Suzuki cale dans la Neuvième de Beethoven

par https://www.catholicfamilyresources.com/

Ludwig van Beethoven (1770-1827), Neuvième symphonie Op. 125Solistes : Ann-Helen Moen, Marianne Beate Kielland, Allan Clayton, Neal Davies. Bach Collegium Japan, direction :  Masaaki Suzuki. BIS Records, hybrid SACD 2451

Anniversaire Beethoven oblige, les enregistrements du génie de Bonn fleurissent pour le meilleur et parfois pour le pire, comme ici. La seule pensée qu’il en sera ainsi pendant toute l’année 2020 nous laisse songeur. Espérons que cela sera surtout l’occasion de redécouvertes et de la mise en valeur d’œuvres méconnues !

Masaaki Suzuki est immense artiste pour lequel nous avons un profond respect, nous chérissons d’ailleurs son legs dans Bach. Un pionnier venu de loin pour offrir une relecture salutaire de la musique baroque. Bref Suzuki empereur en son royaume, mais uniquement en son royaume il faut croire...

Après l’écoute de l’excellente intégrale des symphonies par Adam Fischer, la comparaison est peu flatteuse. C’est un choc au mauvais sens du terme. Si l’on ne connaissait pas l’artiste, on pourrait presque croire à une mauvaise blague. Comment peut-on passer à côté d’un tel monument ? Suzuki l’a fait et pas à moitié.

Sans doute le chef nippon voulait-il laisser son empreinte, sa singularité dans une discographie hypertrophiée ? C’est compréhensible, nous apprécions d’ailleurs les paris osés (Paavo Järvi en son temps par exemple) mais ici, malheureusement, cela ne fonctionne pas. Nous parlons quand même de la Neuvième symphonie de Beethoven, une œuvre surhumaine qui dépasse tout et soulève tellement de sentiments. A force de vouloir relire l’œuvre, on se demande si Suzuki ne se croit pas en plein milieu d’un livre de madrigal de Monterverdi.

Pourtant cela ne démarre pas si mal. L’allégement des masses et l’allant propre aux baroqueux fonctionnent bien. Le premier mouvement manque de force, c’est vrai, mais pas de souffle. Le Scherzo prend parfois des allures de bourrée campagnarde mais c’est efficace malgré tout. C’est surtout l’Adagio qui retiendra notre attention. Plein d’humanité et de justesse, Suzuki nous touche au plus profond. Ensuite le quatrième mouvement arrive, et là c’est le drame ! Ce qui partait pour être une version moyenne se transforme en accident musical. Au Bac, un enseignant mettrait sur la copie de l’élève Suzuki « hors sujet ».

Le Bach Collegium Japan est loin d’être ridicule mais l’ensemble chœur, orchestre, chef et solistes, tout cela sonne parfois trop léger, limite chambriste. Cette optique est compréhensible dans la Passion selon Saint Jean ou un quelconque oratorio, mais pas ici. Nous mesurons l’importance de la lutte contre le gaspillage en 2019 mais on ne peut tout de même pas appliquer le principe du zéro déchet aussi à Beethoven ! 

Son : 10 - Livret : - Répertoire : 10 - Interprétation : 3

Bertrand Balmitgère

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