Un enregistrement historique touchant

par http://www.jaudt.de/index.php?=guntur-dating/

Pierre Boulez in Moscow
Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka (version de 1911)
Anton Webern (1883-1945) : Six pièces opus 6
Claude Debussy (1862-1918) :
La Mer
2014-ADD-67’14-Textes de présentation en russe, anglais et français-Mel CD 10 02255

Avec ce cd, c’est avant tout un symbole fort qui nous est présenté, celui de la chute du « rideau de fer », le commencement d’un dialogue entre les traditions culturelles russe et européenne. Pierre Boulez fait partie de ce paysage : il arrive en 1990 en URSS pour plusieurs concerts consacrés à sa musique, pourtant pas inconnue alors, conférences de presse, séminaires et divers rendez-vous musicaux importants. Derrière ces rencontres, ces interventions en tant que chef ont été oubliées, notamment avec le collectif d’étudiants du Conservatoire de Moscou. Se produire avec un tel acteur de la vie musicale, surtout à cette époque, n’avait pas de prix pour ces jeunes artistes talentueux en quête d’un approfondissement de la musique moderne et de son interprétation. Pour le concert donné à cette occasion, Boulez s’est aventuré dans un répertoire connu et maîtrisé, dont les affluences ont largement joué sur son propre langage : le dynamique et audacieux Petrouchka de Stravinsky, les couleurs et la fluidité de La Mer de Debussy et l’atonalité des Six pièces opus 6 de Webern. De styles et d’atmosphères différents, chaque œuvre présente les caractéristiques d’un siècle qui innove et qui cherche à s’émanciper d’un romantisme épuisé. Et finalement, Boulez réagit de la même manière avec quelques traits communs tant sur le point de vue rythmique qu’harmonique.
Même si ce témoignage est touchant et plein de valeurs, était-il nécessaire de le mettre sur un support ? Bien sûr, il s’agit d’étudiants et il va de soi que ce cd rend hommage à leur travail. Malgré les qualités irréprochables de chaque instrumentiste, on y décèle un certain nombre d’accidents, de décalages, de problèmes de justesse et autres soucis techniques, mais qui sont ici juste un détail quant on connaît l’histoire de cet événement. D’un point de vue purement musical, cet enregistrement n’apportera rien à l’auditeur si ce n’est la découverte d’une interprétation des années 90. D’un point de vue symbolique, il demeure exceptionnel et admirable, tout comme le travail effectué par ces artistes engagés. Après tout, peut-on critiquer des musiciens qui ont tout donné pour rendre cette interprétation la plus juste possible dans un répertoire particulièrement complexe, riche d’un langage peu connu. Serions-nous capables dans nos pays de faire mieux ? Cette question est toujours sans réponse… Boulez peut se vanter ici d’avoir tiré le meilleur de ces jeunes musiciens.
Ayrton Desimpelaere

Son 9 – Livret 8 – Répertoire 10 – Interprétation 7

Les commentaires sont clos.