Modeste, Lucilin défriche et affine sa « qualité sans snobisme "

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United Instruments of Lucilin ouvre la saison de musique contemporaine à la Philharmonie de Luxembourg (et, par la même occasion, le cycle Lucilin: Now!, nouvelle incarnation de Musiques d’aujourd’hui, qui interroge sur « comment la musique contemporaine va sauver le monde ») avec un doublé Saunders / Lang, alléchant et dissemblable -même si les deux se rejoignent sur le parti-pris de faire entendre des sons, ces phénomènes vibratoires délivrés (jusqu’à un certain point) des codifications de la musique.

Au travers de Stirrings Still III (je choisis l’adverbe à dessein, tant la pièce de Rebecca Saunders apparaît translucide, délicate comme une crêpe dentelle de Bretagne), quatrième volet d’une série de compositions-collages, créé à Innsbruck en 2019, la compositrice anglaise joue avec les frontières du silence, celles dont l’interprète s’approche, qu’il effleure de son doigté, de son souffle, de son archet, quand il donne existence à la partition, ces notes qui émergent, indécises, lignes tracées d’un bout de crayon taillé, affuté, là où il n’y avait rien, affleurement du son sourdant du néant, hésitant à y retourner aussitôt, tel un faon apeuré dans la pénombre. Ce jeu fantomatique est conforté par une disposition des musiciens (un peu) sur scène -mais aussi dispersés dans la salle, son couloir ouvert, l’accès aux coulisses-, qui se meuvent, lentement, de façon visible, de façon cachée (la contrebasse passe ainsi de l’arrière-scène droite à l’arrière-scène gauche) : errante, gravement sereine, la musique a la beauté du glissement des plaques tectoniques terrestres vu de la lune. Stirrings Still III est un collage au sens où, sans partition globale, les sept interprètes dessinent, chacun avec la notation pour son seul instrument, leur contribution à l’ensemble, en fonction de la position dans l’espace, de l’acoustique ou de la résonance, de leurs déplacements pendant la pièce.

La saison à l'Opéra de Nice s'ouvre avec "Lakmé" de Leo Delibes

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Le public niçois est heureux de retrouver Lakmé, une partition qui séduit toujours par la beauté des mélodies, des airs et par le dépaysement de l'intrigue.

La mise en scène de Laurent Pelly, reprise par Luc Birraux, extrêmement dépouillée, se met au service de l'opéra. Pas de folklore, de temples ou de costumes kitsch. On est juste élevé par la magie de la musique et du chant. L'Inde rêvée est davantage un spectacle inspiré du théâtre Kabuki. Les costumes sont blancs, les visages sont poudrés de blanc. Pour les Anglais les costumes sont gris foncé. 

Pour tout décor : des voiles blancs transparents découpés, de tailles différentes, sont déplacés selon les besoins de l'action. Un énorme disque orangé pour la pleine lune. Un marché imaginaire composé de quelques boutiques éclairées de l'intérieur et mobiles. Une énorme cage formée de cordages noués pour protéger Lakmé du monde extérieur. Les éclairages sont superbes et subtils. Nous entrons dans l'opéra comme on lirait un livre de contes et de légendes.

Lakmé est le portrait d'une femme remarquable. La pureté de son amour impossible, le sacrifice ultime de sa vie, est ce qui émeut et nous relie au destin de la fille des Brahmanes.

Mozart, suite d’une intégrale concertante en pépinière : trois opus de 1784 au clavier de Claire Huangci

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Next Generation Mozart Soloists vol.5. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano no 15 en si majeur K. 450, no 16 en ré majeur K. 451, no 17 en sol majeur K. 453. Claire Huangci, piano. Howard Griffiths, Orchestre du Mozarteum de Salzbourg. Mai 2021. Livret en allemand, anglais, français. TT 71’43. Alpha 928

Idoménée à l’opéra de Nancy : un opéra plus à entendre qu’à voir

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Mozart composa Idoménée, roi de Crète (Idomeneo, re di Creta ) à vingt-cinq ans. Deux opéras sérieux, Mithridate roi de Pont (Mitridate, re di Ponto), d’après Racine et Lucio Silla sur un livret retravaillé par Métastase le précédent. Sans oublier, dans les genres plus légers La Fausse ingénue (La finta semplice), La Jardinière futée (La finta giardiniera) et le Roi Pasteur (Il re pastore), excusez du peu. L’opéra n’a donc déjà plus de secret pour lui. La maturité de l’orchestre et les arias impressionnent chez ce compositeur de moins de trente ans qui, contrairement au librettiste, évite les lourdeurs héritées des habitudes anciennes en respectant les contraintes de son époque. Idoménée en ce sens est une sortie du monde haendélien, avant d’entrée dans le nouveau monde grâce à l’Enlèvement au Sérail (Die Entführung aus dem Serail) l’année suivante. L’opéra de Nancy relève donc le défi de cette œuvre entre deux époques avec le metteur en scène Lorenzo Ponte.

Lorenzo Ponte choisit de jeunes chanteurs, y compris pour les ainés comme Idoménée et Arbace. Mais le pari essentiel de sa mise en scène est d’exhumer de l’oubli Meda, la première épouse d’Idoménée, afin de montrer que ce temps est encore dominé par la sacrifice des enfants par leurs parents, alors que le suivant, inauguré par le mariage d’Idamante et Ilia, sera basé sur la vie. Effectivement, l’univers des ainés est sous le signe de la destruction, comme l’indique le retour de guerre d’Idoménée et la Crète attaquée par un monste marin au troisième acte, et le suivant est dominé par celui de l’amour avec le mariage des amoureux en camps ennemis Ilia et Idamante.
Cepenfant jamais Meda n’est mentionnée dans le libretto. Pourquoi l’avoir exhumée ?

Carl Loewe et le destin tragique du théologien tchèque Jan Hus

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Carl Loewe (1796-1869) : Jan Hus, oratorio pour soli, chœur et orchestre, op. 82. Monika Mauch, soprano ; Ulrike Malotta, mezzosoprano ; Georg Poplutz, ténor ; Dominik Wörner, baryton ; Arcis-Vocalisten München ; Barockorchester L’Arpa festante, direction Thomas Gropper. 2022. Notice en allemand et en anglais. Textes de l’oratorio exclusivement en allemand. 93’ 15’’. Un album de deux CD Oehms OC 1720-2

Grisant récital de motets entre Renaissance anglaise et stile nuovo 

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Philips & Dering motets. Peter Philips (c1560-1628) : Ecce vicit Leo ; Loquebantur variis linguis ; Pavan and Galiard dolorosa ; Ave Jesu Christe ; Ut re mi fa sol la ; Jubilate Deo ; Gaudens Gaudebo ; Christus resurgens ; Salve Regina. Richard Dering (c1580-1630) : Jesu dulcedo cordium ; Factum est silentium ; Virgo prudentissima ; O bone Jesus ; Fantasia a 5 ; Quem vidistis pastores. John Dowland (1563-1626) : Paduan a 4. The Choir of Gonville & Caius College ; Cambridge in Echo, Matthew Martin. Juillet 2022. Livret en anglais ; paroles en latin et traduction en anglais. TT 60’58. Linn CKD 717

Ernani de Verdi à Florence, dans le respect de la tradition

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ernani, opéra en quatre actes. Francesco Meli (Ernani), Roberto Frontali (Don Carlo), Vitalij Kowaljow (Don Ruy Gomez de Silva), María José Siri (Elvira) ; Chœurs et Orchestre du Mai musical florentin, direction James Conlon. 2022. Notice et synopsis en italien et en anglais. Sous-titres en italien, en anglais, en français, en allemand, en japonais et en coréen. 134’ 00’’. Un DVD Dynamic 37972. Aussi disponible en Blu Ray.

A l’Opéra de Paris, Lohengrin pour les voix et l’orchestre

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Le metteur en scène russe, Kirill Serebrennikov, signe un synopsis qui « remplace » celui de Richard Wagner dans le programme. Le propos de la mise en scène -Le Délire (Acte 1), La Réalité (Acte II) et La Guerre (Acte III)- dénonce à juste titre l’enfermement et le combat mais n’a aucun rapport avec Lohengrin.

Elsa devient « une jeune femme » indéterminée, Lohengrin une vision, le couple Ortrud et Telramund d’inquiétants psychiatres. Quant au Roi Henri, il est présenté comme « Souverain » sans autre précision simplement flanqué d’un Porte-parole (le héraut).

L’Ouverture s’accompagne d’un film où l’on suit un jeune homme aussi fascinant qu’énigmatique qui marche dans une forêt puis se baigne nu, dévoilant des ailes d’ange tatouées dans le dos (Gottfried, le frère perdu d’Elsa ?).

L’indéniable talent du cinéaste se dilue malheureusement ensuite dans une profusion d’idées et d’images. La transformation d’un décor en sept parties, puis une seule (un hangar glauque où se marient à la hâte des soldats avant de repartir au front) comme les déplacements d’ensemble assez statiques trahissent la difficulté de soutenir jusqu’au bout des idées peu cohérentes et encore moins novatrices.

En outre, la différence entre l’œil d’une caméra et la spatialisation d’un plateau d’opéra s’accuse, si bien que la parcellisation (la scène / puzzle) atteint ses limites.

Sachant que, dès sa vingtième année, le compositeur prit un soin extrême à l’élaboration et la rédaction de ses livrets, il faut une certaine dose d’inconscience pour en ignorer la trame, lui en substituer une autre, tout en conservant les textes chantés et la musique.

Marie-Nicole Lemieux et la leçon de chant 

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Hector Berlioz (1803-1869) : Les Nuits d’été, Op.7 ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Mélodies persanes Op.26 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, M.41. Marie-Nicole Lemieux contralto ; Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada. 2021 et 2022. Livret en français, anglais et allemand. Texte chanté en : français. 70’54. Warner Classics 504197659409. 

Nicholas Angelich, le plus beau des hommages

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Nicholas Angelich. Hommage. Oeuvres de Franz Liszt (1811-1886), Alexander von Zemlinsky (1871-1942), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Johannes Brahms (1833-1897), Maurice Ravel (1875-1937), César Franck (1822-1890), Béla Bartók (1891-1945), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Modest Mussorgsky (1839-1881) :, Serge Rachmaninoff (1873-1943). Nicholas Angelich, Martha Argerich, Myung-Whun Chung  pianos ; Quatuor Ebène;  Claude Gengembre, Camille Baslé, percussions ; Orchestre philharmonique de Radio France, Orchestre national du Capitole de Toulouse, Myung-Whun Chung  et Tugan Sokhiev. Enregistrements de concerts 1995-2019. Livret en français, anglais et allemand. 7 CD Warner 5054197676185.