A Genève, de jeunes talents pour la musique française

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A côté des séries de concerts organisés par l’Orchestre de la Suisse Romande, le Service Culturel Migros et l’Agence Caecilia, le Victoria Hall de Genève accueille chaque semaine les formations les plus diverses. De nos jours, l’Orchestre de la Haute Ecole de Musique (HEM) en est l’une des meilleures par la qualité de ses prestations, ce dont a attesté l’enregistrement intégral de l’Ascanio de Saint-Saëns publié par B Records. Et c’est en collaboration avec le Chœur de l’Université de Genève sous la direction de son chef, Pierre-Antoine Marçais, qu’a été présenté, le 21 octobre, un programme de musique française sortant des sentiers battus. 

Y figure d’abord Les Djinns, une page brève du jeune Gabriel Fauré datant de 1875, dont le canevas instrumental suggère l’étrangeté mystérieuse, alors que les voix égrènent les vers de Victor Hugo si difficiles à comprendre (ce qui toujours été le cas dans toute exécution). Mais au moins se répand un climat de terreur sur une pulsation haletante qui atteint le paroxysme du tragique avec Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleure !, avant de retomber avec C’est la plainte Presque éteinte D’une sainte Pour un mort.

A Genève, une cheffe et un violoncelliste de classe 

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Pour le premier concert de sa saison, le Service Culturel Migros et son directeur artistique, Mischa Damev, ont eu bien du fil à retordre car il a fallu changer trois fois de programme. Dans l’impossibilité de faire venir à Genève Ivan Fischer et l’Orchestre du Festival de Budapest avec le jeune pianiste français Alexandre Kantorow en soliste, ils ont sollicité l’Orchestre du Mozarteum de Salzbourg qui a fini par être lui aussi confiné. Et en dernière ressource, le 20 octobre sur la scène du Victoria Hall, est parvenu l’Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction de la chef australienne Simone Young avec le violoncelliste munichois Daniel Müller-Schott en soliste.

D’emblée vous surprend l’ampleur sonore quasi symphonique qu’affiche la formation dans les tutti fougueux contrastant avec le canevas ourlé accompagnant le Concerto pour violoncelle en la mineur op.129 de Robert Schumann ; Daniel Müller-Schott en aborde les soli dans un son racé, à première vue pas grand, que l’originalité du phrasé réussit à déployer progressivement comme un éventail qu’irisent les subtilités rythmiques. Le Langsam médian se teinte d’une amertume nostalgique qu’émiettera le finale dessiné à la pointe sèche par un jeu nerveux enchaînant les traits rapides, tout en sachant user du ritenuto sur les arpèges conclusifs. Avec une palette de demi-teintes serties d’émotion, il délivre, à titre de bis, un message de sérénité avec l’admirable Cant dels ocells retranscrit par Pablo Casals.

Il Tamerlano de Vivaldi ? Un séduisant pastiche

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Antonio Vivaldi (1678-1741) : Il Tamerlano, tragédie musicale en trois actes. Bruno Taddia (Bajazet), Filippo Mineccia (Tamerlano), Delphine Galou (Asteria), Sophie Rennert (Irene), Marina De Liso (Andronico), Arianna Vendittelli (Idaspe) ; Accademia Bizantina, direction Ottavio Dantone. 2020. Notice en français, italien, anglais et allemand. Texte du livret en italien, avec traduction en français et en anglais. 155.36. Un coffret de 3 CD Naïve OP 7080.

Entre galanterie et classicisme, un épatant récital de Variations au clavecin

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Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Variations sur un arioso en ut majeur Wq118/10 ; Variations sur Les Folies d’Espagne Wq118/9. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Variations sur La belle Françoise (sic) K.353/300f ; Variations sur Ah vous dirai-je Maman K.265/300e. Ewald Demeyere, clavecin.  2019. Livret en anglais.  63’32. SACD Challenge Classics CC72845.

Le violon de Peteris Vasks, une nourriture pour l’âme

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Pēteris Vasks (°1946) : Concerto pour violon et orchestre « Distant Light » ; « Lonely Angel », méditation pour violon et cordes ; Plainscapes, pour choeur mixte, violon et violoncelle ; Dona nobis pacem, pour chœur mixte et cordes. Daniel Rowland, violon ; Maja Bogdanovic, violoncelle ; Stift Festival Orchestra, Consensus Vocalis, direction Daniel Rowland, Thomas Carroll et Benjamin Goodson. 2019. Livret en anglais. 71.56. Challenge Classics CC72830.

Passionnante Annie Fischer

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Franz Schubert (1797-1828) : Sonates pour  piano D. 845 et D.959 ; Robert Schumann (1810-1856): Fantasiestücke, Op. 12, Kreisleriana, Op. 16 ; Frédéric Chopin (1810-1849): Nocturne, Op. 27 N°1. Annie Fischer (piano). 2020-ADD-64’54 et 64’07-Textes de présentation en anglais et hongrois - Hungaroton HCD 32845-46

A Dijon, dernier concert avant le couvre-feu

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Un beau programme, associant de façon surprenante Duparc, Tchaïkovski à Mendelssohn, nous était proposé par l’Orchestre Dijon Bourgogne, associé à l’Opéra. C’était l’occasion de découvrir Nicolas André, jeune chef français, assistant de Kent Nagano à Hambourg ces deux dernières années, puis choisi par Hervé Niquet pour associé à Bruxelles. Sans oublier Istvan Vardai, étoile montante du violoncelle hongrois, lauréat de prix prestigieux.

Pour commencer, une pièce rare de Duparc, écrite pour son projet d’opéra (Roussalka) en 1874 puis révisée en 1911 : Aux étoiles, poème nocturne. Ces douze pages d’orchestre méritent pleinement de sortir de l’ombre même si le père Franck et d’Indy se devinent en filigrane. Sur une pédale des basses s’installe l’atmosphère paisible du nocturne, avec d’amples phrases, confiées aux cordes aux splendides modelés, auxquelles prennent part le violon solo, suivi de trois de ses voisins. Un beau motif confié à l’unisson de la clarinette, du hautbois et du cor conduit à quelques bouffées d’exaltation avant de retrouver la sérénité initiale. La page, à peine antérieure à Lénore, est défendue avec conviction par la direction de Nicolas André et l’engagement des musiciens.

Bertrand Chamayou crée la nouvelle version révisée des deux Concertos de Ravel

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Ces 2 et 3 octobre a eu lieu à l’Auditorium de Radio France (Paris) la création des deux Concertos pour piano de Ravel, en sol et pour la main gauche, dans la version révisée désormais disponible dans Ravel Edition chez XXI Music Publishing. L’événement était attendu, d’autant que le pianiste des deux soirées, Bertrand Chamayou, a participé à la révision du Concerto pour la main gauche.
Outre ces deux Concertos, on a entendu la création mondiale des deux Etudes pour piano de Yann Robin (le 2), La Mer de Debussy (le 2) et Ma Mère l’Oye de Ravel (le 3) dirigés par Mikko Franck. Deux soirées de musique française par l’Orchestre Philharmonique de Radio France, que peut-on rêver de mieux ? La nouvelle version des Concertos est-elle différente de celle à laquelle nous sommes habitués ? L’attente est palpable, mais peut-on entendre des interprétations à la hauteur de cette attente ?