Pimpant, le baroque ?

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Pour sa nouvelle saison de concerts, le Service culturel Migros a décidé de varier son offre en proposant autant de programmes avec des orchestres symphoniques qu’avec des formations de chambre. C’est pourquoi sont apparus, pour la première fois à Genève, I Barocchisti et son fondateur, Diego Fasolis, qui a réuni divers instrumentistes tessinois et italiens pour façonner un ensemble à géométrie variable (allant de quatre à quarante musiciens). Ce chef que l’on applaudit régulièrement à l’Opéra de Lausanne prône une interprétation ‘dans le style’ du répertoire baroque sur des instruments d’époque.

Son propos se vérifie immédiatement dans l’un des concerti pour cordes de Vivaldi, le RV 114 en ut majeur emporté par une énergie vivifiante qui joue sur les contrastes de phrasé entre les premiers et seconds violons par quatre ; de son épinette, le maestro tire deux ou trois arpèges pour enchaîner un adagio presque irréel avant de conclure par une chaconne à la française d’une rare élégance. Sous le même éclairage est présentée une Sinfonia en sol mineur du milanais Giovanni Battista Sammartini, utilisant le clair-obscur pour faire sourdre de suggestives demi-teintes qui prendront un tour audacieux dans le Grave médian, alors que l’Allegro assai renouera avec la brillance et que le Minuetto arborera une chatoyante suavité. Intervient alors le premier soliste, Maurice Steger, un artiste suisse né à Winterthur, qui passe pour être le Paganini de la flûte à bec ; il se propose, en premier lieu, de nous faire découvrir une œuvre de Domenico Sarro, un natif des Pouilles contemporain de Vivaldi : dans son Concerto n.11 en la mineur, il use des notes détachées pour conférer une grâce dansante à l’allegro, alors que par quelques traits à l’arraché du larghetto, il imposera une cocasserie sautillante au Spiritoso final. Puis il est rejoint par la jeune Laura Schmid pour exécuter le Quatrième des Concerti grossi de l’opus 6 d’Arcangelo Corelli, transcrit ici pour deux flûtes à bec et cordes ; et c’est par le piccolo qu’est suggéré le gazouillis fluide de l’Allegro, tandis que la flûte à bec exprimera la profondeur de l’Adagio, qu’estomperont les traits vifs en pianissimo du Vivace final.

En seconde partie, Diego Fasolis se tourne vers une page intéressante de Francesco Geminiani, le Douzième Concerto grosso en ré mineur d’après La Follia de Corelli. En une texture fortement développée, se déroule une série de variations sur ce motif célèbre où le violon solo négocie des traits d’une rare virtuosité tout en dialoguant avec le violoncelle afin de constituer un véritable concertino face à la houle du ripieno. Et c’est à Maurice Steger que revient le soin de conclure avec deux des Concerti de l’opus 10 de Vivaldi : dans le Deuxième en sol mineur dit La Notte, il se sert de la flûte à bec, peu sonore dans la tessiture basse, pour imprégner tout largo d’étrangeté, alors que tout allegro est poussé à l’extrême comme pour figurer une vrille. Par contre, dans le Troisième en ré majeur dit Il Cardellino, le piccolo s’amuse à imiter le chardonneret à coups de trilles et de passaggi comme un Papageno transportant sa cage à oiseaux. Et le public qui applaudit à tout rompre se voit gratifier d’un autre allegro de Vivaldi où Maurice Steger sollicite le premier basson tout en rappelant Laura Schmid pour élaborer le trio soliste.

Paul-André Demierre

Genève, Victoria Hall, le 12 novembre 2018

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