Sage portrait d’un romantique silésien, sur le rare et délicat orgue de Jawor

par

Ernst Köhler (1799-1847) : Praeludium F dur (Kothe I-1) und Fuge F Dur (Kothe I-8) ; Einleitung zu C. H. Graun‘s Tod Jesu Op. 15 (Kothe; I-11) ; Fantasie über Halleluja aus G. F. Händel‘s Messias (Kothe II-33) ; Ausführung des Chorals Wie schön leuchtet‘ uns (Kothe I-16) ; Fugirtes Praeludium A moll. Von Gott will ich nicht lassen (Kothe I-7) ; Ausführung des Chorals Von Gott will ich nicht lassen (Kothe I-14) ; Fantasie über ein Thema aus Messias von G. F. Händel (Kothe II-24) ; Variationen über die österreichische Volkshymne (Kothe II-30) ; Praeludium E moll und Fuge E dur (Kothe I-5) ; Praeludium zur Trauerfeierlichkeit A moll Op. 68 no2 (Kothe I-3) ; Fantasie über den Chor Die Himmel erzählen die Ehre Gottes aus der Schöpfung von Josef Haydn (Kothe II-26) ; Praeludium zu einer Festlichkeit D dur (Kothe I-4). Marek Toporowski, orgue de l’église de la paix à Jawor. Livret en polonais, anglais, allemand. Septembre 2020. TT 71’36. Dux 1710

Dédiée au Saint-Esprit et inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, l’église de la paix de Jawor (basse-Silésie) fut érigée en 1655 pour accueillir le culte protestant. Un orgue y fut installé par Adolf Alexander Lummert au milieu du XIXe siècle et modernisé en 1899 : nouvelle console, la traction mécanique devint pneumatique (machine Barker), le nombre de jeux étendu de 26 à 34. Il périclita après la Seconde Guerre mondiale, malgré une rénovation en 1937. Une fondamentale restauration achevée en 2005 s’orienta vers la restitution de l’état originel, dans un buffet heureusement épargné. Nous ne connaissions pas d’enregistrement à cette tribune et l’on est heureux que ce disque y pourvoie, d’autant qu’il est le premier à se consacrer entièrement à une figure méconnue de l’École de Wroclaw qui, avouons-le, ne l’est guère moins. 

Le programme visite un éventail représentatif : élaborations sur choral, prélude & fugues, fantaisies sur chœurs d’oratorios (dont l’Alléluia du Messie), et une série de variations. En ce genre, l’interprète a retenu celles sur l’hymne autrichien, une des œuvres les plus plaisantes de l’auteur, et a délaissé (pour des raisons techniques incompatibles avec son instrument, précise-t-il) les trois autres séries : sur l’hymne russe, sur un thème original, et celles sur un thème de Ludwig Spohr, qu’on prendra plaisir à écouter sous les doigts de Jan Ernst à l'église St. Nikolai de Schwerin (MDG, septembre 2000).

Dans sa notice, Marek Toporowski plaide pour ce compositeur contemporain du premier romantisme, à une époque où l’héritage classique allemand s’acclimatait au goût de l’époque, en rendant hommage au Cantor de Leipzig. On pense bien sûr à l’opus 60 de Schumann, ou encore au charismatique Prélude et Fugue sur B.A.C.H. Op. 55 de Johann Christian Heinrich Rinck. Marek Toporowski vante « l’extraordinaire mobilité de toutes les voix » et c’est peut-être hélas en cela que son récital ne convainc pas totalement au premier abord : sans manquer de sensibilité ou d’animation, les phrasés s’alignent sur un ton monocorde et ne s’entendent pas vivifiés par une virtuosité, un contraste ou un éclat qui les transcenderait. Exemple dans le Die Himmel erzählen die Ehre Gottes d’après La Création de Haydn, plus poussif que véritablement édifiant. Dans une acoustique mate et compacte, l’orgue séduit par sa veinure, la douce chaleur de son panel de 8’ et son intimisme (Praeludium zur Trauerfeierlichkeit), dénué de projection et de brio, limité par l’unique jeu de mixtures et par des anches plus harmonieuses que pétillantes. Peu de noirceur (malgré trois 16’ et un 32’ au pédalier), peu de lumière et trop de pénombre. Le CD découvre son charme : agrément, sans exaltation. Nous reste un portrait délicat, émouvant, fidèle aux ressources de la console, mais est-il suffisamment armé pour déchainer l’enthousiasme autour de ce petit maître disparu la même année que Mendelssohn ?

Son : 8 – Livret : 8 – Répertoire : 7 – Interprétation : 7

Christophe Steyne

 

 

 

 

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