Voyage musical de haute classe avec Noah Bendix-Balgley

par

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour Violin et Orchestre No. 1 en si bémol majeur, K. 207 ; Leone Sinigaglia (1868-1944) : Romance pour violin et orchestre en la majeur, Op. 29 ; Rapsodia piemontese pour violin et orchestra, Op. 26. Noah Bendix-Balgley, violon ; Berliner Philharmoniker, Kirill Petrenko. 2022. Livret en anglais et en français. BPHR 24048

La label discographique des Berliner Philharmoniker célèbre ses 10 ans et à cette occasion les Berlinois lancent une série de titres exclusivement numériques qui mettent en avant les solistes de l‘orchestre. Après tout, des artistes de rangs de l’un des plus grands orchestres du monde, ça ne peut qu’assurer sec ! 

Cette première parution, exclusivement digitale, fait particulièrement plaisir aux mélomanes belges car elle est centrée sur l’un des violons solos de la phalange allemande : Noah Bendix-Balgley. Ce violoniste né en Caroline du Nord fut lauréat du Concours musical international Reine Elisabeth 2009, un de ses vaillants faits d’armes pour cet artiste primé lors de nombreux concours musicaux au fil des continents. Après avoir été violon solo du Pittsburgh Symphony Orchestra, il devient en 2014, l’un des violons solos des Berliner Philharmoniker et l’un des piliers de la phalange. 

L'intérêt de cette parution est ne pas tomber dans l’égo trip de proposer les éternels et rabachés concertos pour violon, mais de  proposer le concept éditorial intéressant d’un concerto de Mozart des plus rares et d’une belle découverte musicale.     

Le Concerto n°1 de Mozart est rarement joué au concert et il est enregistré uniquement lors des intégrales. Dans l’interview qu’il accorde dans le livret, Noah Bendix-Balgley énonce que cela faisait 40 ans que la pièce n’avait pas été jouée par l’orchestre !  Pourtant c’est une partition des plus agréables mêlant une énergie primesautière d’un jeune compositeur avec des thèmes séduisants. Noah Bendix-Balgley est un soliste parfait, à la fois inventif et dynamique dans sa conception fraîche de cette belle œuvre. Kirill Petrenko est attentif et résolu dans un accompagnement jamais brutal qui s’affirme par son évidence et sa plasticité. On ne peut qu’admirer la performance compacte mais fine des pupitres des Berliner Philharmoniker, rompus à cet exercice.  

En complément, les artistes nous proposent deux pièces de Leone Sinigaglia, personnalité plus connue pour son rôle dans l’histoire de l’alpinisme à travers son ouvrage Mémoires d'ascension dans les Dolomites où il narre ses ascensions dans les Dolomites, que par son art musical. Mais ce compositeur ayant étudié avec Antonín Dvořák qui lui conseilla de s’intéresser aux mélodies populaires, il se dévoua à la transcription de chants populaires des régions montagneuses du Nord de l’Italie. La Rapsodia piemontese est dans cette droite ligne, des airs agréables et évocateurs, au ton jovial par l’archet et accompagnés par une orchestration efficace et dynamique. On poursuit cette satisfaction musicale avec la belle Romance, plus mélancolique mais toute aussi évocatrice. Certes, on ne tient pas là d’immenses merveilles, mais des musiques bien troussées et agréables. Soliste et chef veillent à trouver un ton juste, pas trop retenu mais pas trop exagéré, on découvre ainsi des teintes ombragées et romantiques qui se situent entre Brahms et Respighi.  

Une parution foncièrement très intéressante qui se distingue dans le flot incessant des nouveautés tant par son programme que par sa très haute qualité musicale. 

Son : 10 – Livret : 10 – Répertoire : 9 -10 – Interprétation : 10

Pierre-Jean Tribot

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