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À Rouen, Agrippina selon Carsen : Un pouvoir mis en scène dans le miroir du présent

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L’Opéra Orchestre Normandie‑Rouen a repris la production de Robert Carsen créée en 2016 au Theater an der Wien. Transposée au temps de Mussolini et de Berlusconi, cette lecture n’a rien perdu de son éclat. L’affirmation du pouvoir et la caricature politique y gagnent même en relief, à notre époque où certains dirigeants évoluent sur des équilibres pour le moins fragiles.

Les drapeaux tricolores vert‑blanc‑rouge, l’immense Palazzo della Civiltà italiana — emblème du fascisme — tour à tour transformé en bureau politique, en piscine ou en chambre de Poppea ; cette jeune femme qui fait vaciller trois hommes ; un empereur aux traits mêlant Mussolini, Berlusconi ou encore Trump, entouré de soldats au service de l’État  ; un fils poussé par une mère manipulatrice dans la conquête du pouvoir… Pour les spectateurs d’aujourd’hui, les références sont si nombreuses qu’on a parfois l’impression de regarder un journal télévisé dans son salon, d’autant que plusieurs écrans diffusent des flashs infos entièrement tournés à la gloire du dictateur, quitte à diffuser des fake news. Actualité ou fiction ? Difficile à dire  : dans le monde où nous vivons, la réalité dépasse volontiers l’imaginaire — et inversement.

Dans la mise en scène de Robert Carsen, ces références ne sont plus exactement celles d’il y a dix ans, du moment de la création. Mais les situations géopolitiques actuelles ont l’air de déjà-vu, rejoignant celles de l’opéra, ce qui souligne deux évidences  : la pertinence d’un livret confirmant l’adage « l’histoire se répète » ; et la justesse de la vision du metteur en scène.

Une distribution investie

Sur le plateau, une véritable légion de chanteurs honore le prestige de l’auguste Claude et de son épouse Agrippine, plus redoutable encore que l’empereur. À commencer par le couple qui domine cette Italie imaginaire. Annoncée souffrante, Anna Bonitatibus en rôle-titre livre un chant que l’on pourrait dire « réservé », mais son incarnation demeure réjouissante  : sa lecture du rôle, toute en calcul et en manipulation, se suit si bien qu’on pourrait suivre trait par trait sa psychologie. Une Agrippina idéale. Matthew Brook explore davantage le versant absurde et burlesque de l’empereur Claude. Son timbre presque sympathique laisse imaginer, derrière chacune de ses interventions, une intention séductrice plutôt qu’une véritable autorité d’État. Jake Arditti impressionne en Nerone  : présence scénique, assurance vocale, puissance et précision dans des vocalises redoutables, énergie irradiante — tout y est. La voix immédiatement reconnaissable de Paul‑Antoine Bénos‑Djian, avec sa teinte veloutée, épouse parfaitement la sensibilité d’Ottone. À ses côtés, Eleonora Bellocci compose une Poppea contemporaine, tout droit sortie de la presse people ou des réseaux sociaux. Outre son talent de comédienne, sa virtuosité vocale marque durablement : encore un peu incertaine au début, elle gagne en assurance au fil de la soirée jusqu’à une prestation véritablement majestueuse. Les rôles secondaires ne sont pas en reste. Michael Mofidian offre un Pallante d’une très grande assurance, formant un duo efficace avec Paul Figuier, Narciso séduisant. Quant au Lesbo de Nicolas Brooymans, il est un plaisir trop bref : on en regrette presque la brièveté de sa présence.

Joseph Swensen investit la 9ème de Beethoven à Bordeaux : une spectaculaire Hymne à la Joie

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie no 9 en ré mineur Op. 125. Angélique Boudeville, soprano. Anna Bonitatibus, mezzo-soprano. Mauro Peter, ténor. Florian Boesch, basse. Chœurs d’Angers Nantes Opéra et de l’Opéra National de Bordeaux, dir. Salvatore Caputo, Xavier Ribes. Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Joseph Swensen. 2024. Livret en français, anglais, allemand. 70’41’’. Alpha 1163

Une nouvelle vie pour Lotario, rare et mal-aimé opéra de Handel ?

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George Frideric Handel (1685-1759) : Lotario, dramma per musica en trois actes, HWV 26. Francesca Lombardi Mazzulli (Adelaide, reine d’Italie), Carlo Vistoli (Lotario, roi de Germanie), Krystian Adam (Berengario, roi d’Italie), Anna Bonitatibus (Matilde, son épouse), Rafael Tomkiewicz (Ildeberto, frère de Berengario), Ki-Hyun Park (Clodomiro, général de Berengario) ; Händelfestspielorchester Halle, direction Attilio Cremonesi. 2023. Notice en anglais. 157’. Un album de deux CD Naxos 8.660570-71.    

Six monologues au fil de cent ans par Anna Bonitatibus, dont un inédit de Donizetti

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Monologues. Nicolo Zingarelli (1752-1837) : Ero, monologue pour voix et piano ; Gaetano Donizetti (1797-1848) : Saffo, cantate pour voix seule et piano ; Gioacchino Rossini (1792-1868) : Giovanna d’Arco, cantate pour voix seule et piano ; Richard Wagner (1813-1883) : (Les) Adieux de Marie Stuart, lai [lamento] pour voix et piano ; Pauline Viardot (1821-1910) : Scène d’Hermione, pour contralto et piano ; Mel Bonis (1858-1937) : Salomé op. 100, pour piano ; Ottorino Respighi (1879-1936) : Aretusa, poème pour voix et piano. Anna Bonitatibus, mezzo-soprano ; Adele D’Aronzo, piano. 2021/22. Notice en italien, en anglais et en allemand. Textes des monologues en langue originale avec traductions en anglais ou italien. 151.15. Un album de deux CD Prospero PROSPO068. 

Idomeneo, Re di Creta à Aix : colossal et mythologique, mais ?

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La production aixoise de cet opéra de Mozart suscite une réflexion bienvenue nourrie de l’expérience concrète vécue dans ce lieu mythique qu’est l’Archevêché. Pour Satoshi Miyagi, le metteur en scène japonais, le théâtre moderne s’est enfermé dans une impasse en faisant des personnages et de leurs interprètes des êtres « grandeur nature », « de la même taille que le spectateur dans la salle ». On est dans « le fait-divers », on ne peut plus avoir « un point de vue ʺdivinʺ sur l’œuvre, sur l’ordre du monde, sur les questions de savoir comment l’Histoire s’est faite ». L’opera seria de Mozart lui a semblé particulièrement bienvenu pour nous reconfronter « au colossal et au mythologique ».

Troie a été détruite. Ilia, princesse troyenne, est recluse chez l’un des vainqueurs, Idoménée, roi de Crète. Elle aime Idamante, son fils. On annonce la mort d’Idoménée. Leur amour serait donc possible ? Sauf qu’Idoménée a survécu parce qu’il a promis aux dieux de sacrifier la première personne qu’il rencontrerait. Ce sera son fils ! Qu’Elettra, jalouse d’Ilia, aime aussi. Tout va évidemment se compliquer… 

Les héros que découvre le spectateur lui apparaissent juchés sur des sortes de hautes tribunes en triangle, aux parois comme tissées en fils d’araignées, mus par des êtres humains qui y sont enfermés. Des héros donc qui, comme posés sur des colonnes, ont retrouvé une dimension « colossale et mythologique ». Ainsi perchés, ils vont s’affronter, sans presque jamais se regarder : c’est aux dieux qu’ils rendent des comptes. Quant aux « hommes de peine », ils sont en quelque sorte la commune humanité, celle qui est sempiternellement la victime des conflits, des décisions de ces « grands »-là. 

Ercole amante de Cavalli, une production éblouissante en DVD 

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Francesco Cavalli (1602-1676) : Ercole amante, opéra en un prologue et cinq actes. Nahuel di Pierro (Hercule), Anna Bonitatibus (Junon), Giuseppina Bridelli (Déjanire), Francesca Aspromonte (Iole), Krystian Adam (Hyllus), Eugénie Lefebvre (Pasithea, Clercica, Troisième Grâce), Giulia Semenzato (Vénus, La Beauté), Luca Tittoto (Neptune, Eurytus), Ray Chenez (Le Page), Dominique Visse (Lichas), etc. Chœur et Orchestre Pygmalion, direction Raphaël Pichon. 2019. Notice en anglais et en français. Pas de texte du livret, mais synopsis en anglais et en français. Sous-titres en italien, en anglais, en français, en allemand, en japonais et en coréen. 187.00. Deux DVD Naxos 2. 110679-80. Aussi disponible en Blu Ray.

Superbe cadeau d'Alberto Zedda

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Gioachino ROSSINI
(1792 - 1868)
Stabat Mater
Serena FARNOCCHIA (soprano), Anna BONITATIBUS (mezzo), Ismael JORDI (ténor), Alex ESPOSITO (basse), Choeur et Orchestre symphonique d'Opera Vlaanderen (chef de choeurs : Yannis Pouspourikas), dir.: Alberto ZEDDA.
Live-56'20''-Notice en italien et en anglais-chanté en latin-Textes latins et anglais inclus-Dynamic CDS 7799

L'opera seria peut se révéler passionnant

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Lucio Silla

Jeremy Ovenden, Lenneke Ruiten © BUhlig

L'opera seria reste éprouvant pour nos sensibilités du XXIe siècle. Cette avalanche quasi ininterrompue de récitatifs et d'arias a de quoi éreinter le plus bienveillant des mélomanes, même si elle est signée Haendel ou Vivaldi. Le jeune Mozart livre, en 1772, à 16 ans, ce Lucio Silla, oeuvre charnière, qui se situe entre son premier essai du genre, Mitridate, et La Finta Giardiniera, parfaite réussite dans l'opera buffa.