et complices, Pablo Ferrández propose un programme d’une grande richesse, déployé en duo, trio et quatuor, où l’intimité du dialogue instrumental le dispute à l’ambition formelle.

La Sonate pour violoncelle et piano n°3 op. 69 de Beethoven, en la majeur, figure parmi les œuvres les plus prisées du répertoire, tant par les interprètes que par le public. Elle appartient à une période particulièrement féconde de la création beethovénienne, celle qui voit naître notamment les Quatrième, Cinquième et Sixième symphonies, les deux derniers concertos pour piano et le Concerto pour violon. Cette sonate séduit par la richesse de son invention musicale et par l’équilibre parfait instauré entre les deux instruments, atteignant cette « force, cette économie et cette originalité propres aux œuvres de la maturité », selon la belle formule de Claude Rostand.

Jeu d’harmonies mouvantes, ruptures d’atmosphère imprévues, audaces formelles et virtuosité assumée nourrissent une partition qui défie les conventions tout en déployant une éloquence lyrique éclatante. Pablo Ferrández y impose une autorité naturelle : son violoncelle conjugue brio technique, intensité expressive et présence scénique affirmée, donnant le sentiment qu’il tient fermement la barre.

À ses côtés, la jeune pianiste russo-arménienne Eva Gevorgyan, vingt-deux ans à peine et déjà lauréate de plus de quarante concours internationaux, impressionne par une virtuosité spectaculaire. Mais cette démonstration de puissance et de vitesse tend parfois à écraser le discours musical. Le dialogue peine à s’instaurer avec le violoncelliste, et l’on reste davantage frappé par l’image — sa longue chevelure évoquant une Mélusine contemporaine — que par une réelle fusion sonore.

Santtu-Matias Rouvali, un chef qui ose parler à la première personne pour aller au cœur des œuvres

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Chef du philharmonique de Tampere de 2013 à 2023, directeur musical du Symphonique de Gothenburg de 2016 à 2025, directeur musical depuis 2021 du Philharmonia à Londres, Santtu-Matias Rouvali dirigera ce dernier à Bruxelles le 24 janvier prochain et reviendra à Bozar le 16 mai à la tête du Royal Concertgebouw d’Amsterdam. Il fait le point pour Crescendo-Magazine sur cet impressionnant début de carrière.

Comment expliquez-vous l’incroyable émergence de chefs d’orchestres finlandais ?

Il y a sans doute plusieurs raisons mais il faut saluer en premier lieu, la qualité de notre enseignement musical (ndlr : lui-même a suivi les cours de Leif Segerstam, Hannu Lintu et Norma Panula). Leur message était très clair : vous devez être vous-même face à un orchestre, quel qu’il soit ; un orchestre de jeunes, un ensemble régional ou une grande phalange internationale.

A partir de là, il faut saluer le grand nombre d’orchestres finlandais qui permet à tout jeune candidat de se faire la main avec un orchestre, ce qui dans d’autres pays peut être très compliqué. Ces musiciens, très professionnels, sont très attentifs à soutenir les demandes des jeunes chefs. Ajoutons encore qu’ils reçoivent de l’argent du gouvernement pour travailler avec de jeunes chefs et vous conclurez que l’environnement est extrêmement favorable à l’éclosion de jeunes talents originaux.

Bénos-Djian et Café Zimmermann : Vivaldi avance masqué dans un florilège vocal (alto) et instrumental (cordes, flûte et cors)

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Antonio Vivaldi (1678-1741). Masques. Il Bajazet : sinfonia, La verita in cimento : I lacci tende piu forti, Mi vuoi tradir, lo so ; Orlando furioso :Sol da te, moi dolce amore ; Piangero sin che l’onda ; Motezuma : S’impugni la spada ; Introduzione al Gloria ; concerto pour violon RV 241, pour deux cors RV537 et pour flûte RV434. Paul-Antoine Bénos-Djian, alto, Café Zimmermann, Céline Frisch, Pablo Valetti. Texte de présentation en français, anglais et allemand. 66’52.  Alpha 1195.

Mahler, Petrenko et 350 artistes : Berlin en état de grâce

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Ce samedi 17 janvier 2026, le Berliner Philharmoniker investit la Philharmonie de Berlin, pleine  à craquer, pour donner l’une des partitions les plus monumentales du répertoire symphonique : la Huitième Symphonie en mi bémol majeur, dite « Symphonie des mille », de Gustav Mahler. À la baguette, Kirill Petrenko prend la tête d’un impressionnant rassemblement de forces orchestrales et vocales. Notons que la dernière interprétation de cette œuvre par les Berliner Philharmoniker remonte à septembre 2011, soit près de 15 ans en arrière.

Pour cette occasion exceptionnelle, plusieurs chœurs sont réunis : le Rundfunkchor Berlin, préparé par Gijs Leenaars, le Bachchor Salzburg sous la direction de Michael Schneider, ainsi que les Knaben des Staats- und Domchors Berlin, préparés par Kai-Uwe Jirka et Kelley Sundin-Donig.

Les huit solistes du soir requis par l’œuvre sont Jacquelyn Wagner, soprano (Magna peccatrix), Golda Schultz, soprano (Una poenitentium), Jasmin Delfs, soprano (Mater gloriosa), Beth Taylor, alto (Mulier Samaritana), Fleur Barron, mezzo-soprano (Maria Aegyptiaca), Benjamin Bruns, ténor (Doctor Marianus), Gihoon Kim, baryton (Pater ecstaticus) et Le Bu, basse (Pater profundus). Ce sont ainsi près de 350 artistes qui se partagent la scène pour faire résonner cette fresque symphonique hors du commun.


La première partie, articulée autour du Veni Creator Spiritus, s’ouvre sur une entrée chorale d’une ampleur saisissante. Elle s’apparente à une immense prière adressée à l’Esprit créateur avec d’impressionnants élans d’exaltation. Le chœur, composé de plus de 220 chanteurs et épaulé par sept solistes, y occupe une place essentielle. Dès l’attaque initiale, la force vocale déployée fait vibrer l’ensemble de la Philharmonie de Berlin. L’orchestre soutient cette masse sonore avec une finesse remarquable dans le jeu des timbres et des dynamiques. Kirill Petrenko façonne cette première partie avec un sens aigu de la construction, conduisant progressivement l’auditeur vers un sommet éclatant, l’Accende. Ce passage, d’une intensité lumineuse et pleine d’espérance, est magnifié par l’intervention des cuivres placés en hauteur, dont les appels enveloppent la salle et renforcent l’effet immersif.

Les Quatuors Ébène et Belcea : deux concerts, deux Quatuors chacun, deux Octuors ensemble, ou le bonheur démultiplié

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Le principe est simple : chacune des deux formations a son concert, avec deux œuvres en première partie, et invite l’autre, pour jouer ensemble, en deuxième partie. Le samedi soir, c’est le Quatuor Ébène qui reçoit : après Mozart et Debussy, seuls, ils accueillent leurs collègues pour Enesco. Le dimanche après-midi, les rôles sont inversés : le Quatuor Belcea joue, seul, Britten et Brett, avant Mendelssohn à huit.

Le Mozart choisi par les Ébène est le N° 15, en ré mineur, K. 421. Il fait partie de la série que l’on a coutume d’appeler « dédiés à Haydn », tant le geste est significatif. Tout est parfait dans l’interprétation (style, justesse, équilibres, nuances, homogénéité), mais la sonorité (par ailleurs superbe, ce qui ne s’explique pas seulement par le fait qu’ils jouent tous sur des « strad ») est assez lisse. On peut attendre dans ce Quatuor dramatique et passionné, dans la même tonalité (ré mineur) que le Don Giovanni que Mozart écrira quelques années plus tard, plus de tension et de drame. Mais ne boudons pas notre plaisir : ce que nous propose les Ébène est du plus haut niveau.

Suit le (il n’en a pas écrit d’autre) Quatuor de Claude Debussy. Ébène dans Debussy, voilà qui fait la double fierté des Français ! Modèle de délicatesse et de mystère, d’une écriture tout autre que celle de Mozart, bien sûr, par l’utilisation de modes de jeux beaucoup plus variés, voilà qui force nos musiciens à élargir leur spectre sonore. Et ils le font avec un raffinement qui n’appartient qu’à eux. On y entend toutes les sonorités de la nature (bruissements ou vrombissements du vent, clapotis ou murmures de l’eau, notamment...) en un tableau d’une distinction suprême.