Premières mondiales pour deux symphonies de Johanna Senfter

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Johanna Senfter (1879-1961) : Symphonie n° 1 en fa majeur op. 22 ; Symphonie n° 9 en mi bémol mineur op. 117. Orchestre philharmonique de Rhénanie-Palatinat, direction Chelsea Gallo. 2025. Notice en allemand et en anglais. 70’ 46’’. Capriccio C5555.

La compositrice allemande Johanna Senfter a été déjà honorée par le disque dans le domaine de la musique de chambre (des albums chez Colosseum, Paladino, CPO ou Hänssler Classics) ou du piano (chez Wergo, par Natalia Gutman) ; elle demeure néanmoins une méconnue. Elle aura certes bénéficié de retransmissions à la radio, mais c’était pendant les années qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale. Après de longues années de silence, sa musique symphonique attire aujourd’hui l’attention, avec la Première et l’ultime Neuvième, toutes deux gravées pour la première fois. 

Née à Oppenheim, à une trentaine de kilomètres de Mayence, issue d’un milieu industriel aisé, Johanna put s’adonner à la musique sans souci financier. C’est à Francfort qu’elle débute son apprentissage musical en 1895 ; elle y apprend le violon, le piano, l’orgue et la composition. Elle se perfectionne en 1907 à Leipzig avec Max Reger, qui lui donne des cours privés et la tient en haute estime ; le compositeur devient un ami proche de sa famille, qui a toujours soutenu le talent de la jeune femme. Elle laissera un catalogue de 134 œuvres avec numéro d’opus : musique de chambre, vocale et pour piano, concertos et neuf symphonies. Elle subira cependant les préjugés sexistes habituels, un manque d’intérêt et, souvent, une presse hostile. On lui reprochera notamment l’insertion dans sa Symphonie n° 6 (1932) du « Horst-Wessel-Lied », l’hymne officiel du parti nazi. 

Johanna Senfter aura du mal à se démarquer de l’influence de Max Reger, mort en 1916. Sa Symphonie n° 1 date de 1914 et a reçu l’assentiment de son professeur, avant la disparition de celui-ci.   Elle sera créée à Darmstadt en avril 1918. En trois mouvements, elle se révèle résolument de style postromantique, avec quelques réminiscences brahmsiennes, dans une orchestration solide et généreuse, avec un Langsam central, dont la mélodie est chaleureuse, et un final ponctué par un thème de marche qui lui confère un côté bien rythmé. Elle ne provoque toutefois pas un enthousiasme débordant, les mélodies ne s’inscrivant pas dans la mémoire.

La Symphonie n° 9, écrite en 1949, est basée sur l’hymne luthérien ‘Aus tiefer Not schrei ich zu dir’ (‘Du fond de ma détresse je crie vers toi’), paraphrase du psaume 130 que Bach utilisa jadis pour sa cantate BWV 38. L’utilisation de l’hymne est ici purement instrumentale, et traverse les quatre mouvements sous la forme de variations. Au fil des années, on sent que Johanna Senfter s’est construite un style plus personnel, sans parvenir toutefois à se détacher du postromantisme. Des longueurs apparaissent dans les deux Andante (premier et troisième mouvement), l’Allegretto scherzando, placé entre les deux, offrant plus d’alacrité, avant un final quelque peu pompeux. 

Peut-être faut-il chercher l’intérêt relatif de cette découverte dans l’interprétation. L’Américaine Chelsea Gallo (°1990) a appris la direction d’orchestre à Vienne, où elle a aussi étudié le violon, et à Prague, mais aussi au Michigan, où elle a étudié avec le mentor américain Kenneth Kiesler (°1953) ; elle a aussi participé à des masterclasses avec Sir Simon Rattle et Daniel Barenboim. Elle a dirigé des orchestres dans plusieurs états des USA, et est cheffe principale invitée de l’orchestre d’Orlando. Avec la Philharmonie de Rhénanie-Palatinat, fondée en 1911 et basée à Ludwigshafen, elle propose ici des versions bien construites des deux symphonies de Johanna Senfter., mais celles-ci manquent cependant d’élan et d’engagement, et n’évitent pas toujours la sensation d’absence de dynamisme que l’on éprouve à l’écoute. Vu les lacunes de la discographie, ces versions ont néanmoins le mérite d’exister. D’autres baguettes seront peut-être tentées, y compris pour s’aventurer dans le massif des sept autres symphonies, toujours inédites.

Son : 8    Notice : 8    Répertoire : 7,5    Interprétation : 7,5

Jean Lacroix

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