Premier volume d’un panorama de l’œuvre sacrée de J. D. Pucklitz
Johann Daniel Pucklitz (1705-1774) : Messe en ré. Messe en ut. Der Herr ist in seinem heiligen Tempel. Du hast den guten Wein bisher behalten. Dein Schade ist verzweifelt böse. Erwecke dich, Herr. Herr! Hast du nicht guten Samen. Gudrun Sidonie Otto, soprano. Elvira Bill, contralto. Georg Poplutz, ténor. Thilo Dahlmann, basse. Goldberg Baroque & Vocal Ensemble, direction Andrzej Mikołaj Szadejko. Septembre 2024. Livret en anglais, allemand ; texte des chants en allemand et traduction en anglais. 68’24’’. SACD multicanal. MDG 902 2373-6.
Infatigable avocat des répertoires baroques de sa ville natale de Gdańsk, illustrés dans la collection Musica Baltica chez le même label MDG, Andrzej Szadejko s’engage ici dans une valorisation de Johann Daniel Pucklitz (1705-1774). La neuvième parution de cette série nous révélait son intéressant oratorio écrit en 1747 par ce fonctionnaire municipal, alors réputé comme organisateur de concerts. Il alimente ici un autre plein album, annoncé comme premier volume d’une « opera omnia » : un projet d’intégrale ?
Il y aurait à faire parmi la soixantaine d’œuvres qui lui survécurent, quasi exclusivement dans le genre sacré. Cinq messes d’obédience luthérienne, trois oratorios, et foule de cantates diversement désignées, si l’on en croit la notice du docteur Szadejko. On retrouve dans ce SACD deux messes cotées MS Joh. 225 et 226, succinctement ancrées dans le Kyrie et le Gloria, recourant au lustre de trompettes et timbales pour celle qui referme le SACD. Et cinq brèves cantates pour le sillage liturgique de l’Épiphanie, introduites et conclues par un chœur encadrant un air, et un ou deux récitatifs.
On appréciera la veine suggestive du compositeur polonais dans le dolent numéro de ténor pour Du hast den guten Wein bisher behalten, sur le sujet biblique des Noces de Cana. Ou la délicate imagerie balayée de triolets, aux harmonies ambiguës, qui ouvre Herr! Hast du nicht guten Samen et ses métaphores de semaison. Les pages les plus dramatiques de ce disque se rencontrent dans Erwecke dich, Herr, péricope sur le miracle de la « tempête apaisée » mentionnée dans les Évangiles, quand Jésus dissipe la tourmente menaçant d’engloutir la barque en proie aux flots déchaînés du lac de Tibériade. « Réveille-toi Seigneur, pourquoi dors-tu » : l’exhortation est soulignée par les interjections de l’orgue, au sein de cette cantate contrastée entre frayeur et appel au calme.
« L’ensemble Goldberg, tant son petit chœur que son collectif instrumental, s’acquitte honorablement, même si l’on aurait souhaité un surcroît de stimulation et d’enthousiasme » concluions-nous notre commentaire pour le double-album susnommé. On reconduira ici ce constat, quand la prestation se déroule avec soin, sans toujours assumer le relief narratif qu’appellent les cantates. Le plateau de solistes vocaux, sans reproche mais un peu timide, est à l’avenant. Sans décevoir ni combler. Émouvant jusque dans ses fragilités (Georg Poplutz, plus riche de nuances que d’assurance).
Certes fine, large et équilibrée, la captation gagnerait aussi à épanouir la dynamique, pour exhausser une anthologie dont les atours s’émoussent dans un docile camaïeu. Pucklitz, cet attachant et imaginatif artisan, méritera un voltage à sa mesure pour que l’on s’impatiente d’un prochain volume. On ne doute pas que l’éminent Andrzej Szadejko, musicologue à l’affut, trouvera ressource pour aiguillonner ses troupes et vaincre la modération de ce premier jalon, dont l’interprétation semble hésiter à se départir de prudence.
Christophe Steyne
Son : 8 – Livret : 8,5 – Répertoire & Interprétation : 7,5



