Sudbin au royaume des ténèbres

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n° 24 en do mineur K. 491 (1786)
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 3 en do mineur op. 37 (1800)
Yevgeny Sudbin, piano, Minnesota Orchestra dirigé par Osmo Vänskä
2013 - BIS-1978 - 66'16'' - Notice en anglais, allemand et français - Bis

Après plusieurs disques consacrés à Haydn, Chopin, Scarlatti, Rachmaninov et Scriabin, Yevgeny Sudbin nous revient avec les deux concertos pour piano en do mineur de Mozart et Beethoven. Riche idée de mettre ensemble ces deux concertos aux caractères si semblables : tragiques et sombres. Le Vingt-quatrième concerto de Mozart et le Troisième concerto de Beethoven sont deux concertos qui marquent un tournant dans le genre du concerto. Chez Mozart le piano n'est plus cette masse que doit combattre l'orchestre, il se fond avec le tissu symphonique ; la tonalité mineure est deux fois utilisées chez Mozart dans ses concertos pour piano, aussi ce do mineur n'est pas anodin. Do mineur, "le royaume des ténèbres" selon Messiaen. Dans aucun autre de ses concertos pour piano Mozart ne sera aussi dramatique et sans compromis. Avec une oeuvre comme celle-ci on ne peut douter que Mozart sentait sa fin proche et qu'il souhaitait renouveler un genre où il fut un maître incontesté. Pour renforcer le fait que ce concerto est assez unique dans la production de Mozart, doit-on rappeler qu'il était le seul concerto "toléré" et "apprécié" par Glenn Gould, pianiste exigeant quand il s'agissait de Mozart. Cette oeuvre laissera des traces, Beethoven s'en souviendra dans son Troisième concerto pour piano. Même tonalité, même ambiance et même manière d'envisager le soliste et l'orchestre. Chez Beethoven le piano semble de plus en plus tenter d'intégrer la masse orchestrale ; le piano est bien soliste et se fait évidemment virtuose mais tend à une unité plus homogène. Belle idée donc de réunir ces concertos mais défi plus difficile qu'il n'y paraît car il ne faut pas tomber dans l'erreur de jouer ce Mozart préfigurant Beethoven comme du Beethoven et inversement, jouer ce concerto de Beethoven comme une simple réminiscence classique mozartienne. Défi bien relevé par Sudbin et le bel orchestre du Minnesota. On reconnaît là les qualités pianistiques de Sudbin qui font de lui un des grands pianistes d'aujourd'hui, discret, sérieux et d'une grande fidélité à la partition. Le jeu de ce pianiste pétersbourgeois allie une grande finesse de style, une belle intelligence musicale et de grands moyens pianistiques qu'il est inutile d'énumérer. Écoutez donc le mouvement lent du Concerto de Mozart pour vous apercevoir du beau dialogue entre les vents de l'orchestre et le soliste, le tout joué avec une grand simplicité et sans trop de préciosité. Aborder Mozart est toujours délicat pour un pianiste habitué à se "lâcher" dans Rachmaninov, Medtner ou Chopin. Mais Sudbin a bien compris que tout l'art de Mozart réside dans le fait de ne pas trop prendre ses précautions et de simplement le jouer sans peur. Soulignons les belles cadences romantiques et assumées de Sudbin dans les premier et dernier mouvements de l'oeuvre. Les mêmes qualités se retrouvent dans le concerto de Beethoven. Osmo Vänskä mène toujours son orchestre en fonction de Sudbin, ce qui donne une grande souplesse dans l'oeuvre qui parfois peut paraître lourde ou ampoulée quand elle est mal dirigée. Ici le pianiste et le chef se donnent la main pour aborder ce concerto si emblématique qui donnera naissance aux concertos pour piano romantiques. Cette version énergique mais toujours soignée dans les détails a de quoi rivaliser avec les versions antérieures de Del Pueyo, Gould et Zimerman. Un disque à s'offrir.
François Mardirossian

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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