Stéphane Orlando : un septuor de partenaires

par

The String Theory Alpha Project. Stéphane Orlando (1979-). Stéphane Mercier Trio, Edinburgh Quartet, Stéphane Orlando. 47’35". 2026. Livret : français et anglais. Homerecords. Cat 4446294.

On n’est jamais singulier seul : en se lançant dans l’écriture (et la direction) de The String Theory Alpha Project pour quatuor à cordes et trio jazz (premier chapitre d’un cycle en construction, né de sa résidence au Grand Manège à Namur), Stéphane Orlando se glisse dans un chemin, pas si fréquenté, emprunté récemment par le pianiste de jazz et compositeur américain Fred Hersch ou, pour remonter plus loin, par le violoniste français Pierre Blanchard : dans les trois cas, cordes et trio se veulent partenaires ; chez Orlando, la fibre contemporaine est plus souvent à l’avant-plan – même si le saxophone alto de Stéphane Mercier (il étudie à Anvers, Bruxelles et Boston et tout le monde a ri des facéties de son père) est le conteur de l’histoire.

L’histoire, celle de la théorie des cordes qui, en physique fondamentale, a l’ambition d’une théorie du tout, d’un modèle mathématique autonome apte à décrire toutes les forces et toutes les formes de matière, trace le cadre du projet du compositeur belge, un biotope aussi vaste que celui de la relativité générale s’alliant à la mécanique quantique, de l'infiniment grand tutoyant l'infiniment petit : les onze dimensions de la supergravité fournissent le découpage de l’œuvre – certaines accolées pour former une pièce cohérente ; de courts textes-ritournelles poético-ironiques signés Yvan Tjolle (un acteur bruxellois touche-à-tout) parcourent un livret ouvert sur l’espace-temps, donnant une épaisseur sémantique aux titres des pièces (« Le vide n'est pas le néant, c'est une promesse qui bourdonne ») et les peintures de Fabienne Verdier (une artiste peintre française qui a bourlingué en Chine) posent entre eux des abstractions mouvantes aux couleurs décidées.

Le jazz se prête à l’improvisation, le contemporain à l’écriture ; le quatuor à cordes (le Edinburgh Quartet, fondé en 1960) place les sons avec joliesse, le trio (saxophone, contrebasse, batterie) s’immisce dans les interstices et se fiche des revers ou des obstacles ; tout l’art ici consiste à gommer le hiatus subodoré (la façon dont les cordes préparent le terrain au saxophone dans Alpha Singularity, d’abord glissantes, puis silencieuses, ensuite pincées), à peaufiner l’angle sans lisser l’aspérité (les suintements intrigants de Sliding Layers ; auxquels le trio joint ses doléances – parmi mes passages préférés), à laisser la chamaillerie tourner suffisamment à l’aigre pour impliquer la réconciliation (Temporal Grid), à donner de l’espace au jeu, au ludique bonhomme, sans perdre son sérieux (Secret Intrications) – tout en retrouvant ponctuellement les penchants du compositeur-pianiste pour la musique liée à l’image (les passages cinématographiques, et dramatiques, soulignés par le violon dans Parallel Worlds).

Expressif, fluide à l’oreille, The String Theory Alpha Project lie quatuor à cordes et trio jazz en un septuor de partenaires – dont, bien vite, on ne se préoccupe plus des origines.

Son : 8 – Livret : 8 – Répertoire : 7 – Interprétation : 8

Chronique réalisée sur base de l'édition Compact Disc.

Bernard Vincken

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