Frémissement indicible

par critical analysis of the movie the help

JOKERFranz SCHUBERT (1797-1828)
Wanderers Nachtlied
Matthias GOERNE, Helmut DEUTSCH (piano) et Eric SCHNEIDER (piano)
2014-2 CD- CD1 68'38-CD2 61'58- présentation, livret et textes en français, anglais, allemand-chanté en allemand-Harmonia Mundi HMC 902109/10
Pour ce huitième volume de l'intégrale Schubert enregistré par Harmonia Mundi, Matthias Goerne a choisi le titre de « Wanderers Nachtlied » - chant nocturne du voyageur- Et c'est bien tout un côté du musicien qui est présenté ici, avec deux pianistes, à travers vingt poètes : si certains ont laissé peu de souvenirs dans ce florilège – les Silbert, Schulze, Seidl ou Lappe- d'autres ont davantage ému Schubert qui leur consacre ses plus belles inspirations : ainsi de Schlegel, Matthisson, Rückert sollicité deux fois ; de Klopstock, cité trois fois. Mais c'est surtout Goethe, avec sa formidable prosodie, ses continuelles trouvailles poétiques et littéraires, qui constitue l'armature même de ce récital. Et comme on y sent Schubert, humain, discret, fraternel, s'émerveillant d'une fleur, d'un nuage ; se sentant porté par le flux vital et l'aspiration à un amour éternel ! Émerveillement de ce qu'est la vie – rêvée sans doute, car « ailleurs » serait encore plus beau. D'où ce désir de « voyager »- un sentiment typiquement romantique ; mais aussi, et tout autant, ce sentiment de la mort qui, la nuit et le jour, rôde autour de nous, incessamment, et qui, dès lors met les êtres et les choses en porte à faux, vivants, certes, mais déjà évanescents, flétris comme la petite Heidenröslein... Exceptionnelle trajectoire de l'âme, dite mezzo voce, dans le ton de la confidence (I 5) rassérénée après l'orage (I 8) terrible aussi (Le Nain I 9) nostalgique souvent même au printemps (I 10) se consumant d'amour toujours. Combat du sentiment et de la raison aussi avec le superbe « Trost in Tränen » de Goethe (II 6) ou le « Geisternähe » de Matthisson (II 12). On n'en finirait pas de citer toutes les beautés de ce recueil. Mais à la prenante poésie il faut ajouter une exemplaire diction, l'admirable émotion de Matthias Goerne qui sculpte chaque vers, chaque syllabe, avec une perfection sonore indiscutable. Perfection qui se retrouve dans le piano d'Eric Schneider comme celui d'Helmut Deutsch qui savent tous deux si bien écouter les pianissimi, les interrogations, les réparties : du grand art ! Frères dans l'expressivité, c'est l'instrument qui vit sous leurs doigts – écoutez le sonner comme des cloches (I 12), marcher à grands pas (II 20) – ceux du jour « passé »... Il y a là un frémissement indicible qui vous « parle » et vous glace tout autant.
Bénédicte Palaux Simonnet
Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10  

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