Spectacle enchanteur... pour adultes seulement ?

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Xavier Rouillon est Azor

Zémire et Azor de Grétry
Avec Richard Cœur de Lion (1784) -que l'Opéra Royal de Wallonie ferait bien de remonter, Zémire et Azor, créé à Fontainebleau en 1771, est le titre le plus connu de Grétry. Certes, le Liégeois était déjà, entre autres, l'auteur connu du Huron et de Lucile, mais cette "comédie-ballet mêlée de chants et de danse" obtint un véritable triomphe qui le lança définitivement. A quoi tient ce succès ? Au livret de Marmontel sans doute, tiré en partie du célèbre conte La Belle et la Bête de Madame Leprince de Beaumont. Mais aussi à un savant cocktail de grâce, de gentille terreur et d'un brin de mélancolie. L'intrigue demandant une belle mise en scène et des décors fastueux qui enchantent le regard, la gloire de l'oeuvre était assurée, d'autant plus que la partie musicale regorge d'une invention mélodique simple et charmante. La version présentée par l'ORW était destinée aux enfants, et la partition, d'une durée totale de plus de deux heures, a été resserrée. De nombreuses coupures la ramenaient à 1h 15, tous les dialogues étant remplacés par l'intervention d'un narrateur d'une belle prestance (Vincent Dujardin). On a maintenu les plus beaux airs et ensembles ainsi que les danses, quoique parfois écourtés. Les petits rôles étaient fort bien tenus, telles les deux soeurs de Zémire (Julie Bailly et Sabine Conzen) dont la scène d'entrée a ébloui, leur papa Sander (un excellent Jacques Calatayud) ou Ali, le serviteur gouailleur et poltron (Giovanni Iovino, peut-être plus acteur que chanteur). Le couple central brillait par un chant pur et joyeux, communicatif. Xavier Rouillon est bien plus que le fils de l'illustre baryton Philippe : un ténor lyrique à part entière, dont la grâce mélancolique reflétait on ne peut mieux le pauvre monstre princier malheureux. Son dernier air a ému la salle. Quant à la pétillante soprano jordanienne Dima Bawab, pas trop idiomatique, elle s'est affirmée ravissante colorature, au jeu délicat (ah ! l'air de la fauvette !) En grand habitué de ce répertoire, Guy Van Waas a dirigé l'orchestre maison, bien sûr dégraissé, avec toute la finesse légère que Grétry exige et qui a garanti le succès de la représentation. Je m'en voudrais de ne pas souligner les décors et costumes somptueux de Jérôme Bourdin et Frédéric Pineau, et les lumières raffinées d'Olivier Wéry. Un spectacle enchanteur donc, mais qui semble ne pas avoir trop excité les enfants présents, pour lequel il était pourtant destiné mais peut-être pas conçu. Direction d'acteurs trop sérieuse ? Manque d'effets spéciaux attendus par les ados ? Un tout petit bémol enfin : l'indigence du programme de salle, réduit à une simple feuille recto verso, avec distribution et argument. C'est maigre pour une oeuvre que les parents auraient sans doute voulu bien expliquer à leurs enfants. L'histoire d'amour entre Grétry et l'ORW méritait plus et mieux.
Bruno Peeters
Liège, Opéra Royal de Wallonie, le 27 avril 2014

 

 

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