Vivaldi : retour de l’Academia Montis Regalis dans des concertos d’exception

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Concerti particolari. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Sinfonia R149, Sinfonia Al Santo Sepolcro RV169. Concertos RV 163, 129, 151, 159, 127, 158, 155, 134, 114. Enrico Onofri, violon. Academia Montis Regalis. Livret en anglais, français, allemand, italien. Juillet 2020. TT 60’24. Passacaille 1100

Fondée en 1994 et devenue un ensemble majeur sur instruments d’époque, l’Academia Montis Regalis amorça sa discographie par des Ouvertures à huit parties de Gaetano Pugnani chez Opus 111. Suivirent des symphonies de Luigi Boccherini et Giuseppe Cambini. Au début des années 2000, l’orchestre participa au « Projet Vivaldi » de Naïve (rappelez-vous le Juditha Triumphans), en partenariat avec la Bibliothèque Nationale de Turin, sous l’égide d’Alessandro De Marchi. Après une dizaine d’années en résidence au festival Innsbrucker Festwochen, l’ensemble fut confié en 2019 à Enrico Onofri qui par le présent CD fait revenir l’Academia sous les feux des projecteurs. 

Un orchestre de singes ! Ce lot de figurines en porcelaine de Meissen, par le céramiste Johann Joachim Kändler (1706-1775), relève de ces curiosités que nous offrirent les arts décoratifs à l’ère Rococo. Une extravagance qui est au cœur même du concept de cet album vivaldien que le maestro Onofri nous présente comme une « ode à la singularité ». Hormis le Conca RV 163 qui évoque la tempête et une danse rustique, cette anthologie n’explore pas une série de concertos à titre, illustratifs ou thématiques, comme en juin 2005 l’album « La Caccia » par les mêmes interprètes. Ni même des tours de passe-passe comme le RV 544 Il Proteo o sia il Mondo al Rovescio qui indique « le violon principal peut jouer les solos du violoncelle et, à l'inverse, le violoncelle peut jouer les solos du violon, en les jouant tels quels ».

Non, l’angle s’avère moins superficiel et a investigué dans le catalogue du Prete Rosso quelques opus qui se remarquent par leur langage même. Un raffinement qui s’exprime par exemple dans ce Madrigalesco en ré mineur dont la musicologie n’a pas totalement élucidé l’inspiration mais se distingue par son bouquet complexe. La sélection honore principalement l’effectif de cordes sans primus, ce qui n’exclut pas dans certaines œuvres une présence soliste : ainsi dans le Largo et l’Allegro qui suivent la fugue RV 155, lequel témoigne d’un genre mixte, alterné avec le pur ripieno. Trois concertos sont prélevés dans une ancienne collection de la Bibliothèque Nationale de Paris : les RV 127, 159, et ce 114 qui se réfère au goût français et se conclut par une ciaccona. Le parcours inclut la Sinfonia préludant à la sérénade Il Coro delle Muse, et une autre Al Santo Sepolcro (sans orgue ni clavecin) en style sévère. En contraste avec le célèbre Alla rustica qui invite deux hautbois dans le finale.

L’interprétation non plus ne présente rien d’outré ou fantaisiste. S’en plaindra-t-on ? Les années 1990 furent le laboratoire d’un certain renouveau, stimulé par la vitamine surdosée de quelques ensembles comme l’Europa Galante de Fabio Biondi ou le Giardino Armonico de Giovanni Antonini. L’onde de choc semble passée, quitte à revenir à des pratiques moins étincelantes. C’est dans cette orbite que ce situe notre disque qui augurait pourtant les sensations fortes : le voici élégant, mûr, pensé, subtil. Mais au regard de son affiche : presque trop sage et conventionnel, surtout quand on le compare à l’extraordinaire Seicento ! avec l’ensemble Imaginarium que l’an dernier nous avions salué d’un Joker Absolu. Nous restons confiants : Enrico Onofri et l’Academia vont embrayer et sauront nous émoustiller par de futures escapades d’un ampérage à leur mesure. On les sait capables du meilleur, et de nous surprendre encore plus audacieusement qu’en ce CD certes en soi fort accompli.

Son : 9 – Livret : 7,5 – Répertoire : 9 – Interprétation : 9

Christophe Steyne

 

 

 

 

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