La Belgique, vivier de talents : les Prix Caecilia 2016

par
Prix Caecilia

C’est à Flagey que furent  dévoilés ce vendredi 10 mars les CD récompensés par le Prix Caecilia, Prix de l’Union de la Presse Musicale Belge (UPMB).
Sur les 10 CD récompensés, 5 sont le reflet des talents que compte la Belgique : Scherzi Musicali, Nicolas Achten, Reinoud Van Mechelen, Julien Libeer, Lorenzo Gatto, Sophie Karthäuser et le Brussels Philharmonic. Du côté des labels, Ricercar et Alpha (Outhere) emportent une belle part du gâteau.

PRIX CAECILIA 2016

Maddalena– La Maddalena – Antonio Bertali – Scherzi Musicali, Nicolas Achten – Ricercar
L’ensemble Scherzi Musicali et Nicolas Achten nous séduisent à nouveau en introduisant l’une des « Héroïnes du théâtre baroque », Marie-Madeleine, à travers le prisme de l’œuvre d’Antonio Bertali, La Maddalena (1663). Figure humaine, bien que biblique, qui allie sacré et profane, c’est avant tout la douleur et les sentiments d’une veuve éplorée qu’ont su capter subtilement, par une palette de couleurs et de dynamiques remarquable, les différents artistes réunis ici. (Ayrton Desimpelaere)

Van Mechelen– Erbarme dich – Johann Sebastian Bach – Reinoud Van Mechelen, A Nocte Temporis – Alpha
Devant la tournure que prend aujourd’hui la carrière de Reinoud Van Mechelen, on peut parler d’ascension fulgurante. C’est pourtant dans l’intimité d’un ensemble confidentiel de quatre musiciens (lui compris), que le jeune ténor a voulu déposer le meilleur de lui-même. Il fréquente Bach depuis sa naissance, son sens du texte, la beauté naturelle de sa voix et le niveau exceptionnel de ses partenaires font de ce CD l’instantané lumineux d’un monde ancien et non révolu. (Martine D. Mergeay)

Rondeau– Vertigo – Jean-Philippe Rameau, Pancrace Royer – Jean Rondeau – Erato
De La Marche des Scythes, où un orchestre semble jaillir du fabuleux clavecin du château d’Assas, au chant délicatement murmuré mais sans la moindre affèterie des Tendres plaintes, le prodige ébouriffé nous convie à un ébouriffant « aller-retour entre la folie mondaine de la représentation et l’intimité du rêve ». Agogique souveraine, génie rhétorique : Jean Rondeau a tout d’un grand ! (Bernard Schreuders)

Say– Complete Piano Sonatas – Mozart – Fazil Say – Warner Classics
L’intégrale des sonates pour piano de Mozart par l’enfant terrible du piano que fut l’artiste turc à ses fracassants débuts il y a plus de quinze ans. A-t-il vraiment changé ? Non parce qu’à tout moment il nous réserve des surprises. Oui, parce que chacune de ces surprises nous fait retourner à la partition pour s’avérer d’une pertinence rare, étudiée mais tout autant spontanée et naturelle. (Bernadette Beyne)

Gatto– Violin Sonatas – Ludwig van Beethoven – Julien Libeer, Lorenzo Gatto – Alpha
Il règne dans cet enregistrement – rodé grâce à la confiance de Flagey – une magie dont on peut tenter de cerner les ingrédients : la qualité de la prise de son, tout d’abord, fidèle à la beauté plastique cultivée par les musiciens et connectée à la moindre de leurs intentions ; l’alacrité grisante des dialogues ; un climat d’urgence digne d’un live ; et un extraordinaire sens du style, glissant les émois passionnels dans une forme élégante et classique. (Martine D. Mergeay)

Belcea– String Quartets, Piano Quintet – Johannes Brahms – Belcea Quartet, Till Fellner, piano – Alpha
Ce n’est pas parce que Brahms est le plus souvent représenté avec une barbe blanche que sa musique est celle d’un vieillard. Il suffit, pour s’en convaincre, de suivre l’étincelante version qu’en donnent Corina Belcea et ses compagnons. Le climat viril adopté par ceux-ci bénéficie de la touche de douceur apportée par le pianiste Till Fellner, partenaire symbiotique du quatuor depuis bientôt 20 ans. (Véronique Rubens) 

Brahms Eschenbach– Vier ernste Gesänge – Johannes Brahms – Matthias Goerne, Christoph Eschenbach – Harmonia Mundi
Citer la Bible ici est peut-être blasphématoire mais on notera que dans le dernier lied de cet enregistrement – où Mathias Goerne et Christophe Eschenbach signent leur premier CD Brahms – figure cette phrase de saint Paul : “Quand je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit ». Croyez-moi : ces deux là ont l’amour et bien plus encore. Dans les Vier ernste Gesänge, bien sûr, mais peut-être plus encore dans les lieds op. 32 ou dans les merveilleux Heine-Lieder. Brahms au sommet. (Stéphane Moens) 

Hugo Wolf– Kennst du das Land – Hugo Wolf – Sophie Karthäuser, Eugene Asti – Harmonia Mundi
Avec sa voix d’un grand naturel, douce et pure, et sa diction exemplaire, Sophie Karthäuser nous dévoile l’art de ce maître du Lied, créateurs de subtils drames en miniature d’après des poèmes de Goethe, Eichendorff ou Mörike. Le pianiste Eugene Asti en souligne toutes les ambiances et les émotions, en symbiose parfaite avec la chanteuse. (Hans Reul)

 

Abrahamsen– Let me tell you – Hans Abrahamsen – Barbara Hannigan, Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Andris Nelsons – Edition Winter & Winter
Un cycle de lieds écrits sur la peau de Barbara Hannigan. Une Ophélie d’ici et de maintenant. Plus encore que les prouesses de sa virtuosité, c’est sa voix aux extrémités vertigineuses qui inspira la composition d’Abrahamsen, relayée ici par les timbres du Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks. Le CD ne dure que 34 minutes, sa cohérence n’en demande pas plus. (Véronique Rubens)

Connesson– Pour sortir au jour – Guillaume Connesson – Matthieu Dufour, Brussels Philharmonic, Stéphane Denève – Deutsche Grammophon 
Quel plaisir de découvrir un compositeur qui ne connaît ni tabous ni frontières. Guillaume Connesson (né en 1970) écrit dans un langage qui nous parle immédiatement. Il crée une musique pleine d’engagement et de subtilité qui trouve dans le flûtiste Matthieu Dufour, le Brussels Philharmonic et son chef Stéphane Denève les interprètes idéaux. (Hans Reul)

Van MechelenLe Prix du Jeune Musicien de l’année a été attribué à Reinoud Van Mechelen.
Il n’a que 29 ans mais cela fait presque dix ans que Reinoud Van Mechelen fait entendre sa belle voix de ténor, dans des chœurs baroques où ses interventions apparaissent comme des rais de lumière, dans de petites formations où son phrasé souple et naturel semble indiquer le chemin à toute la distribution, au « Jardin des Voix » de William Christie (qui l’engagea aussitôt aux Arts Florissants) et, aujourd’hui, comme soliste d’oratorio ou d’opéra. Invité par les plus grands ensembles baroques et se produit dans les lieux les mieux fréquentés de la planète : le Château de Versailles et la Philharmonie de Paris, l’Opéra de Bordeaux, le Théâtre Bolchoï à Moscou, le Royal Albert Hall à Londres, l’Opéra de Zurich ou la Brooklyn Academy à New York. Les orchestres « modernes » s’en sont également emparés : Reinoud chante l’Evangéliste de la Saint Jean de Bach avec Royal Liverpool Philharmonic, et Mozart, on s’en doute, est dans son collimateur. (Martine D. Mergeay)

KuijkenLe Prix d’honneur a été remis à Sigiswald Kuijken.
Membre d’une fratrie de musiciens d’exception, le violoniste et chef d’orchestre Sigiswald Kuijken atteste un riche et vaste parcours. Tout d’abord membre de l’Ensemble de chambre Alarius – précurseur de l’Ensemble Musique Nouvelle – où il se familiarisa tant avec la musique ancienne qu’avec la musique contemporaine, il co-fonda en 1986 le Quatuor Kuijken, dédié prioritairement aux quatuors à cordes de la période classique. Mais son véritable « enfant » fut – et est toujours – La Petite Bande, un ensemble baroque qu’il fonda il y a 45 ans avec Gustav Leonhardt. Aujourd’hui, nous considérons comme normale la pratique des instruments anciens, à l’époque, le processus était révolutionnaire. Sigiswald n’est pas seulement un formidable musicien et interprète, il fut professeur de violon baroque aux conservatoires de La Haye et de Bruxelles, et réalisa des études approfondies sur la facture instrumentale, les techniques de jeu et la pratique authentique du violon baroque. Dans le monde des instruments à cordes, on lui doit aussi la réintroduction d’un brillant revenant : la viola da spalla (viole (ou violoncelle) d’épaule). (Mirek Cerny)

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