Ivan Boumans, compositeur

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Ivan Boumans - The White Chair Session

Ivan Boumans, lauréat du Prix du Compositeur des International Classical Music Awards 2020, est un musicien très polyvalent. Outre la composition, il est également professeur et chef d'orchestre. Sa toute dernière œuvre orchestrale, Organic Beat, devait être présentée en première au gala des ICMA 2020 à Séville. Après l'annulation de cet événement, le conseil d'administration du jury (dont Crescendo Magazine est membre) a décidé postposer cette première audition. La nouvelle partition d'Ivan Boumans sera créée en 2021, lors du prochain gala, avec l'Orchestre Symphonique du Liechtenstein. Guy Engels (Radio 100,7, Luxembourg), membre du jury, a pu s’entretenir avec le lauréat.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser sérieusement à la musique ?

J'ai grandi dans un petit village espagnol où il ne se passait pas grand-chose jusqu'au jour où est née l'idée de créer un orchestre d'instruments à vent. Mes parents ont pensé que ce serait une bonne occasion pour leur fils de faire quelque chose de significatif pendant son temps libre. Au début, je n'aimais pas ça, mais j'avais une certaine aisance et une perception musicale rapide. Le véritable intérêt -la passion- n'est apparu qu'en 1998, quand j'ai déménagé au Luxembourg et que je m’y suis inscrit au conservatoire.

Franz Berwald, un symphoniste singulier

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La Finlande a Sibelius, la Norvège, Grieg, le Danemark, Nielsen. Et la Suède, le plus important et le plus central des pays nordiques ? Elle a Franz Berwald (1796-1868), qui les précède tous mais qui, amèrement méconnu de son vivant, n'a pris la place qui lui revient qu'en notre siècle, un siècle qu'il annonce souvent dans sa musique.

Certes, la Suède a produit de nombreux autres compositeurs de talent, et parmi les contemporains de Sibelius et de Nielsen, on citera au moins Wilhelm Stenhammar, qui fut leur ami et interprète, et dont l'ensemble des six Quatuors est le plus important de toute la musique nordique. Mais aucun n'atteint à la saisissante originalité de Berwald. 

Nommer Singulière la plus belle de ses Symphonies, certes l'occasion était trop belle pour priver cet hommage d'un si beau titre ! Mais le personnage mérite au moins autant cette épithète. 

Né le 23 juillet 1796 à Stockholm d'une famille de musiciens d'ascendance allemande, il est donc de quelques mois l'aîné de Schubert. Disparu le 3 avril 1868, il a précédé de moins d'un an Berlioz dans la tombe. Or, ses meilleures oeuvres semblent appartenir à une époque bien plus proche de la nôtre, et furent d'ailleurs pour la plupart jouées après sa mort, souvent au vingtième siècle seulement. A la fin de sa vie, Liszt, le soutien de toutes les avant-gardes, comme on le sait, lui rendait un vibrant hommage, tout en lui prédisant qu'il ne serait pas reconnu de son vivant... 

Dossier Faust (IV) : Faust par Schumann, le triomphe de l'Amour

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Poète autant que musicien, Robert Schumann fut le premier compositeur à s'attacher au Faust II qui occupe les trois quarts de la partition de son grand Faust dont il garda mot pour mot le texte, le mot qui, chez ce génie du lied, prend toute sa résonance. A Franz Brendel, il écrit à propos de la scène finale qu'il composa en premier lieu : "Qu'apporterait la musique à une œuvre lyrique aussi achevée ? Mais depuis que je connaissais cette scène, je sentais que la musique précisément pourrait en amplifier l'effet". Aussi Schumann s'écartera-t-il des formes musicales conventionnelles et préférera mouler la musique au poème pour mieux éclairer la magie kaléidoscopique du mot dont il a retenu les scènes de l'Amour et la Rédemption par l'Amour : "Le Jardin de Marthe", "Une bastille", "Cathédrale" pour le Faust I, "Paysage agréable" (acte I, scène 1), "Minuit" (acte V scène 4), "Grand péristyle du Palais" (acte V scène 5), "Ravins dans la montagne" (acte V scène 7) pour le Faust II.  

Dossier Faust (III) : Faust par Hector Berlioz ou le mépris cinglant des conventions

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Chef-d’oeuvre absolu et emblématique du romantisme allemand, la légende de Faust vue par Goethe ne pouvait qu’enflammer l’esprit exalté du plus romantique des compositeurs français. Le drame le plus célèbre de la littérature allemande est pour Berlioz l’histoire de toute une vie et le théâtre de bien des expériences... Dès ses premières années de composition, en 1828 très exactement, Goethe est au centre de ses préoccupations : il compose Huit scènes de Faust qu’il s’empresse d’estampiller fièrement “Opus 1”... et qui serviront de base de départ pour sa future Damnation ! Bien des années plus tard en effet, au cours d’un voyage en Europe Centrale en 1845, il entreprend une composition de bien plus grande envergure. L’inspiration lui vient sans difficulté, les vers comme la musique semblant naître spontanément. Il réécrit le texte, le simplifie, le rend plus direct, moins fouillé : “une fois lancé, je fis les vers au fur et à mesure que me venaient les idées musicales, et je composais ma partition avec une facilité que j’ai bien rarement éprouvée pour mes autres ouvrages”. Rien ne l’arrête dans sa force créatrice et tout son voyage semble ponctué par la mise au point des airs les plus sublimes de la partition. “Je regarde cet ouvrage comme l’un des meilleurs que j’aie produits”, écrit-il encore dans ses Mémoires. L’oeuvre tombera pourtant à sa deuxième représentation devant une salle à moitié vide et entraînera l’infortuné compositeur dans un désastre financier dont il ne sortira qu’à grand-peine. 

À l’OSR, Mozart pour un retour à la vie ! 

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Samedi dernier, le 6 juin, le Victoria Hall a rouvert ses portes pour accueillir l’Orchestre de la Suisse Romande et son chef titulaire, Jonathan Nott. Mais les normes de sécurité et les distances sociales imposées par les restrictions liées à la pandémie du Coronavirus ont limité la jauge de salle à 250 personnes. Sur scène, l’effectif est réduit à trente musiciens qui proposent un programme Mozart d’une durée d’une heure sans entracte, offert gratuitement au public les 6, 8, 16 et 18 juin. 

Quelle surprise de se retrouver dans cette salle volontairement clairsemée au parterre et dans les loges où ne sont admis que deux spectateurs mais où se glisse discrètement Martha Argerich, amie très proche de Nelson Goerner qui est le soliste du 23e Concerto en la majeur K.488. Tout sourire, en tenue décontractée comme ses instrumentistes, Jonathan Nott en imprègne l’Introduction du plaisir de faire de la musique dans un esprit chambriste, allégeant les fins de phrase tout en nuançant le discours. Une fois que l’oreille s’est adaptée à cette sonorité si particulière que produit la distance entre les pupitres dans un lieu rempli au quart, l’on se concentre sur le pianiste au jeu perlé et à l’articulation claire donnant une patine brillante au discours rapide qui culmine dans une cadenza volubile. Par contre, l’Adagio exprime une profonde tendresse en répondant au dialogue de la flûte et de la clarinette, tandis que le Finale est enlevé avec un brio époustouflant. Devant l’enthousiasme du public, Nelson Goerner égrène avec une touchante nostalgie une page de son compatriote Carlos Guastavino, Bailecito.

Hommage à Rudolf Schock

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Rudolf Schock. Opéras italiens en allemand, volume 1. VERDI : Rigoletto et La Force du destin. Puccini : Tosca. DONIZETTI : L’Elixir d’amour. MASCAGNI : Cavalliera rusticana. En bonus : Récital de Carla Martinis (en italien) : airs de Verdi, Puccini et Mascagni. Rudolf Schock, Joseph Metternich, Rita Streich, Margarete Klose, Carla Martinis, Martha Mödl, Gottlob Frick, Stina-Britta Melander et autres interprètes. RIAS Kammerochester Berlin et RIAS-Sinfonie-Orchester Berlin, direction Ferenc Fricsay ; Chœurs et Orchestre des Norddeutschen Rundfunks Hamburg, direction Hans Schmidt-Isserstedt et Wilhelm Schüchter ; Chœur et Orchestre du Deutschen Oper Berlin, direction Wilhelm Schüchter et Heinrich Hollreiser; Chœur et Orchestre du Württembergischen Staatstheater Stuttgart ; Philharmonie de Vienne, direction Wilhelm Furtwängler ; Berliner Kammerchor et Berliner Symphoniker, direction Ernst Märzendorfer. 2020. Livret en allemand et en anglais. Pas de textes des opéras. 650 minutes. Profil Hänssler PH20012 (11 CD). 

Œuvres complètes pour pianoforte et violoncelle de Beethoven :  un Graf pour Lonquich et un Guadagnini pour Alstaedt

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Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) : Sonates pour pianoforte et violoncelle n°1 en fa majeur et n° 2 en sol mineur, op. 5 n° 1 et 2 ; n° 3 en la majeur, op. 69 ; n°4 en do majeur et n° 5 en ré majeur, op. 102 n° 1 et 2 ; 12 Variations en fa majeur sur « Ein Mädchen oder Weibchen », op. 66 ; 12 Variations sur « See, the conqu’ring Hero comes », Wo045 ; 7 Variations sur « Bei Männern, welche Liebe fühlen », Wo046. Nicolas Altstaedt, violoncelle ; Alexander Lonquich, pianoforte. 2020. Livret en allemand, en français et en anglais. 145.00. Alpha 577 (2 CD).