Marek Toporowski interprète Dussek

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Jan Ladislav DUSSEK (1760-1812) : Sonates pour piano opus 9 ; Les Souffrances de la Reine de France opus 23. Marek Toporowski. 2019. Livret en polonais et en anglais. 63.40. Dux 1578.

L’existence de Jan Ladislav Dussek, originaire de Bohême, issu d’un milieu musical (son père était compositeur et sa mère harpiste), relève presque du roman. Après avoir étudié le piano et l’orgue avant ses dix ans, il se retrouve dans un collège jésuite à Kutna Hora, puis à Prague où il fréquente l’Université. Grâce à un protecteur, il se rend à Malines -oui, chez nous !- où il est organiste de la Cathédrale. Il n’a pas encore vingt ans et enseigne le piano, puis il part donner des concerts en Hollande. On le retrouve à Hambourg, en 1782, où il rencontre Carl Philipp Emanuel Bach, puis est applaudi à la Cour de Saint-Pétersbourg avant la Lituanie ; il se produit avec succès dans plusieurs cités allemandes. La Cour parisienne de Marie-Antoinette lui ouvre les bras. Il est toujours dans la capitale française quand la Révolution éclate. Il se réfugie en Angleterre où il devient un soliste et un professeur respectés. Marié en 1792, il fonde avec son beau-père, Domenico Corri, une maison d’édition musicale dont la réussite commerciale n’est pas au niveau des attentes des deux associés. Pour échapper à ses créanciers qui iront jusqu’à faire mettre son beau-père en prison, Dussek fuit à Hambourg, sans sa famille, et s’y produit en concert. Ses pérégrinations ne sont pas terminées : on le retrouve à Prague, puis chez le Prince Louis-Ferdinand de Prusse et, enfin, chez Talleyrand, à Paris, comme Maître de Chapelle. Il meurt à 52 ans à Saint-Germain-en-Laye, miné par la boisson. 

Dussek peut être considéré comme l’une des grandes figures musicales de la fin du XVIIIe siècle. Il laisse une soixantaine de pages pour le piano et une centaine d’œuvres de musique de chambre, mais aussi des concertos et des symphonies concertantes. Le présent CD Dux propose des partitions écrites au moment où la France connaît sa sanglante Révolution. Installé à Londres, Dussek y compose les trois sonates de l’Opus 9. Il s’agit de pièces brillantes, à la technique recherchée, aux harmonies audacieuses qui annoncent, à travers des enchaînements expressifs et des modulations variées, les futurs romantiques. Elles sont en deux mouvements pour la première et la troisième, en trois mouvements pour la deuxième. On y retrouve l’influence du Bach rencontré à Hambourg, mais avec des nuances intenses qui font la part belle aux couleurs, à la dextérité et à l’originalité de l’invention. Dussek n’hésite pas à se lancer dans des flux sonores tour à tour captivants, chatoyants ou rutilants. En complément de programme, on découvre les Souffrances de la Reine de France qui datent de la fin de 1793, deux mois après l’exécution de Marie-Antoinette. Dussek avait gardé d’elle un souvenir ému. Il traduit tout le poids tragique de la cruelle destinée de la souveraine dans un climat plein de pudeur et de tristesse, concis aussi bien dans la durée (un peu plus de 11 minutes) que dans la hauteur de vue. On ressent la portée dramatique de l’événement à travers les accents graves et sombres distillés par Dussek sans grandiloquence mais non sans grandeur. En dix courts mouvements enchaînés, l’œuvre souligne la noblesse et la dignité de Marie-Antoinette. Elle dépeint son emprisonnement, ses adieux à ses enfants, son horreur face à la condamnation, sa résignation, les mouvements de la foule que le couperet de la guillotine interrompt par un poignant effet final de glissando, qui ressemble à un sanglot.

Ce très beau programme est interprété par Marek Toporowski sur des piano-forte qui sont des copies d’instruments du musée municipal d’Eisenstadt réalisées en 2004 et 2016. Ce claveciniste, organiste, musicien de chambre et chef d’orchestre a enregistré des disques en Pologne, en Allemagne et en France, consacrés à Vivaldi, aux Bach ainsi qu’avec l’ensemble Concerto Polacco. En 1985, il avait remporté le 1er Prix du premier Concours de clavecin Wanda Landowska à Cracovie. Il s’est perfectionné à Strasbourg puis en Allemagne. Enseignant à l’Académie Szymanowski de Katowice, il a aussi travaillé à l’Institut Chopin de Varsovie et depuis 2016, à l’Académie de Cracovie. Il collectionne les pianos historiques. Sa vision des sonates de Dussek est séduisante car il souligne bien, en filigrane, les aspects annonciateurs de Chopin, Mendelssohn ou même Schumann. Son toucher est chaleureux et profond, les sonates sont abordées avec brio, finesse et subtilité, dans une grande aisance stylistique. Dans les Souffrances -que David Kadouch a récemment inséré dans un CD Mirare titré Révolution- il se révèle sobre et pudique, mais aussi héroïque. Dussek est un compositeur qu’il faut approfondir.

Son : 9  Livret : 8  Répertoire : 9   Interprétation : 9

Jean Lacroix

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