Diyang Mei & Suzana Bartal, conteurs inspirés à La Schubertiade de Sceaux

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« Si l'alto m'était conté », annonce le programme. On ne saurait mieux dire ! Si ce titre peut sembler s’adresser à un public jeune (et il y a beaucoup d’enfants dans la salle, tous très attentifs), tous, petits comme grands, ont la chance d’être embarqués dans des aventures poignantes.

C’est un programme pour alto et piano, donc des œuvres relativement rares, interprétées dans cette petite salle de la Mairie de Sceaux par des musiciens de tout premier plan, à l’envergure internationale : à l’alto, l’encore jeune Diyang Mei, d’origine chinoise, qui occupe le poste de musicien d’orchestre probablement le plus convoité au monde : alto solo de l’Orchestre Philharmonique de Berlin ; au piano, Suzana Bartal, d’origine hongroise, née en Roumanie, mais qui vit en France depuis une vingtaine d’années, et que le public français commence à bien connaître, tant sa carrière prend de l’ampleur (au disque, un tout récent et fort enthousiasmant double album avec les concertos de Grieg et de Saint-Saëns très favorablement accueilli par la critique).

Grâce à l’Américain Michael Dellaira, l’Arctique prend une dimension lyrique 

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Michael Dellaira (°1949) : Arctic Explorations, opéra folk en un acte. Nuka Alice (Siarnaq), Nicole Haslett (Maggie Fox), Michael Celentano (Président Zachary Taylor), Erin Brittain (Lady Jane Franklin), Colin Levin (Elisha Kent Kane) ; New Amsterdam Singers et The Harlem Chamber Players, direction Clara Longstreth. 2024. Notice et livret en anglais. 67’. Naxos 8.669054. 

Requiem et Miserere de Campra : Les Arts Florissants au meilleur de leur générosité

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André Campra (1660-1744) : Messe de Requiem. Miserere. Gwendoline Blondeel, soprano. Bastien Rimondi, David Tricou, haute-contre. Antonin Rondepierre, ténor. Igor Bouin, Matthieu Walendzik, baryton. Les Arts Florissants. Thibaut Lenaerts, maître de chœur. Emmanuel Resche-Caserta, premier violon. William Christie, direction. 2023. Livret en anglais, français ; paroles en latin, traduction bilingue. 81’18’’. Pentatone PTC 5187 479

Yuja Wang,  le Mahler Chamber Orchestra et Fabien Gabel à Barcelone

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Je crains que le bruit médiatique qui se dégage autour cette merveilleuse pianiste chinoise nous laisse oublier qu’on est en face d’une artiste véritable, intelligente et sensible, dont les critères interprétatifs sont extrêmement réfléchis et originaux. Tenant compte de l’essor qu’a pris son immense carrière de soliste, nous devons saluer l’audace de s’attaquer à un concerto aussi peu ordinaire, presque maudit, tel que celui de Ligeti. Car c’est une œuvre à la difficulté exacerbée, mais nullement construite pour mettre en valeur la virtuosité du soliste :  Ligeti intègre le piano dans un grand ensemble chambriste où les jeux de polyrythmie, inspirés de certaines traditions ethniques africaines, et les diverses trouvailles de timbres sont capables de créer dans l’auditeur un état proche de la catharsis au prix d’effacer l’éclat d’une performance à la difficulté plutôt diabolique. N’empêche que, pour la probable première de ce concerto à Barcelone, (je n’ai pas trouvé de références d’exécution précédentes) on ne pouvait rêver d’une meilleure collaboration soliste-orchestre. Car le Mahler Chamber Orchestra, un ensemble nomade fondé en 1977 à l’initiative de ses propres musiciens et dont Claudio Abbado devint vite le mentor, est un pur rêve : le mot virtuosité n’est qu’un détail dans un assortiment de qualités d’écoute mutuelle, de souplesse, de richesse rythmique et de pureté sonores qui font pâlir les standards pourtant déjà très élevés de la plupart des orchestres actuels.

La suite Pulcinella de Stravinsky est une œuvre qui vieillit plutôt mal : comparée au souffle et aux débordements sonores et rythmiques d’un Oiseau de Feu, de Petrouchka ou du Sacre, le réchauffement de thèmes du baroque italien sonne aujourd’hui assez pesant et même banal malgré le talent du Stravinsky orchestrateur. Mais elle constitue un prétexte idéal pour mettre en valeur le talent des solistes de l’orchestre et leur absolue complicité entre eux et avec le chef de la soirée, le français Fabien Gabel, un artiste bien moins reconnu de ce qu’il mérite. Car le simple travail de concertation du Ligeti implique un effort de concentration transcendant, mais Gabel parvient à en dégager des émotions et des effusions lyriques qui semblent antinomiques avec le travail ardu de répétition que Ligeti exige. 

Bertrand Chamayou, Les Siècles et Jakob Lehmann dans Liszt et Wagner : une Allemagne haute en couleurs

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Associer Liszt et Wagner est intéressant à plus d’un titre. Exactement contemporains, ils ont entretenu tous deux des rapports personnels fluctuants, passionnés, jamais rompus mais parfois très tendus (notamment, bien sûr, quand Wagner, déjà marié, est devenu l’amant de Cosima, la fille de Liszt). Sur le plan artistique, sans entrer dans les détails, ils avaient tous deux conscience d’œuvrer dans le sens de l’Histoire. Mais ils laissent des catalogues fort différents : le piano et l’orchestre pour Liszt, l’opéra pour Wagner, de façon presque exclusive.

L’orchestre Les Siècles jouait, nous a-t-on dit, sur des instruments allemands du milieu du XIXe siècle. Cette information est bien entendu à relativiser, car ce ne pouvait être le cas pour tous, notamment pour les instruments à cordes. Mais c’est une indication qui permet de mieux comprendre la couleur d’ensemble de cet orchestre décidément capable de s’adapter à des répertoires tellement différents. Il était dirigé par le jeune chef d'orchestre allemand Jakob Lehmann, qui se spécialise avec bonheur dans la musique dite « historiquement informée ».

Le retour Emmanuel Tjeknavorian à Monte-Carlo

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Le jeune chef d’orchestre Emmanuel Tjeknavorian avait conquis le public monégasque l’été dernier lors d’un concert au Palais princier. Il revient donc pour le premier concert de l’année avec un programme de musique russe particulièrement haut en couleurs

Le concert s’ouvre sur des suites du ballet Gayaneh d’Aram Khatchatourian, dans une compilation choisie par Tjeknavorian. C’est la célèbre "Danse du sabre" qui ouvre le programme, l’une des œuvres les plus exubérantes du répertoire. Le tempo est déchaîné. La Danse du sabre de Khatchatourian est plus un duel à l’aube qu’un concert ! Violons et violoncelles s’entrechoquent, les percussions frappent comme un canon. On se demande : ces musiciens sont-ils en train de jouer… ou de se battre pour leur survie ? La direction de Tjeknavorian est enflammée. Le son de l’orchestre est puissant et possède une qualité unique, habituellement propre aux orchestres russes.

C’est ensuite la violoniste Liya Petrova qui fait ses débuts avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo dans le Concerto pour violon n°1 de Serge Prokofiev. Il s’agit de l’un des plus beaux concertos pour violon du XXᵉ siècle. Prokofiev est ici au sommet de son art, composant une musique d’une beauté presque irréelle.