François Mardirossian célèbre Moondog, « le clochard céleste »

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Pépites. Moondog (1916-1999) : 35 pièces pour piano. François Mardirossian, piano. 2025. Notice en français et en anglais. 68’ 39’’. Ad Vitam AV260215.

De son vrai nom Louis Thomas Hardin, ce compositeur américain atypique a choisi de s’appeler Moondog (« le chien qui hurle à la lune ») en 1947. Né au Kansas, baigné dès son enfance dans des rythmiques indiennes et des effets de percussion, le jeune Louis Thomas vit un drame à l’âge de seize ans : il devient aveugle suite à l’explosion dans ses mains d’un bâton de dynamite. Il étudie le violon, le piano et l’orgue dans une école pour non-voyants, située dans l’Iowa. Il adopte un style particulier : barbe, cheveux longs, cape et bientôt casque de viking ; il vit dans la rue à New York à partir de 1943. Il va y passer trente ans, rencontrer Bernstein et Toscanini, mais aussi des jazzmen, comme Charlie Parker ou Benny Goodman. À force de hanter les lieux, il devient la mascotte du Philharmonique de New York, alors dirigé par Artur Rodzinski. Il devient « l’habitué de la 6e Avenue ». Plus tard, il fera la connaissance de Philippe Glass, Steve Reich et Terry Riley. Invité en Allemagne en 1974, il s’y installe et passe la fin de son existence à Münster. Il aura vécu la vie d’un homme libre.

Moondog, qui a écrit aussi des poèmes, est un compositeur inclassable. C’est ainsi que le définit François Mardirossian, l’interprète du présent album, dont il signe la notice : il se voulait classique comme Bach ou Beethoven, mais son cœur battait au rythme du jazz, du contrepoint, des danses indiennes et des grooves anciens. […] Mesures impaires, répétitions, ostinatos graves et profonds forment sa signature : une pulsation où se mêlent le sacré et la rue, le baroque et le trottoir. Moondog laisse un copieux catalogue : 80 symphonies, 800 pièces, 300 chansons. François Mardirossian a choisi de proposer un panorama d’œuvres de son répertoire pianistique, à la croisée de la musique savante, du jazz, de la danse et des traditions populaires. Ce n’est pas la première fois que le pianiste français d’origine arménienne s’attache à l’œuvre de Moondog. Son premier disque en solo, paru en 2019 chez Megadisc, lui était déjà consacré. Il y revient six ans plus tard, après avoir, pour Ad Vitam, serti des programmes originaux autour de Hovhaness, Glass, Satie ou Keith Jarrett, Crescendo s’étant fait l’écho des trois derniers. Après un baccalauréat littéraire à Lyon, Mardirossian a vécu dix ans à Bruxelles, où il s’est formé au conservatoire de la capitale avec Jean-Claude Van den Eynden et Dominique Cornil. Il a laissé des traces poétiques de son long séjour chez nous en publiant en 2018 un recueil chez Chloé des Lys, Ce que Bruxelles recèle dans son ciel ; instantanés, rencontres, lieux et émotions enrichissent ces souvenirs.

Mardirossian a bien fait d’intituler son choix « Pépites ». Le terme désigne en effet une petite chose à la fois précieuse, rare et pure. La brièveté est ici de rigueur : 35 morceaux pour une durée globale d’un peu moins de 70 minutes, le compte est vite fait. Mais ces miniatures sont des trésors, divers et variés, que le virtuose français cisèle avec amour, inventivité et engagement. L’écoute globale en est fascinante, car elle révèle la diversité des inspirations de celui que Mardirossian nomme « le clochard céleste ». Les styles sont multiples, montrant notamment l’attrait de Moondog pour le contrepoint, avec un hommage à Bach (Prélude et Fugue n° 1 en la mineur) et à des formes anciennes (Chaconne, Canon), l’interprète transcrivant lui-même Bird’s lament, proche d’une passacaille. Au fil du parcours, on se régale aussi avec la poésie que des allusions à Chopin rendent vivace (Mazurka, Petite Valse), les rythmes inventifs (Santa Fe, Caribea), le jazz (cinq pièces d’un Jazz Book), des moments dansés, satiriques, minimalistes ou en lien avec le folklore ou l’histoire (Vercingétorix), des ostinatos (Encore). Il y a dans tout cela un côté festif, voire jubilatoire, mais aussi émouvant, que Mardirossian sert avec un toucher fin et sensible, sur son piano Stephen Paulello Opus 102, dont on sait que le répertoire contrapuntique lui convient bien. Le pianiste propose aussi un petit nombre de transcriptions (Pigmy Pig, irrésistible) et deux pièces de sa composition, dans l’esprit de celui qu’il honore. 

Ces pépites « moondogiennes » sont un superbe hommage à ce musicien américain que Mardirossian définit encore comme un orfèvre sonore (qui) façonnait chaque pièce comme un diamant où se reflète la lumière

Son : 9    Notice : 10    Répertoire : 9    Interprétation : 10

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