Radu Lupu : la musique dans sa plénitude

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Complete recordings
CD 1 : MOZART. Concerto pour piano n°12 K. 414 et 21 K. 467 (ECO/Segal) - Quintette pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson K. 452 (Hand de Vries, George Pieterson, Vicente Zarzo et Brian Pollard)
CD 2-6 : BEETHOVEN. Concertos pour piano 1-5 (Israel PO/Mehta) - Concerto pour piano n°3 (LSO/Foster) - Quintette pour piano et instruments à cent op. 16 (mêmes solistes que CD1) - 2 Rondos op. 51 - Variations WoO 80 - Sonate n° 8 "Pathétique", n°14, op. 27 n°2 "Clair de Lune", n°19, n° 20, op. 49 n°1 & 2, n°21 op. 53 "Waldstein"
CD 7 - 11 : SCHUBERT. Sonates n°1 D. 157, n°5 D. 557, n°13 D. 664, n°14 D. 784, n°16 D. 845, n°18 D. 894, n°19 D. 958, n° 20 D. 959 - Moments musicaux - Impromptus D. 899 & D. 935
CD 12 & 13 : SCHUMANN. Humoresque op. 20 - Kinderszenen op. 15 - Kresileriana op. 16 - Concerto pour piano (LSO/Previn) - GRIEG. Concerto pour piano (LSO/Previn)
CD 14 - 16 : BRAHMS. Concerto pour piano n°1 (LPO/De Waart) - Sonate n°3 - Theme & Variations en ré mineur (arr. op. 18) - Rhapsodies op. 79 - Intermezzi op. 117 - Klavierstücke op. 118 et op. 119
CD 17 - 20 : MOZART. Les Sonates pour violon et piano (Szymon Goldberg)
CD 21 & 22 : MOZART. Concerto pour 2 pianos K. 365 - Concerto pour 3 pianos K. 242 "Lodron" (arrangement de Mozart pour 2 pianos) - Fantaisie pour orgue mécanique en fa mineur K. 608 (arrangement pour 2 pianos) - Andante et 5 variations en sol majeur pour piano à 4 mains K. 501 (Murray Perahia/ECO/Perahia)
CD 23 & 24 : SCHUBERT. Sonatines D. 384, D. 385, D. 408 - Sonate (Duo) D. 574 - Fantaisie D. 934 (Szymon Goldberg)
CD 25 : SCHUBERT. 3 Marches militaires op. 51 D 733 - Variations sur un thème original en la bémol majeur op. 35 D. 813 - Sonate en do majeur op. 140 D. 812 (Grand Duo) (Daniel Barenboim)
CD 26 & 27 : SCHUBERT. Lieder (Barbara Hendricks)
CD 28 : FRANCK. Sonate pour violon et piano - DEBUSSY. Sonate pour violon et piano
(Kyung Wha Chung)
2015 - DDD - 28 CD - Textes de présentation en anglais, allemand, français - Decca 478 8772

Evènement ! Un pianiste rare au disque, à la scène, aux medias. Un pianiste au jeu rare aussi. Et sublime. A l'occasion de son 70e anniversaire, Decca a ressorti l'intégrale de ses enregistrements en soliste, en duo et en musique de chambre. Bref, la totalité de ses enregistrements à l'Ouest tout du moins. En Roumanie, j'ai pu tomber par hasard sur un 3e Concerto de Beethoven déjà d'une grande beauté alors que le pianiste n'avait pas encore vingt ans. Cette production Decca nous permet de nous pencher à nouveau sur son parcours. Né le 30 novembre 1945, il remporte deux premiers prix aux prestigieux concours Van Cliburn (1965) et Leeds (1969). Ses études, ils les a faites au Conservatoire de Bucarest avec Florica Musicescu qui fut aussi le professeur de Dinu Lipatti à qui il écrivait le magnifique talent du jeune Lupu. Egalement compositeur, Radu Lupu joue ses oeuvres en récital dès l'âge de douze ans et, à l'écoute de son jeu, on sent le compositeur derrière le pianiste : aucune intention n'est dûe au hasard, chaque moment est amené, dit et résolu. A l'âge de 16 ans, il reçoit une bourse pour aller travailler au Conservatoire Tchaikovski de Moscou où il est reçu par le "grand" Heinrich Neuhaus avec qui il travailla jusqu'à sa mort en 1964, et avec son fils, Stanislav, ensuite. De Neuhaus, il semble avoir intégré l'esprit plus que la technique; la virtuosité russe n'intéresse pas Lupu mais Neuhaus est beaucoup plus que cela et on le comprend très vite quand à ses disciples, parmi lesquels Richter, Gilels, Zak ou Virssaladze, il disait "Les difficultés de l'instrument se résolvent en se basant sur la musique elle-même". Et de les encourager à côtoyer la peinture, la littérature, les arts, lui qui était l'ami de Pasternack. On dit de Lupu qu'il est un peintre au clavier. "Donner l'illusion du legato sur un instrument essentiellement percussif" dit-il. Le pianiste a toujours refusé les interviews ; non par coquetterie, mais parce qu'il lui est impossible d'exprimer par les mots la vie intérieure, la nature sans cesse mouvante de la musique, cette musique qui part du silence. En 1994, il abandonne les studios après les avoir pratiqué pendant 23 ans. Les premiers enregistrements de ce coffret de 28 CD datent de 1971, les derniers de 1994. La présence des micros le paralyse. A ses amis, il dit "le micro me rend idiot". Aussi ses concerts et récitals ne sont-ils jamais radiodiffusés.
Il n'est pas possible de parler du jeu de Lupu comme on peut parler du jeu de certains pianistes, comme il n'est pas possible non plus de parler de "ses" Schubert, de "ses" Brahms, de "ses" Mozart, de "ses Beethoven" ou de "ses" Schumann. Chaque oeuvre est approchée dans son contenu musical intrinsèque traduit par le son. Un son d'une pureté lumineuse, surnaturelle, créatrice d'atmosphère, une imagination sonore infinie, la puissance d'un ppp, une main qui énonce, l'autre qui commente, une intelligence supra sensible traduite par instinct sûr. Lors d'une unique interview donné au Chicago Sun-Times, le pianiste disait : "Tout le monde raconte la même histoire différemment et cette histoire devrait être racontée de manière irrésistible et spontanée. Si ce n'est pas le cas, elle est sans valeur". Tout est dit. La moitié de ses enregistrements sont consacrés à Schubert. Il reste à écouter la musique dans sa plénitude.
Bernadette Beyne

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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