Radieux !

par

JOKERFranz SCHUBERT (1797-1828)
Licht und Liebe
Lieder et quatuors vocaux

Marlis PETERSEN (soprano), Anke VONDUNG (mezzo-soprano), Werner GÜRA (ténor), Konrad JARNOT (basse), Christoph BERNER (pianoforte)
2013-65'21-DDD-livret et textes en anglais, français et allemand-chanté en allemand-HMC 902130
Un quatuor vocal et quatre raisons au moins, de l'écouter! La première? Un répertoire très peu connu et encore moins enregistré. Or, c'est là du meilleur Schubert introduit par un livret de Roman Hinke remarquable d'intelligence, d'intuition, de sensibilité. Deuxième raison: on y découvre l'étonnante variété des sources de Schubert. L'appel à quatre de ses grands poètes préférés -Goethe, Schiller, Klopstock, La Motte-Fouqué. Mais, à côté, des écrivains assez mineurs ou, tout simplement, amis et habitués des fameuses «Schubertiades». Voilà qui en dit long sur la nature de l'inspiration du musicien. C'est moins le nom, la renommée, que l'idée qui lui importe et anime son art. Sans s'attarder à la candeur, la grandiloquence ou la maladresse, Schubert se saisit de l'idée et la transforme en chef-d’œuvre. Le génial petit instituteur de Lichtenstahl se fait suprême alchimiste et transmue la banalité en or pur. Ici on voit le démiurge mettre en œuvre sa véritable doctrine « Licht und Liebe», opportunément choisi comme titre de l'album. En effet troisième raison d'aimer cet enregistrement: son contenu thématique qui s'organise autour de deux pôles rarement mis en évidence chez les interprètes de Schubert, la Lumière qui mène à l'Amour et à Dieu, tout comme l'Amour mène à la Beauté et au Créateur. Radieuse interactivité, émancipée des reptations de l'angoisse, des affres de l'obscurité, de la résignation au malheur. Et voilà pourquoi ces chants vivent si ardemment: de une à quatre voix, elles célèbrent l'amour, la foi, Dieu, le tonnerre, la chasse, passant du rire aux larmes, de l'illusion à la certitude, des frémissements de l'âme à la gaudriole -cette chasse au lapin pour un «rôti de noces» avec ses onomatopée, ses bégaiements, ses yodels succédant à un silence plein d'interrogations, savoureux et de vraie poésie ! Enfin, il y a l’interprétation. Juste, équilibrée, excellente de diction, plus accomplie que les album Schumann et Brahms de la même formation. Rafraîchissant, émouvant, sincère- une réussite!
Bénédicte Palaux Simonnet

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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